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DOSSIER – Chômage de masse, hausse du temps partiel, pauvreté, automatisation des tâches… Les arguments ne manquent pas pour les partisans d’un revenu de base. Selon eux, le versement mensuel d’une somme d’argent, sans condition ni contrepartie, pourrait répondre à de nombreux défis de taille.

A la dernière élection présidentielle, en 2017, Benoît Hamon a défendu l’instauration d’un revenu universel pour tous les citoyens, peu importe leur âge, ou leur situation financière, qu’ils soient riches ou pauvres. Voilà la définition : c’est une somme d’argent – à chiffrer en fonction du projet – versée aux membres d’une communauté – à définir –. L’idée, c’est que ce soit un revenu inconditionnel, cumulable avec un salaire ou d’autres prestations sociales, et garanti à vie.

De nombreuses expérimentations (ici ou là, à lire l’épisode 1 du dossier) ont vu le jour, que ce soit au niveau communal, ou à des échelles plus larges. A chaque fois, les versements varient, autant que les raisons de la mise en place. Tour d’horizons des arguments que les partisans d’une telle mesure mettent en avant.

Argument 1 / le défi de la (grande) pauvreté

Automatisation ou robotisation des tâches, chômage de masse, crise sociale… Les défis de nos sociétés sont nombreux, les maux aussi. De nombreux tests ont eu lieu justement pour accompagner les familles démunies ne pouvant subvenir à leurs propres besoins. Kenya, Inde, Namibie… L’idée est de ne pas laisser sur le côté des citoyens sans le sou.

« La possibilité de vivre dignement n’est ni un luxe ni une récompense, c’est un droit humain fondamental », écrit l’asso du Mouvement français pour un revenu de base, née en 2013, avant de citer la Déclaration universelle des Droits de l’Homme : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. »

Argument 2 / Éviter humiliation, culpabilité, honte et stress…

Dans son livre Le revenu de base inconditionnel – une proposition radicale (Ed. La Découverte), le philosophe Philippe Van Parijs, et le professeur de sciences politiques Yannick Vanderborght, défenseurs d’une telle mesure, parlent d’un outil qui libère les personnes précaires d’un poids non négligeable. Pour illustrer leur propos, ils citent l’Américain Andy Stern, l’ex-président du Syndicat international des employés de services. Selon le démocrate, « le système d’aide sociales humilie les pauvres et punit les chômeurs, obligé de prouver qu’(ils ont) cherché un emploi. »

Le revenu universel est, pour lui, un versement non stigmatisant, puisqu’il est versé à tous : « Afin d’accéder aux avantages ciblés, précisent les auteurs du livre, Le revenu de base inconditionnel, les personnes éligibles doivent entreprendre des démarches pour y accéder sans nécessairement y parvenir, que ce soit par ignorance, par timidité ou par honte. »

Par exemple : les CAF estiment que le taux de non-recours au RSA (c’est-à-dire les personnes techniquement éligibles qui ne reçoivent pas la prestation) s’élève à environ 30 %. Par ailleurs, selon la Caisse nationale d’allocations familiales, un bénéficiaire d’allocations sur cinq, soit deux millions de personnes, ont eu à rembourser, l’an dernier, un… trop-perçu en raison d’erreurs ou d’oublis de déclaration, ne serait-ce que de modification de situation.

Argument 3/ …et se sentir plus libre et heureux en travaillant

Le RSA, si on reste sur l’exemple, incite-t-il vraiment à retrouver un emploi, dans la mesure où il est dégressif si l’on reçoit d’autres revenus ? L’asso du Mouvement pour un revenu de base parle de « trappe à inactivité »… Philippe Van Parijs et Yannick Vanderborght expliquent : « Dans un dispositif sous conditions de ressources, tout gain, même précaire ou occasionnel, réduit ou annule le droit aux allocations, ce qui a tendance à enfermer les exclus du marché du travail dans leur exclusion.» D’où le revenu universel, qui permet, estiment-ils, de reprendre le contrôle sur sa vie professionnelle.

Avec un revenu universel, les personnes peuvent cumuler et, donc, pas craindre une période d’incertitude financière, une période de chômage future après une phase de contrat à durée déterminé. Le philosophe et le professeur belges plaident pour l’instauration d’un revenu de base, car cela permet aux citoyens d’accepter un job, même temporaire, sans appréhension, de signer pour un boulot qui plaît, mais qui est, par exemple, moins rémunéré. Au final, « le revenu universel peut aider à démarchandiser le travail humain ».

A lire aussi : Gagner sa vie, la websérie qui permet de réfléchir sur son rapport au travail

Un citoyen souhaite prendre un peu de recul pour aider un proche malade ? Pas de souci, il a un revenu de base. Il a l’intention de souffler, après une situation de bore-out (voire de burn-out) ? Il veut s’investir dans une mission associative, ou pratiquer une autre activité non marchande. C’est possible. Il veut se former au job de ses rêves ? Aucun problème. Ou il entend créer son activité ? Avec un revenu universel, c’est faisable. Pas d’appréhension, pas de stress : on peut travailler dans de bonnes conditions, et se sentir bien dans ce que l’on fait.

« Le revenu de base constitue une formule intelligente de partage de l’emploi, selon le philosophe belge interrogé par Libé. Il facilite la réduction volontaire du temps de travail ou l’interruption de carrière au moment où les travailleurs en sentent le besoin. Les postes ainsi libérés peuvent être occupés par celles et ceux qui en sont aujourd’hui exclus. »

L’argument technique // c’est moins lourd administrativement

Dans la tête de nombreux militants, le revenu de base remplace de nombreuses allocations et prestations sociales versées sous conditions. Aussi, le rétribution d’une somme universelle chaque mois ne nécessiterait-elle aucune démarche particulière, si ce n’est l’action du versement en lui-même. Et cette opération semble être moins lourde que celle visant à contrôler les bénéficiaires afin de vérifier qu’il n’y a ni erreur, ni détournement, et que les personnes candidates à un versement sont bien éligibles.

Avant de se quitter…

Pour en savoir plus, on vous conseille la lecture de l’essai Revenu de base inconditionnel, une proposition radicale, de Philippe Van Parijs et de Yannick Vanerborght – Très instructif, l’ouvrage permet d’ouvrir le débat au sujet de l’instauration d’une telle mesure, qui a, selon les auteurs, de nombreux atouts (lutte contre le chômage, la pauvreté, prise de contrôle sur sa vie professionnelle, réalisations d’économies certaines etc.). Les auteurs reviennent également sur certaines expérimentations, réussies ou non, mettent en lumière des penseurs qui ont défendu le revenu universel depuis le 18e siècle. Enfin, ils abordent l’épineuse question du financement d’un tel revenu.


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