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CULTURE / La BD Thoreau et moi raconte le questionnement intérieur d’un quadra parisien face à la crise écologique. Une autobiographie romancée où plane la pensée avant-gardiste du philosophe naturaliste américain, Henry David Thoreau (1817-1862). Rencontre avec Cédric Taling, l’auteur de cette BD qui explore nos contradictions.

Qu’est-ce qui a inspiré ce projet ?

Je suis artiste-plasticien, et la maison d’édition Rue de l’échiquier m’a proposé de travailler sur une bande dessinée sur le thème de l’écologie. Le sujet m’a tout de suite inspiré, et j’ai commencé à me replonger dans d’anciennes lectures et en particulier dans les ouvrages de Thoreau, que j’ai beaucoup aimé quand j’étais adolescent. Au 19e siècle, alors que le libéralisme battait son plein aux États-Unis, il abordait déjà la question de la décroissance, de la sobriété et du retour à la nature. J’y ai trouvé une résonance avec notre société contemporaine. Les écrits et l’esprit de Thoreau constituent une sorte de fil rouge dans cette BD qui s’inspire aussi de ma vie quotidienne et de mes propres interrogations.

Quel a été votre déclic écologique ?

J’ai grandi dans les années 80, dans une maison située à l’orée des bois dans le Val-de-Marne. J’aidais mon père à cultiver un potager. Je garde un souvenir heureux de cette enfance proche de la forêt et de la nature. Durant les années 90, Internet a révolutionné nos usages, tout est allé plus vite. Les valeurs de cette décennie m’ont poussé à travailler beaucoup, gagner de l’argent, voyager… Dans les années 2000, la question écologique a commencé à devenir plus importante et cela a commencé à ébranler ma vision du monde. Aujourd’hui, j’ai la conviction qu’il va être difficile de continuer à concilier système capitaliste et écologie. Je n’ai pas de solution, mon travail consiste à poser des questions….

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Vous racontez avec humour toutes les contradictions qui traversent le héros, face à ses prises de conscience écologique…

Oui, il y a un passage dans le livre où un groupe d’amis débat sur les changements à mettre en place pour préserver la planète. A quoi sommes-nous réellement prêts à renoncer ? Aujourd’hui, regarder des films sur Netflix, ou surfer sur les réseaux sociaux a un impact sur l’environnement… Comment se déplacer, consommer, vivre en respectant la planète ? Entre la satisfaction de plaisirs immédiats, nos besoins réels, les contraintes de nos rythmes de vie, il y a une forme de pression qui peut s’installer…

Prendre la voiture pour se rendre à la marche pour le climat, manger de la viande, quand les experts nous disent qu’il faudrait devenir végétarien… En même temps, je prends le vélo dès que je peux et ramasse les déchets que je vois sur le sol… J’aime beaucoup mes propres contradictions et j’aime les raconter.

Vous racontez aussi cet appel de la terre, l’envie de construire une maison autonome …

Oui, c’est un vrai projet que je souhaite mener à bien avec ma compagne et mes deux filles de 14 et 16 ans. Avec une douche à recyclage, de la phytoépuration, des toilettes sèches… Je rêve de construire une maison de hobbit, mais contrairement à ce qu’on peut imaginer, même sur un terrain qui vous appartient, il faut obtenir des autorisations pour se lancer dans ce type de projet. En tous cas, l’époque nous pousse à nous questionner, à repenser notre façon de vivre, et même si l’avenir m’angoisse parfois, j’essaie d’avancer…

Quels seront les thèmes de vos prochains ouvrages ?

Je travaille actuellement sur une BD sur le végétarisme avec l’histoire de Richard qui souhaite se convertir mais se heurte à quelques difficultés… J’ai aussi très envie de parler du genre et d’interroger la masculinité sans le prisme du patriarcat…

En tant qu’artiste, j’aime observer et témoigner des changements qui s’opèrent dans la société. Nous vivons une époque très incertaine, le bon comme le meilleur peuvent émerger du chaos… De nouvelles normes sont, j’en suis sûr, en train de naître.

Thoreau et moi

Cédric Taling

Éditions Rue de l’échiquier

17, 90 euros


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