EN LIBRAIRIE  – Avec Nucléaire, Danger immédiat, les journalistes Thierry Gadault et Hugues Demeude veulent dénoncer la culture du silence propre aux acteurs de la filière nucléaire. Les centrales vieillissent, et personne n’est à l’abri d’une catastrophe sur le territoire.

Nucleaire Danger ImmediatLe livre commence en 2020. Emmanuel Macron, alarmé, s’exprime à l’Élysée pour annoncer qu’un grave accident nucléaire vient d’avoir lieu et que des populations, aux environs de la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux, dans le Loir-et-Cher, allaient être évacuées en vue d’être protégées. « Une violente détonation  déchire le toit du bâtiment-réacteur », l’heure est grave. Ce scénario-catastrophe fictif, raconté dans le prologue, met les lecteurs d’entrée dans l’ambiance.

Oui, écrivent les auteurs de Nucléaire, danger immédiat (Flammarion), Thierry Gaudault et Hugues Demeude, la catastrophe semble imminente. Certes, les incidents graves n’ont jamais été très nombreux en France – Saint-Laurent-des-Eaux, encore elle, en a connu deux, en 1969 et en 1980 – mais la menace est assez forte, alors que la majorité des 19 centrales (et 58 réacteurs) vont, d’ici 2028, atteindre les 40 ans d’existence,  l’âge limite théorique de leur durée de vie.

Des sols pollués

Les auteurs, des journalistes indépendants, expliquent que les réacteurs ont mal vieilli, le parc est vétuste, avec parfois des pièces non conformes au cahier des charges et qui sont donc fragilisées. Pire : certaines enceintes, en béton, dans lesquelles sont confinés les réacteurs, sont fissurées, parfois mal rebouchées, les murs non étanches fuient.

Deux Français sur trois vivent à moins de 75 km d’une centrale et les centrales jouxtent des sites naturels. À Fessenheim, la centrale, qui devrait fermer en 2019, se situe en-dessous du grand canal d’Alsace et de nombreux réacteurs ont été bâtis près des vignobles (à Chinon, notamment). Sans parler des sols et des cours d’eau au niveau du centre de traitement des déchets nucléaires de La Hague d’Areva, dans le Cotentin, pollués au plutonium et à l’americium, un élément radioactif. L’information avait été dévoilée par l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest et avait obligé Areva à lancer une opération de dépollution.

« Les sites des centrales n’ont pas été choisis en fonction des risques potentiels, mais en fonction de la facilité à acquérir des terrains », explique Corine Lepage, l’ex-ministre de l’Environnement. Les auteurs de l’ouvrage précisent que « quelques enveloppes » de la part d’EDF suffisent pour convaincre les élus d’accepter les implantations.

Culture du silence et désinformations

L’ouvrage revient aussi longuement sur les non-dits de la filière. En octobre 2016, par exemple, EDF met deux jours pour déclarer, à l’Agence de sûreté nucléaire, un incident à Golfech (Tarn-et-Garonne). La culture du silence est de mise, les discours parfois trompeurs. En particulier sur le nucléaire, prétendue source d’énergie propre et bon marché. Non, l’EPR, le réacteur dit de “troisième génération” mis au point par Areva, ne coûte pas moins cher que le renouvelable (éolien et photovoltaïque). L’enquête dénonce les désinformations de certains professionnels. En particulier, en avril 1986. À l’époque, Antenne 2 (ex-France 2) explique, carte de météo à l’appui, que l’anticyclone des Açores protégeait le nuage radioactif de Tchernobyl aux frontières de la France. Et que les Français n’avaient rien à craindre pour leur santé. Des études, parues plus tard, ont pu démontrer le contraire.

Peu importe, au final ; l’idée, expliquent les journalistes, c’est de tout faire, pour que le nucléaire reste la source majoritaire de l’électricité. Et ça a marché jusque là : « Il y a vingt ans, quand j’ai eu l’honneur d’être ministre (de l’Environnement, ndlr), raconte Corinne Lepage, membre du gouvernement entre 1995 et 1997, le renouvelable représentait 13 % de l’énergie. Il en fait 16 % aujourd’hui. Cela veut dire qu’en 20 ans on a été capable de faire que 3 % de progrès ; c’est rien. (…) Mon inquiétude aujourd’hui c’est de savoir si le lobby nucléaire ne va pas arriver à saborder le programme d’énergies renouvelables… »


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