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INTERVIEW Le 20 avril a lieu la journée internationale du cannabis dans le monde. À cette occasion, UP le mag se penche sur ce sujet qui fait débat. Chloé Lucet est psychiatre addictologue à l’hôpital Saint-Anne, à Paris. Nous l’avons interrogée sur les risques et les potentiels bienfaits de cette plante.

UP le mag : Le Premier ministre Édouard Philippe a récemment estimé qu’il serait «absurde» de ne pas entamer une réflexion sur l’autorisation du cannabis thérapeutique en France. Quels peuvent être les apports de ce produit ?

Chloé Lucet : Il s’agit d’un sujet sensible sur lequel il y a beaucoup d’idées reçues. Les études montrent que le cannabis a peu d’intérêts thérapeutiques sauf pour certaines pathologies très particulières. Il peut alléger les douleurs liées à la sclérose en plaque et à certains traitements contre le cancer. En revanche, aux États-Unis, avec la légalisation, on a entendu dire que le cannabis pouvait améliorer le sommeil ou lutter contre la dépression. Mais cela n’a pas été prouvé scientifiquement.

“On pourrait prescrire des produits plus sûrs, avec des doses de THC et CBD mesurées”

Que pourrait apporter l’autorisation du cannabis thérapeutique en France ?

Pour les patients concernés par les pathologies citées précédemment, et qui fument du cannabis pour apaiser leurs douleurs, cela permettrait de réduire les risques. On pourrait leur prescrire des produits plus sûrs, avec des doses de THC et CBD mesurées, et sous une forme qui n’est pas fumée, donc beaucoup moins dangereuse.

Que sait-on des risques liés à l’usage récréatif de cannabis ?

Chez beaucoup de personnes, le cannabis récréatif ne risque pas de provoquer de complications particulières. En revanche, il y a des populations à risque. Chez les enfants et adolescents, avant 15 ans, cela fait baisser le QI et entraîne des troubles de la mémoire et de l’attention. D’une manière générale, le cannabis peut entraîner une augmentation des troubles psychologiques, avec des risques importants pour les personnes qui sont déjà atteintes de troubles mentaux.

Que répondre aux personnes qui disent que le cannabis reste moins grave que l’alcool ou certains médicaments antidépresseurs ?

On ne peut pas parler en matière d’échelle de gravité. L’alcool est en effet responsable d’un grand nombre de décès. Mais s’il est consommé de manière occasionnelle, un produit n’est pas plus grave qu’un autre. Il y a beaucoup de fausses idées autour du cannabis, comme de prétendre qu’il s’agit d’un produit naturel et relaxant. En réalité, le cannabis apaise le sevrage, mais augmente l’anxiété chronique. Comme d’autres drogues, il contribue au relâchement de la dopamine, l’hormone du plaisir, mais cela n’en fait pas un bon anxiolytique.

“Aux États-Unis, la légalisation a entraîné l’arrivée de nouveaux produits bien plus forts en THC”

Que sait-on des bienfaits et éventuels risques du cannabis dit «bien-être», c’est à dire riche en CBD (Cannabidiol) et faible en THC (Tétrahydrocannabinol) ?

Le cannabis contient 80 substances qui lui sont propres et sont appelées cannabinoïdes. Les plus connues sont le THC et le CBD. Actuellement, en France, il y a une faille dans la loi, qui permet à des personnes de vendre des produits contenant du CBD et pas de THC, présentés comme ayant des effets relaxants. En réalité, on n’a peu de données là-dessus. En revanche, il est vrai que ces produits n’ont pas l’effet «défonce» de ceux contenant du THC. En tant que médecin, je ne le recommande pas. En revanche, il faut continuer les recherches sur le CBD pour savoir s’il a des effets thérapeutiques sur certaines pathologies spécifiques.

La légalisation du cannabis thérapeutique est souvent une première étape avant la légalisation de l’usage récréatif de ce produit. Si cela se passait un jour en France, n’y a-t-il pas un risque de voir arriver des produits beaucoup plus forts sur le marché ?

Déjà, le cannabis qui est fumé actuellement est bien plus fort que celui que fumaient nos parents ou nos grands-parents. On est passé de 10 % de THC à 20 %. Aux États-Unis, la légalisation a effectivement entraîné l’arrivée de nouveaux produits bien plus forts en THC. C’est notamment le cas des «space cake» (gâteaux à base de cannabis) ou encore des bonbons à base de cannabis. On a également vu apparaître un produit appelé «la wax» qui contient plus de 80 % de THC, et qui est donc bien plus dangereux.


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