DIAPORAMA et INTERVIEW- Avec le projet « Trappes Épopées», Thierry Payet, artiste en résidence dans la ville pour quatre ans, recueille la parole des habitants sur la transformation urbaine.

Thierry Payet (prononcer « payette », précise-t-il), artiste plasticien, titulaire d’une maîtrise de physiques fondamentales avant de s’intéresser à la géographie, s’est fait une spécialité : aller à la rencontre « d’habitants  ordinaires dans des situations extraordinaires », pour recueillir leur parole et la révéler, via,  « des cartographies narratives ». Il l’a fait en République démocratique du Congo, au Rwanda, au Guatemala, en Turquie, mais aussi en France. Depuis début 2016, il est en résidence à Trappes, dans les Yvelines, pour récolter la parole des habitants sur le sujet de la transformation urbaine. Un travail en perpétuelle mutation, régulièrement exposé dans la ville. Une exposition est actuellement en cours, jusqu’au 28 juin,  à l’école de musique et de danse de Trappes. Interview et retour en images sur l’exposition.

Quelle est l’origine de ce projet intitulé « Trappes Épopées » ?

Thierry Payet : Après les attentats de Charlie Hebdo, en 2015, il y a eu des réunions au ministère de la Culture, comme certainement dans les autres ministères. Il en est ressorti qu’il fallait travailler sur le lien entre citoyens et institutions. En Île-de-France, sept villes, dont Trappes,  ont été identifiées pour y envoyer des artistes en résidence. Trappes souhaitait travailler sur la transformation urbaine, cela collait bien avec ma démarche, donc j’ai répondu et j’ai été choisi.

Dès le départ, j’ai décidé de travailler sur trois axes. Premièrement, récolter les histoires qui n’ont pas été racontées à Trappes. Beaucoup de choses se sont passées ici. La ville a d’ailleurs une réputation qui n’est pas très flatteuse.  Comme dans d’autres endroits, les gens sont concernés par des choses importantes, mais qui n’ont pas été beaucoup racontées. Deuxièmement, donner un statut à ces histoires et les diffuser. Troisièmement, les intégrer dans des programmations de la ville, culturelles, sociales ou urbaines, pour recréer une forme d’identité ou de patrimoine.

Quelle vision aviez-vous de Trappes avant de commencer ce projet ?

J’ai passé une partie de ma jeunesse à Maurepas (dans les Yvelines également, N.D.L.R.) donc, pour moi, Trappes fait partie du paysage. Pourtant, je n’étais jamais vraiment venu. C’est un endroit proche est, en même temps, assez impressionnant. Il y a pas mal de choses qui s’y sont passées, du point de vue du hip-hop, et qui ont eu une incidence sur moi. Mais certaines bandes de Trappes avaient réputation d’être dangereuses. En tout cas, c’est une ville qui ne me laisse pas indifférent.

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 “Il n’y a pas un endroit où il ne se passe pas quelque chose”

Comment s’est forgée votre démarche consistant à récolter la parole d’habitants ?

Le premier projet que j’ai fait était exposé au Pavillon de l’Arsenal (le Centre d’information, de documentation et d’exposition d’Urbanisme et d’Architecture de Paris et de la métropole parisienne), un truc un peu officiel. Cela rendait encore plus intéressant le fait d’intégrer les pratiques des gens dans la manière d’aborder la transformation urbaine, les mettre en parallèle aux techniques des urbanistes, des architectes etc., les « sachants », qui sont souvent dans des bureaux . Ce lien n’est pas assez développé. Pourtant, dès le début, j’ai vu aucun endroit où il ne se passe pas quelque chose. Dès qu’on commence à cartographier les histoires, on se rend compte qu’il y a des lieux qui émergent et qui ne sont pas forcément ceux identifiés par les aménagements de la ville.

“Moi, mon sujet, c’est moins la participation que la représentativité”

On entend de plus en plus souvent parler de projets urbains à dimension participative. Le résultat est parfois mitigé. Qu’en pensez-vous ?

Je suppose qu’il faut que ça commence à un moment ou un autre. C’est difficile d’être contre le fait que des choses se mettent en place, c’est normal si ça cafouille un peu au début. La participation est un sujet vaste… Mais mon sujet, c’est moins la participation que la représentativité. C’est compliqué de savoir si on est représentatif ou pas. Aujourd’hui, on part de tellement loin en termes de représentativité. Est-ce que les territoires et leurs transformations sont représentatifs des habitants ? C’est quelque chose qu’il est dommage de ne pas prendre en compte.

Quelle est votre technique pour récolter les histoires ?

Sur un territoire défini, j’identifie des relais, j’essaie de comprendre comment ils travaillent et après je leur demande de me mettre en contact avec des personnes, des « personnages ». Je prends rendez-vous et je vais les rencontrer.  Ici, à Trappes, je pose à chaque fois la même question : « Quels sont les lieux importants pour vous et pourquoi ? » Les premiers mois, j’ai commencé par aller voir l’ensemble des services de la ville pour comprendre comment ils travaillent et ensuite aller rencontrer des gens. C’est intéressant pour voir quels sont les publics touchés par la ville, et ceux qui le sont peut-être moins. Sachant que la finalité est toujours la transformation urbaine.

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