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EXTRAIT DU MAG – Depuis 2013, l’association Médecins du monde (MdM) est implantée dans les Combrailles, dans le Puy-de-Dôme, non pour se substituer à l’offre de soin, mais pour accompagner les personnes dans leurs démarches pour se faire soigner. Nous sommes allés à leur rencontre.

Le Pays des Combrailles rassemble une centaine de communes et lieux-dits, souvent éloignés les uns des autres, sur une zone de moyenne montagne, dans le nord-ouest du Puy-de Dôme. Un territoire rural où se trouve 0.86 médecin généraliste pour 1 000 habitants, aucun médecin spécialiste, ni établissement hospitalier.

C’est ici que Médecins du monde s’est implanté pour la première fois en zone rurale en France, à la suite d’un travail de deux bénévoles de l’association, des enseignants du diplôme universitaire « Santé et Précarité » de la Faculté de médecine de Clermont-Ferrand.

Depuis 2013, l’asso a donc une antenne à Saint-Éloy-les-Mines, un ancien village minier d’environ 3 700 habitants au centre du territoire. En face de la mairie, dans un local dont la porte est toujours ouverte, une médiatrice en santé reçoit avec ou sans rendez-vous, selon ses disponibilités. Des psychologues bénévoles, le planning familial ou encore une association d’anciens alcooliques y reçoivent également ponctuellement.

« Nous ne faisons pas d’acte médical, mais de l’accompagnement, précise Céline Laurenson, coordinatrice du programme. Nous aidons les gens dans leurs démarches, à se déplacer à des rendez-vous, ou en leur apportant un soutien moral », explique-t-elle.

« Pas de profil type »

Ce jour-là par exemple, Anne-Elisabeth Ingold, médiatrice en santé, reçoit un monsieur de 59 ans qui souffre de dépression. Il recherche actuellement un emploi adapté à ses difficultés, mais en attendant, le travail en milieu « ordinaire » lui procure beaucoup de stress. « Par ailleurs, quand je ne travaille pas, je m’ennuie et j’ai des angoisses », explique-t-il. Ensemble, ils ont fait les démarches pour qu’il puisse voir un psychologue. Pour le moment, faute de place, il a été renvoyé vers un infirmier en psychiatrie.

Dans le même temps, Anne-Elisabeth le renseigne sur les activités associatives et culturelles des environs, pour sortir un peu de cet isolement. Il n’y a pas pléthore d’offres, mais une projection à la médiathèque ou une soirée jeu dans un bar associatif sont déjà des occasions de ne pas rester seul chez soi. « Ici, ils font toujours du mieux qu’ils peuvent pour nous aider. Je sais que je peux venir quand ça ne va pas », confie l’homme.

« Il n’y a pas de profil type parmi les personnes que j’accompagne, souligne Anne-Elisabeth, il y a des personnes de tout âge, pour des problèmes très différents, qui peuvent aller de la demande d’informations sur l’IVG, à des problèmes d’addiction ou encore des situations de rupture de droits. » Les soucis de paperasse sont en effet légion. « Nous avons nous-même parfois du mal à nous y retrouver, mais pour certaines personnes, rien que passer un coup de téléphone est anxiogène », explique-t-elle.

À cela s’ajoute la dématérialisation, qui exclut ceux qui ne sont pas à l’aise avec l’informatique. Résultat, beaucoup préfèrent renoncer à l’idée de se faire soigner. « Ils finissent par venir vers nous quand ils sont dans l’urgence », constate la médiatrice en santé. C’est le cas par exemple d’un homme qui nous reçoit dans son studio, et qui montre un papier mal imprimé, illisible, envoyé par la sécurité sociale.

À la suite d’un accident vasculaire cérébral, entraînant une cessation de l’emploi et une perte de ressources, il s’est retrouvé sans mutuelle et en difficulté avec les démarches administratives pour obtenir des aides. « Quand je ne comprends rien au téléphone, je raccroche », glisse-t-il. Il va devoir recommencer des démarches pourtant entamées il y a plusieurs mois, avec l’association.

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Repérer les plus isolés

Anne-Elisabeth passe une bonne partie de ses journées sur les routes, pour aller chez des personnes qui vivent dans des maisons éloignées des bourgs, et qui n’ont souvent pas de moyen de transport individuel. Comme cette dame, divorcée, qui n’a pas pu passer le permis en raison de problèmes de santé, et qui est immobilisée chez elle, loin de tout. Même pour des petites courses, elle doit faire appel à des voisins ou des amis. Pour se faire soigner à l’hôpital de Montluçon, à une quarantaine de kilomètres de chez elle, elle a été conduite par des bénévoles de MdM.

La difficulté pour l’asso est de réussir à toucher ces personnes isolées géographiquement. « Nous allons dans des distributions alimentaires, dans les mairies, pour nous faire connaître, mais il y a des personnes qui passent entre les mailles du filet. Parfois, des gens nous appellent pour nous signaler leurs voisins », explique Céline Laurenson.

Il y a aussi de nombreux agriculteurs seuls, qui, même s’ils ne constituent pas la majorité des personnes accompagnées par l’association, éprouvent de fortes souffrances psychologiques, avec des risques de suicide. Sur ce sujet, Médecins du monde travaille avec d’autres structures et professionnels comme la coordinatrice territoriale de santé, qui a organisé des soirées de théâtre forum sur le sujet pour libérer la parole.

« Le système peut s’améliorer avec la création de nouveaux métiers qui sont à cheval entre le médical et le social, deux secteurs aujourd’hui encore trop cloisonnés, estime Céline Laurenson. Sur ce point, la reconnaissance du métier de la médiation en santé dans la loi de 2016 est une avancée positive. »

En revanche, si la densité médicale reste stable dans le territoire, l’antenne du centre-médico-psycho-pédagogique de Saint-Eloy, à destination des enfants et des adolescents, a fermé l’an dernier. L’autre centre se trouve à 45 kilomètres, à Riom, et certains parents n’ont pas les moyens d’y conduire leurs enfants.

De même, les habitants ont récemment dû batailler pour éviter la fermeture du centre médico-psychologique du village de Youx. Et, surtout, les problèmes liés aux transports s’aggravent. « Quand on regarde la carte des bus d’aujourd’hui, par rapport à il y a quelques années, c’est flagrant », note-t-elle.

L’association travaille donc à la mise place d’un projet de « covoiturage santé solidaire » entre les habitants. Au-delà de l’intérêt pratique, cela permettra de tisser de nouveaux liens entre les gens. Un besoin vital face aux lacunes du système de santé.

Ce article a été publié au préalable dans le UP n°23 et son dossier “Quel avenir pour nos campagnes ?”, à retrouver sur notre boutique

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