IMPACT DURABLE- Ce mois-ci, UP le mag, en partenariat avec Up Campus et la Mairie de Paris, vous propose de découvrir des acteurs du réemploi qui créent au quotidien un impact écologique et social durable. À l’occasion de la fashion week, zoom sur les étudiants en école de mode souhaitant créer autrement en respectant l’environnement. 

En novembre 2017, à l’Institut français de la mode (IFM), on prépare la semaine du développement durable, prévue le mois suivant. C’est la deuxième fois que l’école parisienne organise un événement de la sorte. Au programme de la première édition, en janvier 2017 : cinq jours consacrés à l’économie circulaire, à la récupération de déchets, aux nouveaux matériaux, aux alternatives du coton et à la traçabilité dans la fabrication des vêtements. Les futurs diplômés ont pu échanger avec des professionnels et certaines marques.

Notamment H&M, représentant de la fast fashion (l’équivalent de la fast food pour la mode où les collections sont produites et diffusées dans des temps records), ou, encore Kering, le géant du luxe français, qui détient notamment Gucci, Yves Saint Laurent ou Puma, connu pour son engagement pro-environnement.

Lucas Delattre, chargé des enseignements liés à la communication, aux médias et au digital à l’IFM, estime que l’école « n’a pas le choix » : l’établissement n’impose pas à ses jeunes de lancer une révolution verte, mais elle se doit de « sensibiliser » celles et ceux qui vont arriver sur le marché de l’emploi. Il n’y a d’ailleurs rien de plus logique, pour l’ancien grand reporter au Monde, reprenant à l’occasion une formule de Pierre Bergé, fondateur et président de la structure : « Dans la mode, il faut avoir l’oreille absolue et comprendre le présent. » Et, par exemple, précise-t-il, « on réfléchit avec les étudiants à l’impact environnemental de la mode, qui est une des industries les plus polluantes avec le pétrole et l’agriculture ».

« Le toujours plus » a conduit à la catastrophe

Éduquer, et montrer que l’on peut faire… autrement. Depuis la catastrophe du Rana Plaza en avril 2013 au Bangladesh, le collectif Fashion Revolution organise des événements pour sensibiliser le public sur la place de l’éthique dans la mode.

Exemple, un petit groupe d’étudiants s’est mobilisé devant un concept-store tenu par une marque de vêtements upcyclés à Paris, c’est-à-dire fabriqués à partir de matériaux usagés. Sur leurs pancartes était posée cette question : « Who made my clothes ? » (Qui a fabriqué mes vêtements ?). But du jeu : montrer  que «  c’est le ‘toujours plus de produits’ qui a conduit à l’effondrement des ateliers (faisant 1 127 victimes, ndlr) », explique Anne Balas-Klein, la directrice de Lisaa mode Paris, qui travaille dans cet établissement depuis 1989.

L’école n’en est pas à son premier coup d’essai, elle multiplie les partenariats, en particulier avec Le Secours populaire qui lui a donné de vieux textiles pour que les élèves créent des sacs recyclés. Et ce, dans le but de les vendre. L’argent récolté permettra à des enfants de partir en vacances… le tout, grâce à l’upcycling.

Rien ne se perd, tout se transforme ! Les jeunes de Lisaa Paris l’ont également constaté en travaillant avec Inimitable Laloo, une marque de pochettes, et Eco-TLC qui recycle linge, textile et chaussures. L’éco-organisme a mis en place un concours de création pour les élèves, dont la consigne a été de « customiser une pochette de voyage avec du textile récupéré », se souvient Louise Duigou, une élève de Lisaa en 2e année dans la filière Styliste designer textile, qui avait d’ailleurs gagné le troisième prix.

Mode éthique, mode peu désirable ?

Ces nombreuses actions ont, en tout cas, le mérite de lutter indirectement contre un préjugé qui perdure dans l’esprit de nombreux consommateurs. La mode éthique ne serait pas très fashion. « C’est un serpent de mer, réplique Lucas Delattre de l’IFM. Il faut lutter contre le préjugé. Oui, poursuit-il, un vêtement conçu à partir de matières recyclées peut être sexy. » Aux écoles de mode de le clamer haut et fort. Normal, selon Anne Balas-Klein de Lisaa (350 étudiants par an) : « Les étudiants sont  les prescripteurs de demain. »

D’ailleurs, elle le remarque, ce sont d’abord les étudiants qui réclament que les écoles parlent développement durable. Certains veulent se lancer dans la création, tout en respectant la planète. En un mot, faire différemment. Du côté de l’IFM, sur les 130 personnes que l’école accueille chaque année, une dizaine formule ce vœu (les autres s’orientant vers les autres métiers de la mode).

Des marques boycottées

Oui, faire partie d’une aventure « verte » donne envie, ce que confirme Eloïse Moigno, la fondatrice de Sloweare, la plateforme d’information de la mode éco-responsable : « Je reçois de nombreux mails d’étudiants qui préparent des mémoires sur la question », s’enthousiasme cette membre du collectif Fashion revolution qui intervient, de temps en temps, dans les établissements scolaires. « La jeune génération, dit-elle, souhaite proposer des solutions, prendre les choses en main. » Lucas Delattre confirme : « Il y a des étudiants qui refusent de travailler pour certaines marques dont ils ne partagent pas les valeurs. »

Et, par ailleurs, il arrive que des jeunes formés refusent par ailleurs d’échanger avec des représentants de la fast fashion lors des journées de rencontre entre futurs actifs et potentiels employeurs, ce qui veut tout dire.

Le frein du prix

Eloïse Moigno du site Sloweare encourage les interventions de professionnels au sein des établissements et les initiatives de quelques écoles, mais pense que cela pourrait aller plus loin. Par exemple, en intégrant davantage de modules sur la mode éthique dans les programmes et les cours. Or, « les structures sont parfois liées au monde du luxe, qui n’est pas encore très engagé dans le développement durable », regrette-t-elle.

Mais créer éthique n’est pas la priorité pour la plupart des jeunes, rappelle Lucas Delattre : « Ils veulent avant tout  trouver un travail, même si c’est au sein de sociétés qui font de la fast fashion. Et je ne parle pas tant des étudiants créateurs ou designers que des étudiants en management, largement majoritaires à l’IFM. »

C’est pourquoi les deux écoles, sollicitées par UP, assument s’adresser à l’ensemble des acteurs du luxe et de la mode, fast et slow, sans fermer des portes. D’après Anne Balas-Klein, la directrice de la filière mode de Lisaa Paris, il ne faut pas oublier un détail, et non des moindres : le prix des matières premières biologiques, des tissus respectueux de la planète, éthiques, ou made in France. « C’est plus cher et, du coup, ça peut être un frein pour la création… »

La mode éthique, c’est chic ! Ne manquez pas notre Up conférences co-organisé avec la ville de Paris, le mardi 2 octobre,au Panpiper, 2-4 Impasse Lamier, 75011 Paris à 19h15. Inscription gratuite.
Nos invités :
– Majdouline Sbaï, Sociologue et spécialiste de la mode éthique, fondatrice de l’entreprise « Après la chute », et auteure de « Une mode éthique est-elle possible ? »
– Elsa Monségur ou Alice Merle, Cofondatrice de la textilerie, un atelier dédié à la fabrication écoresponsable à Paris
– Sébastien Kopp, Fondateur de la marque pionnière Veja
– Damien Pellé, Directeur du Développement durable aux Galeries Lafayette qui s’est récemment lancé dans une démarche écoresponsable importante avec l’initiative « Go for good »

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