Ils luttent contre les décharges sauvages


EXTRAIT DU MAG – Des débris de chantier, des gravats ou encore des pneus s’entassent régulièrement en toute impunité dans les villes et les campagnes françaises. Ces déchetteries illégales à ciel ouvert polluent les sols et empoisonnent la vie de milliers d’habitants. Des associations, des élus et des citoyens se mobilisent contre ce fléau.

« Chaque week-end, c’était la même histoire, nous avions jusqu’à quatre à cinq dépôts sauvages aux abords de la ville. La situation était devenue intenable », se souvient Christophe Dietrich. Le maire de Laigneville, dans l’Oise a observé avec amertume, ces dernières années, les effets collatéraux du dynamisme immobilier de sa commune, située à 60 km de Paris. Alors que les maisons neuves fleurissent dans les lotissements de la ville, des tonnes de briques, de gravats et de matériaux de maçonnerie sont retrouvées sur les chemins avoisinants, bien loin de la déchetterie pourtant toute proche : « Le dépôt de déchets de construction à la décharge municipale est facturé 75 euros la tonne. C’est donc plus économique pour les professionnels de les laisser dans la nature », analyse le maire de la ville.

Excédé par ces incivilités, il décide alors de remonter la piste des pollueurs en recoupant les témoignages recueillis auprès de riverains. Il finit par identifier un entrepreneur indélicat et décide de lui renvoyer les monceaux de terre jetés quelques semaines plus tôt sur la voie publique. L’opération est médiatisée pour marquer les esprits. Une solution radicale qui témoigne de l’exaspération du maire : “L’objectif était vraiment de lutter contre le sentiment d’impunité des professionnels“, explique Christophe Dietrich.

Dans le même temps, l’élu a multiplié les réunions pour organiser la prévention et prévenir des poursuites légales encourues par les pollueurs. Ces efforts conjugués ont fini par porter leurs fruits : « En quatre ans, les dépôts sauvages ont chuté de 90 % à Laigneville  », conclut-il.

Des pièges photographiques en forêt

Pour éviter d’être verbalisés, certains automobilistes n’hésitent pas à s’enfoncer loin sur les chemins forestiers pour déverser leurs déchets encombrants et parfois toxiques. Une situation devenue intolérable pour les agents de préservation de la forêt. Pour lutter contre ce fléau, des appareils photo automatiques, utilisés habituellement par les chasseurs, ont été installés dans plusieurs départements pour capturer, de jour comme de nuit, les faits et gestes des pollueurs.

C’est le cas dans le Massif de Haye, en Meurthe-et-Moselle : « C’est une mesure avant tout dissuasive. Ces pièges photographiques sont fixés aux arbres et se déclenchent au moindre mouvement. Nous les changeons régulièrement de place dans les zones où sont régulièrement déposés de l’amiante, du plâtre et d’autres produits dangereux », explique Philippe Pernodet, responsable de l’Office national des forêts du Grand Nancy. Les agents forestiers sont ensuite chargés de visionner les images pour tenter de relever les plaques d’immatriculation des automobilistes. Les particuliers risquent jusqu’à 1 500 euros d’amende. Les professionnels pris sur le fait sont encore plus lourdement sanctionnés. Ils s’exposent à une amende pouvant aller jusqu’à 75 000 euros et à la confiscation de leur véhicule.

Une carte interactive pour mobiliser les citoyens

En France, on estime à plus de 80 000 tonnes, la quantité de déchets jetés chaque année dans des décharges sauvages en pleine nature. Pour mieux comprendre les causes du phénomène, l’association Picardie Nature a lancé, en 2016, une plateforme collaborative en ligne unique en France : « L’objectif est de recenser, cartographier et caractériser les dépôts sauvages en Picardie », explique Maïté Godefroy, chargée de mission du projet. Cet outil permet aux citoyens picards de faire remonter leurs informations.

Il suffit de zoomer sur l’emplacement du dépôt sur la carte en ligne et de télécharger une photo. À ce jour, 280 décharges sauvages ont été identifiées dans la région grâce à ce site. L’analyse de ces données permettra de suivre l’évolution du phénomène dans le temps et d’étudier la répartition des dépôts sauvages par rapport au réseau existant de déchetteries : « Cela nous aidera à mieux appréhender les contraintes locales liées aux déchets dangereux comme l’amiante, mais aussi à évaluer l’impact de certaines politiques publiques comme la tarification incitative », précise Maïté Godefroy. La plateforme proposera également des solutions pour accompagner les élus confrontés à ces incivilités grandissantes. L’initiative, si elle est concluante, pourrait s’étendre à d’autres régions françaises.

En complément de ce dossier, retrouvez plus de solutions pour réduire les déchets dans une série d’articles consacrés à l’économie circulaire ici.

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