DÉCRYPTAGE – Une nouvelle étude fait le point sur l’impact de l’élevage sur la planète. Avec des chiffres inquiétants sur les émissions de la viande et du lait.

Qu’importe les scandales et les changements de régime alimentaire de certains citoyens, les professionnels de la viande et du lait restent optimistes. Lors de la grand messe des producteurs de viande à New-York, en 2014, le géant JBS (environ un quart du marché mondial de bœuf), affichait des projections chiffrées : passer d’une consommation moyenne mondiale de 37 kilos de viande par an et par personne en 1999, à 48 kilos d’ici à 2030.

Sauf que ce scénario n’a rien de réjouissant, comme vient le rappeler une étude de l’ONG de soutien aux paysans GRAIN et de l’IATP (Institute for Agriculture and Trade Policy). Alors que les projections en ce qui concerne le réchauffement climatique sont plutôt pessimistes, tant les états semblent loin des efforts promis lors de l’accord de Paris en 2015, une hausse de la production de viande et de lait viendrait fortement compliquer la situation.

Un manque de transparence

Comme le rappelle ce rapport, pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, il faut que les émissions mondiales annuelles de gaz à effet de serre passent de 51 gigatonnes à 13 gigatonnes d’ici 2050. Or, si tous les autres secteurs parviennent à réduire leurs émissions, mais que l’élevage continue à grandir, ce secteur émettra 10,53 gigatonnes, soit 80 % du « budget d’émissions » à ne pas dépasser. Cela rendrait les objectifs de réduction de la hausse des températures impossibles.

GRAIN et de l’IATP se sont penchées sur les émissions des grandes industries de l’élevage. Ils ont constaté que la plupart des géants de la viande et du lait ne déclarent par leurs émissions ou les sous-estiment. Sur les 35 principaux groupes, seuls 4 fournissent des estimations crédibles selon eux. La plupart des entreprises ne prennent pas en compte les émissions de leur chaîne d’approvisionnement. Pourtant, ces émissions, dont la production des aliments pour animaux et le méthane rejeté par les bovins, représentent souvent entre 80 et 90 % des émissions de la viande et des produits laitiers. Malheureusement, toutes ces entreprises n’ont aucune obligation d’afficher leurs émissions ni de les réduire.

Un déséquilibre à l’échelle de la planète

Selon les calculs réalisés par les auteurs du rapport, les émissions du secteur de l’élevage ont pourtant de quoi inquiéter. Ainsi, les émissions annuelles de gaz à effet de serre des cinq plus grandes entreprises de production de viande et de produits laitiers dans le monde sont supérieures aux émissions émises par des géants du pétrole comme ExxonMobil, Shell ou BP. Autre comparaison frappante : les 20 premières entreprises de l’industrie de la viande et des produits laitiers réunies produisent plus d’émissions que l’Allemagne, le Canada, l’Australie, le Royaume-Uni ou la France.

Production des 5 plus grands producteurs de viande et lait Production des 20 plus grands producteurs de viande et lait

Le rapport pointe également un déséquilibre peu réjouissant concernant les grandes régions exportatrices de viande et de produits laitiers que sont les États-Unis et le Canada ; l’Union européenne (UE) ; le Brésil et l’Argentine ; l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ces pays, qui produisent de manière excédentaire, représentent 43 % des émissions mondiales totales de la production de viande et de lait, alors qu’ils ne représentent que 15 % de la population mondiale.

L’urgence d’une nouvelle voie

GRAIN et de l’IATP constatent que parmi les 35 premières entreprises de production de viande et de produits laitiers, quatorze ont annoncé des objectifs de réduction d’émissions d’une forme ou d’une autre. Mais sur ces 14 entreprises, seulement 6 ont des objectifs qui traitent globalement des émissions provenant de l’élevage du bétail. Les autres misent sur des réductions d’émissions via d’autres étapes de leurs activités comme leurs usines ou leurs véhicules.

« Le seul élément commun dans cet enchevêtrement de promesses et d’inaction des entreprises sur le changement climatique, c’est leur détermination à poursuivre leur croissance », observent les auteurs du rapport. Dans ce contexte, tous les traités d’accords de libre-échange conclus entre les états sont du pain béni pour les producteurs de viande et de lait. D’où l’urgence de réfléchir à un changement de stratégie à l’échelle de la planète.


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