FESTIVAL – Depuis 2005, le Cabaret Vert fait la part belle aux producteurs locaux pour régaler les festivaliers et s’engage sur une démarche écoresponsable. A peine l’édition 2018 est-elle terminée que l’équipe organisatrice planche sur la suivante. Que se passe-t-il une fois les portes refermées ?

Pendant quatre jours, les 94 000 festivaliers ont profité des nombreuses scènes pour chanter, bouger, danser, se restaurer. Sans compter les multiples stands et ateliers pour découvrir des auteurs et des porteurs de projets à fort impact social ou environnemental. C’est fini, bye bye Charleville-Mézières, à l’année prochaine ! En attendant la prochaine édition de ce festival éco-responsable, les équipes dirigeantes et les bénévoles (plus de 2 000 sur les trois dernières semaines), ont démarré le nettoyage du site et poursuivi le tri des poubelles.

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Les restes alimentaires et les déchets organiques sont jetés dans le compost qui sera donné à des maraîchers, voire des collectivités. Les gobelets en plastique sont recyclés. Les mégots, le déchet le plus jeté au sol durant les festivités, sont ramassés, comptés et envoyés à Mégo, l’entreprise qui va se charger de leur donner une seconde vie (en recyclant la partie en plastique). « L’action des bénévoles permet de rendre le site plus propre qu’il ne l’était avant l’installation du festival », note Jean Perrissin, responsable DD du Cabaret Vert.

Par ailleurs, une cinquantaine d’arbres vont pouvoir être plantés dans un des campings du festival, grâce à une campagne de crowdfunding réussie (sur Blue Bees). Un projet  de reboisement – Adopte un arbre – qui permettra d’offrir aux campeurs des prochaines années « un peu d’ombrage », explique Jean, salarié de l’association en charge du festival, depuis 2009. C’est aussi une action en faveur de la biodiversité dans un département bien vert : « Une riveraine, qui possède une ruche, manque d’espèces mellifères (comme des tilleuls), donc on en plantera pour ses abeilles… Et les bénévoles pourront goûter le miel. »

Les festivaliers ont conscience d'être dans un festival... vert

Les festivaliers ont conscience d’être dans un festival… vert

Le Zéro déchet ? “Le graal !”

Oui, l’équipe organisatrice planche déjà sur les prochaines éditions. Avec, toujours cette envie, de privilégier les partenaires locaux pour l’alimentaire et les boissons. « On refuse les industriels, Coca-Cola ou Heineken, même s’ils nous ont proposé les mêmes chèques qu’aux autres festivals, observe Julien Sauvage, le fondateur du Cabaret Vert. Mais ça demande une énergie de dingue, car aucun de nos petits producteurs n’est capable de nous fournir 100 % de nos besoins. »

En 2019, le festival entend poursuivre son effort en réduisant, au maximum, l’emprunte carbone. En jouant d’abord sur la réduction de la production de déchets (80 tonnes par édition environ), le tri ou la réutilisation des objets jetés. Jean Perrissin nous explique que 80 % de la vaisselle est compostable. Par exemple, les barquettes ou les cornets de frites ne le sont pas, aucune solution n’a encore été trouvée. « Aller vers le zéro déchet, ce serait le graal… » Ensuite, le festival veut progresser dans le domaine de l’énergie en développant le renouvelable – solaire et éolien – pour alimenter des salles et le reste…  C’est déjà le cas pour le bureau du service DD du festival, 100 % verte, et pour une petite scène de DJ. Les énormes scènes, quant à elles, restent dépendantes de groupes électrogènes. « Mais on en a qui utilisent moins d’énergie fossile ou dégagent moins de CO2. Et on peut être relié au réseau de la ville de par notre situation géographique (le festival se trouve quasiment au centre-ville). »

C’est un Cabaret vert, et les gens en ont conscience ?

Les quatre jours servent aussi d’expérimentation pour les prochaines éditions. Dans l’espace des conférences et des ateliers trône par exemple un petit vélo. On pédale… pour recharger son téléphone. Les curieux ont essayé pour gratter un peu de batterie. « Mais il faudrait pédaler 4-5 h pour recharger à fond le téléphone, alors on essaye d’améliorer le système pour l’année prochaine. Je travaille avec un réparateur de vélo et un électricien », glisse Jean, dont le festival est intégré dans un projet, Démo, rassemblant différents acteurs français et belges. Une initiative européenne visant à échanger des bonnes pratiques (et des objets) et mener des actions communes culturelles et liées au développement durable.

Au fait, les festivaliers ont-ils conscience qu’ils viennent dans un festival vert ? Le Cabaret Vert en saura plus bientôt car il mène une enquête visant à quantifier les retombées économiques. Des questionnaires seront envoyés à certains volontaires pour mesurer leur perception de l’événement. Mais, à la direction, on a déjà une idée de la réponse.

« Je pense qu’ils en ont conscience du fait de la restauration durable, du fait du choix de proposer du circuit court et du local. Et, analyse Jean, quand on se promène sur le site, on ne peut manquer le centre de tri, ainsi que les bénévoles qui ramassent en permanence les sacs poubelles.” « En même temps, poursuit Julien, le fondateur, on ne fait pas tout pour l’indiquer aux participants. On ne communique pas forcément énormément sur l’aspect DD. Et en plus, on n’est pas moralisateur. Celui qui ne veut pas trier, jeter par terre, il le fait. On propose des bonnes pratiques, libre à chacun de s’en emparer. On ne veut pas être chiants. »

Cela commence par soi

Question : jusqu’à où peut aller le festival ? Peut-il devenir végan, ce qui permettrait aussi de lutter contre la pollution et les dérives des abattoirs ? Julien fait non de la tête, l’Ardennais revendique être un viandard et veut « respecter l’emblème du département, le sanglier ». « Mais, après, chacun fait ce qu’il veut et on propose de nombreux plats végétariens… Les gens viennent faire la fête, il ne faut pas qu’il y ait des contraintes. Faire passer de bonnes idées indirectement, c’est mieux que d’imposer certaines choses.” Et ça marche : « On remarque ainsi que les consignes de tri sont respectées et certains utilisent les cendriers portatifs donnés par Le Cabaret Vert, plutôt que de les jeter au sol automatiquement », remarque le responsable DD du festival.

Julien Sauvage, le fondateur du Cabaret Vert est "un psychopathe du tri"

Julien Sauvage, le fondateur du Cabaret Vert, est “un psychopathe du tri”

Mais le changement de comportement, c’est l’affaire de tous, y compris des bénévoles et des organisateurs. Quand Julien explique être devenu « un psychopathe du tri », Jean glisse consommer moins de viande, il ne conduit pas, circule en vélo, fait pousser des pieds de tomates dans sa cour. Bref, pour changer le monde, il faut commencer chez soi…


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