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DÉCRYPTAGE – La vaste consultation lancée par le gouvernement en réponse au mouvement des gilets jaunes est terminée. Reste maintenant à en tirer des conclusions, et des actions.

Face au mouvement de contestation des gilets jaunes, le président Emmanuel Macron a souhaité lancé mi-janvier un “grand débat national”, permettant aux Français de s’exprimer sur la politique du pays, via un site Internet, des cahiers à dispositions dans les mairies et des réunions locales. Au lendemain de l’acte XXI de la fronde des gilets jaunes, l’heure est venue de faire le bilan de cette consultation. Le Premier ministre a livré une synthèse orale lundi 8 avril, sans annoncer de réformes. Le président devrait intervenir prochainement. En attendant, voici ce qu’on peut retenir de cet exercice, tout aussi inédit que le mouvement social qui l’a précédé.

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De nombreuses contributions

1,5 million de personnes ont participé au grand débat selon le gouvernement : 500 000 via la plateforme en ligne, 500 000 dans les réunions et 500 000 par le biais des cahiers citoyens et des courriers.

À titre indicatif, le premier samedi de mobilisation des gilets jaunes, mi-novembre avait mobilisé 282 000 personnes, selon le ministère de l’Intérieur. La page Facebook “le nombre jaune”, qui affiche une comptabilisation différente du gouvernement, avait indiqué un record de participation aux manifestations, le 16 mars, avec 269 000 gilets jaunes.

Une consultation, pas un sondage

Plusieurs organismes ont été missionnés pour réaliser la synthèse du débat : le sondeur OpinionWay, les cabinets Roland Berger, Res Publica et Missions Publiques. Compte tenu des différentes formes de participation, et des nombreux thèmes abordés, il est extrêmement difficile d’en tirer une synthèse exhaustive.

Par ailleurs, certains ont critiqué le fait que les questions en ligne étaient fermées, et orientées. La consultation ne peut en tout cas pas avoir valeur de sondage.

Ils ne veulent plus payer pour ça…

Édouard Philippe a estimé, lundi 8 avril, dans sa synthèse, qu’il y avait une « exaspération fiscale », laissant entendre que des impôts seraient revus à la baisse. Moins de 3 % des personnes qui ont voté en ligne se sont déclarées contre les baisses d’impôts. Parmi les impôts à baisser en priorité, les participants ont choisi la TVA, suivie des impôts sur le revenu.

58 % des répondants ne sont pas prêts à payer un impôt qui encourage des comportements bénéfiques à la collectivité, comme la fiscalité écologique ou la fiscalité sur le tabac et l’alcool.

Afin de baisser les impôts, les participants ont estimé à 56 % qu’il fallait réduire les dépense de l’État. Reste à savoir lesquelles. Les trois quarts penchent pour une “réduction du train de vie de l’État” et la lutte contre le gaspillage d’argent public. 52 % des votants estiment qu’il faut « revoir l’attribution des aides sociales ». Les domaines dans lesquels il faut faire des économies sont, selon eux, la défense et le logement.

Vote blanc, référendum local… Les institutions à réformer

Parmi les solutions pour améliorer la démocratie, 80 % des contributeurs sont favorables au référendum au niveau local. Le référendum d’initiative citoyenne (RIC), grande revendication des gilets jaunes, n’avait pas été présenté parmi les propositions, mais a été suggéré dans 6,7 % des contributions libres, indique Le Monde.

74 % des contributeurs à la plateforme demandent une dose de proportionnelle, essentiellement à l’Assemblée nationale. Autres réformes populaires : une prise en compte du vote blanc, sollicitée à 69 % et le vote obligatoire à 57 %.

La moitié des répondants disent avoir confiance dans leurs élus, principalement leur maire, mais la remise en cause des “privilèges des élus” est également importante, de même que celle du “millefeuille administratif”. Les salaires des fonctionnaires sont jugés trop élevés en haut, pas assez en bas.

L’écologie, c’est oui

« Les Français, à la différence de nombreux autres peuples, ne sont pas climato-sceptiques », s’est félicité lundi midi le Premier ministre. En effet, la nécessité d’agir contre le réchauffement climatique fait consensus parmi les répondants.  62 % des contributeurs à la plateforme affirment que leur vie quotidienne est déjà affectée par le changement climatique (canicules, événements climatiques…) et 86 % pensent pouvoir contribuer à protéger l’environnement.

Comme solutions, le développement de transports collectifs (43 %), ainsi que la réduction de l’utilisation des pesticides (26 %) dominent dans les réponses.

Une expérience intéressante, mais critiquée

Le grand débat national a le mérite d’avoir mis avant la participation des citoyens comme moyen de résoudre une crise. Certains Français ont pris l’exercice très au sérieux, preuve de l’envie d’être écouté. Des associations, à l’image du Secours catholique, en ont profité pour donner la parole à celles et ceux qu’on écoute peu, comme les personnes en grande précarité.

« Le grand débat a fait la démonstration qu’ouvrir largement le champ de la participation ne mène pas forcément au chaos, que l’on peut débattre dans une atmosphère pacifique », observe Loïc Blondiaux, professeur de science politique à l’université Paris-I – Panthéon-Sorbonne, interrogé par Le Monde.

En parallèle au grand débat, d’autres formes de consultations ont été mises en place, comme le site Le Vrai Débat, porté par des gilets jaunes, et le dispositif Entendre la France. D’une manière générale, grâce au mouvement, une réflexion sur la démocratie participative a émergé, et on ne peut que s’en réjouir.

Reste que pour le gouvernement, le grand débat est un exercice risqué. On peut lui reprocher de ne pas être à l’image des Français. D’ailleurs, selon l’Observatoire des débats, ceux qui ont participé aux réunions du grand débat sont différents sociologiquement des gilets jaunes. Enfin, il y a le risque d’apparaître pour une simple opération de communication, servant à appuyer une politique déjà décidée. Les mesures annoncées prochainement permettront à chacun d’en juger.

Le grand débat : “Il faut davantage impliquer les citoyens”


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