Le groupe revient avec un nouvel album, « Anomalie » (EMI). Après le succès de leur premier album éponyme (2.8 millions d’exemplaires vendus), « Louise Attaque » est ancré dans l’histoire de la musique hexagonale. Ce qui l’a poussé à prendre une pause pour mieux revenir. Rencontre avec Gaëtan Roussel, chanteur-compositeur du groupe.

UP : Pourquoi « Louise Attaque » ?

Gaétan Roussel: C’est la déclinaison sémantique d’un groupe américain nommé « Violent Femmes ». Le nom du groupe naît en même temps que la musique, et aussi le petit dessin, la petite Louise, fait par Robin (Robin Feix, le bassiste du groupe, ndlr) qui fait tous nos visuels. Louise nous accompagne depuis trois albums. C’est une manière d’être différent, de rester dans le mouvement. Dans le dernier, nous apparaissons aussi, à travers des pochoirs cachés faits par Jef Aerosol.

Pouvez-vous nous expliquer les raisons de cette reformation ?

G.R.: Cela s’est fait en plusieurs temps. Nous étions en pause depuis dix ans, après une première pause en 2002 suite à un deuxième album (« Comme on a dit », sorti en 2001, ndlr). Nous n’avions jamais fait d’arrêt pour faire autre chose. Cela sous-entend que l’on croise plein d’autres choses, ce que nous appelons au sein du groupe des « Contre-allées ». Cela s’est mélangé au fait que l’on s’est retrouvé il y a 5 ans pour faire un best-of, sur la proposition d’une maison de disques. Cela nous a permis de faire une photo de ce qu’on était à ce moment-là, pensant que nous n’irions pas plus loin car nous étions chacun dans nos projets. Il y a deux ans, nous nous sommes remis autour de la table pour voir si on avait envie d’être ensemble et comment on pourrait l’être.

Vous a-t-il fallu un temps d’adaptation ?

G.R. : Il a fallu d’abord discuter. L’architecture du groupe a changé. Nous étions 4, nous sommes désormais 3. Notre entourage a changé aussi. Il y a eu des périodes où nous avions l’impression, à partir du moment où nous étions quatre dans la même pièce, que nous étions ensemble, ce qui n’était pas forcément le cas tout le temps. Là, nous avons essayé d’être un peu plus différents. Dans une approche sans nostalgie, nous avons essayé d’avoir la même porte d’entrée que le premier album, où Robin et moi échangions nos idées, suite auxquelles Alexandre (Alexandre Margraff, ex-batteur du groupe, ndlr) et Arnaud (Arnaud Samuel, le violoniste, ndlr) rebondissait pour former les chansons de Louise Attaque. On a repris cette même porte d’entrée. Nous savions que nous passerions en studio avant d’aller sur scène. Nous savions aussi qu’on passerait sur la scène si on arrivait à faire ce disque, parce que c’est important pour nous.

On sent beaucoup de gravité dans les chansons de votre nouvel album. Louise est-elle préoccupée ?

G.R. : Il y a effectivement plus de gravité dans les propos. Nous avons toujours eu une certaine mélancolie dans nos morceaux. Pour cet album, cela peut s’expliquer par le fait que c’est un album de quadras. On vit dans un monde « zinzin », pour reprendre le terme utilisé par l’acteur Vincent Lindon. Ce monde n’est forcément pas le même qu’il y a dix ou vingt ans. Cet album a été écrit comme un grand texte et ventilé selon différentes humeurs. On peut donc dire que oui, il y a de l’inquiétude. A l’intérieur du disque, on retrouve ce que nous sommes. Mais nous n’avons jamais construit nos albums et nos chansons de façon réaliste. Cela peut prendre en compte ce qu’il y a autour de nous, mais pas uniquement. On peut y développer des thèmes comme ceux de l’amour, de l’éloignement. On a fait cet album parce qu’on en ressentait le besoin et l’envie.

Vous proposez beaucoup de titres qui supposent l’envol, la distance. Est-ce parce que la Terre ne tourne plus rond selon vous ?

G.R. : Nous proposons des textes ouverts, sujets à diverses interprétations. Nous proposons des chansons dans lesquelles on peut s’installer. Leurs résonances peuvent être différentes au contact des gens.

Vous définissez-vous comme des artistes engagés ?

G.R. : Nous sommes un groupe concerné. On a eu des occasions d’être au contact de « Act UP » (association issue de la communauté homosexuelle qui protège les populations touchées par le SIDA, ndlr), du « Sous-Marin » (Café-musiques de Vitrolles, dans les Bouches-du-Rhône qui a été visé à la fin des années 90 par des menaces de fermetures par la mairie FN).

Que ce soit dans le titre « Les pétales », issu de votre nouvel album, ou « J’t’emmène au vent », vous faites souvent allusion à la nature. Est-ce une source d’inspiration ?

G.R. : Cela peut aussi être une métaphore. La ville peut être une source d’inspiration, et peut-être plus que la nature d’ailleurs. Cet album a été un petit peu fait en verdure, dans le sud de la France, mais beaucoup en milieu urbain aussi. Les rencontres, les relations, les discussions, ce qui m’entoure qui me touche. « Les pétales », ce sont des métaphores.

Bio

1972 : Naissance à Rodez.

1994 : Naissance du groupe Louise Attaque

1997 : Parution du premier album du groupe, « Louise Attaque ». 2.8 millions d’exemplaires vendus.

2001 : Le groupe se sépare.

2008 : Gaëtan Roussel compose le dernier album d’Alain Bashung, « Bleu Pétrole ».

2010 : Premier album solo de Gaëtan Roussel, « Ginger ». Succès du tube « Help Myself ».

2016 : Parution de leur nouvel album, « Anomalie ».

Cet article est extrait de UP le mag n°11 Couv_UP11_recentree

Dossier spécial : “En 2016, quelle place pour le grand âge ?”

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