Patrick Kanner est ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports. Vikash Dhorasoo est un ex-footballeur (Le Havre, PSG, Milan AC) finaliste de la Coupe du monde en 2006, reconverti dans l’associatif. Ce dernier a fondé le mouvement « Tatane », qui milite pour un football joyeux et durable. A l’occasion de l’Euro de foot en France, la rédaction de « UP le mag » a convié ces deux acteurs, qui ont individuellement répondu à nos questions, dans le rond central du débat d’idées.

Les footballeurs de haut-niveau sont-ils préparés psychologiquement à une telle exposition médiatique ?

P.K. : « Comme tous ceux qui atteignent une certaine notoriété, ils doivent faire avec. Je ne suis pas sûr qu’ils en aient le goût, mais cela fait désormais partie de la fonction. C’est un des éléments de la compétition. »

V.D. : « Je peux témoigner de mon époque et de mon expérience, je pense que personne ne peut être préparé à une telle exposition et si jeune. Moi, j’ai appris à jouer au foot et mon métier n’était pas de passer à la télé. La télé a tout changé »

La politique et le business sont-ils trop impliqués dans le football ?

P.K. : « La politique, très peu. Le business davantage. Je ne crois pas que ce soit un problème en soi, ce peut être même une opportunité. Mais pour cela, les règles doivent être claires, les gouvernances irréprochables, et une exigence d’exemplarité s’impose aux joueurs, notamment à ceux qui portent les couleurs nationales. »

V.D. : « Le sport est politique, le foot aussi. L’homme politique se sert du football quand il veut et pas comme il faut. Le foot c’est du vivre-ensemble, du lien social. La politique utilise le football de façon malhonnête et populiste. D’ailleurs, la FIFA a interdit au politique l’ingérence dans les fédérations. J’aime regarder les grands matchs mais il doit y avoir un moyen de réformer tout cela. S’agissant du business, Tatane milite pour l’arrêt des indemnités de transfert. Et la FIFA nous a emboîté le pas. Le foot est un des rares métiers ou lorsqu’il y a un déplacement d’hommes, il y a un déplacement d’argent.  Le foot, c’est la consommation à l’extrême en dépouillant les plus pauvres. »

Comment, concrètement, utiliser le football pour en faire un outil d’éducation ?

P.K. : « Le football, le sport en général, est un vecteur privilégié d’apprentissage des règles, du respect de l’arbitre et des autres joueurs. C’est pourquoi le ministère des sports a lancé un plan « citoyens du sport » qui, entre autres mesures, a permis de financer 400 postes d’éducateurs, en priorité pour les quartiers qui en manquaient. Je veux qu’il y ait plus d’adultes auprès des enfants et des adolescents, pour les accompagner dans leur développement. »

V.D. : « Je trouve que le politique ne se sert pas assez du sport et du foot. C’est 2 millions de licenciés plus les fédérations parallèles. On sait où sont les gamins. Ça ne coûte rien. Dans les zones de tensions, de guerre. La première chose qu’on relance c’est le sport, le jeu, le foot. Il permet de retrouver de la joie, de se dépenser et de retrouver et de redonner confiance. L’école normalise en laissant des gamins, beaucoup de gamins sur le carreau et parfois le foot, le sport (la boxe par exemple) relance des gosses. Plus de sport à l’école et moins de maths. Il faut aérer l’esprit de nos gamins sédentaires.

Le football repose sur des bases populaires, et sur des valeurs de vivre-ensemble, de dépassement de soi, d’exemplarité́ : est-ce toujours le cas en 2016 ?

 P.K : « Il ne faut pas prêter au football plus de vertus qu’il n’en a eues vraiment. Mais il est incontestable qu’il est historiquement un sport populaire. C’est toujours le cas à mon sens et c’est précisément pourquoi la question de l’exemplarité s’y pose de manière aigüe. »

V.D. : « Le foot business peut disparaître, le football des banlieues, des villages, des quartiers existera toujours. Comme disait Michel Serre : faire une passe, c’est se relier, c’est inviter l’autre au dialogue, et c’est évidemment faire société. Chez Tatane nous avons édité un livre. Les règles Tatane pour que le foot continue toujours, pour que le ballon roule encore. Pour que, finalement, la fête continue. »

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Ceci est un extrait d’un article issu de la 12ème édition du magazine.

Magazine UP le mag n°12

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Patrick Kanner et de Vikash Dhorasoo ainsi que les 18 pages d’enquête sur le sport dans la 12ème édition d’UP le mag :

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