La fondation Abbé Pierre a présenté jeudi 28 janvier son 21e rapport sur le mal-logement. Un document édifiant, qui fait notamment état des liens entre mauvaise santé et mal-logement.

Comme chaque année, la fondation Abbé Pierre dresse dans son rapport un état du mal-logement, apportant son lot de témoignages et chiffres éloquents. La fondation s’inquiète, une fois de plus d’une «dégradation alarmante de nombreux indicateurs, qu’il s’agisse du nombre de personnes sans domicile, en précarité énergétique, en effort financier excessif ou en hébergement contraint chez des tiers».

Plus précisément, il y a en France aujourd’hui, selon la fondation, 3, 8 millions de mal-logés et 15 millions de personnes touchées par la crise du logement.

Ce rapport revient notamment de manière plus approfondie sur les liens entre santé et logement. Deux problèmes intimement liés, s’alimentant réciproquement dans un cercle vicieux aux conséquences multiples et d’intensité variables. Pour la fondation Abbé Pierre, «il ne fait aucun doute que le mal-logement est une question de santé publique.»

  • L’insalubrité nocive

Vivre dans un logement indigne revient à s’exposer à des risques sanitaires important. L’humidité notamment peut causer des pathologies allergiques ou respiratoires, quand l’insularité fait courir le risque de différentes intoxications ((plomb, monoxyde de carbone, radon15…). Selon l’OFCE, les personnes mal logées ont plus de risque (+40 %) de se déclarer en mauvaise santé. Un risque accru pour les personnes en situation de précarité énergétique (+50%).

Le rapport livre notamment le témoignage édifiant d’une famille vivant dans un 27 m2 insalubre, intoxiqué par le plomb. «Ma fille a la drépanocytose, c’est un problème dans les globules rouges, elle a des crises de douleur qui peuvent être mortelles. Avant, elle avait une crise par an ; depuis qu’on est dans ce logement, elle en a quatre par an, c’est trop. Quand elle a une crise, elle doit être hospitalisée en réanimation pendant une semaine, et rester dix à douze jours à l’hôpital», raconte une mère de famille.

  • Les conditions sanitaires des bidonvilles

Le mal-logement c’est aussi les centaines de bidonvilles qui subsistent dans notre pays. La Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement (Dihal) recensait, en décembre 2015, 582 bidonvilles et squats occupés par 17.929 personnes, dont environ 4.000 enfants.

Dans ces lieux, les conditions sanitaires sont particulièrement dégradées. Cela tient notamment à la localisation de ces camps, par exemple sur d’anciens sites industriels pollués ou à proximité d’échangeurs d’autoroute ou de décharges. Dans les bidonvilles «les acteurs de terrain constatent la recrudescence de certaines épidémies comme la tuberculose, ou l’apparition de pathologies comme le shigelle, proches de celles qu’on trouve dans les camps de réfugiés, ainsi que des problématiques psychiques», écrit la fondation. La mortalité néonatale en bidonville serait ainsi 8 fois supérieure à la moyenne française selon Médecins du Monde et la mortalité infantile 5 fois supérieure.

Tous ces problèmes sont liés à la précarité des installations, mais sont aussi aggravés par le rythme des expulsions, qui empêchent d’instaurer une régularité dans les soins et le suivi de la santé des personnes qui y habitent. Là encore, les témoignages sont déplorables. «Dans un bidonville de Pantin où il existait des suspicions de tuberculose et de cas de rougeole, on préparait une opération de vaccination avec les services de santé du Conseil général, mais le camp a été expulsé le matin même de l’opération ! Tous les CRS portaient des masques anti-virus, donc cette problématique était connue des services publics », rapporte ainsi Médecins du Monde.

  • L’épreuve de la rue

Les problèmes de santé touchent aussi en particulier les personnes sans domicile fixe, dont les conditions de vie très rudes sont aggravées par le risque d’agression et accident. Ces personnes souffrent souvent de maladies respiratoires ou digestives, troubles du comportement alimentaire, maladies de peau, mais aussi de problèmes de santé mental.

Ces nombreuses difficultés ont pour conséquence une mortalité précoce chez les SDF. Ainsi, selon le Collectif des Morts de la Rue, la moyenne d’âge au décès est de 49 ans chez les personnes sans domicile, contre 77 ans au sein de la population générale.

La Fondation Abbé Pierre regrette également la dégradation de l’accueil des personnes sans domicile souffrant de problème psychiques. «Aujourd’hui, 1/3 des personnes à la rue ont des troubles psychiatriques sévères alors que 60.000 lits en hôpital spécialisé ont été fermés au cours des dernières décennies, sans alternatives à la hauteur des besoins», écrit-elle.

Il faut également noter que si les problèmes de logement entrainent des problèmes de santé, la réciproque est également vraie. Les personnes atteintes de problèmes de santé, notamment de handicap, rencontrent plus de difficultés à bien se loger.

  • Quelles solutions ?

Dans ce rapport, la Fondation esquisse quelques solutions qui pourraient être approfondies pour faire face aux problèmes de mal-logement et mauvaise santé. Elle préconise notamment de «décloisonner les approches médicales et sociales» afin que les acteurs du logement et de la santé cessent de se renvoyer la balle. Et de citer notamment des solutions comme les soins ambulatoires, qui permettent d’écourter voire éviter les séjours en hôpital. Sont également mis en avant les centres d’hébergement qui acceptent les personnes sans condition, «avec leurs addictions ou leurs animaux de compagnie».

Autre solution présentée, l’expérimentation «Un chez-soi d’abord», qui consiste à résoudre en priorité l’accès ou le maintien dans un logement des personnes atteintes de troubles psychiques sévères ou présentant des addictions. Soit l’inverse de ce qu’il se fait dans les parcours d’accompagnement habituels. «L’idée est que le logement a en soi des vertus sécurisantes et thérapeutiques», affirme le coordinateur Paris du programme « Un chez soi d’abord », cité dans le rapport.

La Fondation insiste par ailleurs sur l’importance de la sensibilisation. «La perception par certains ménages des risques sanitaires liés à la vétusté et à la dégradation du logement apparaît parfois limitée», écrit-elle. D’où l’importance d’alerter les familles sur les «bons gestes» qui permettent d’éviter de dégrader le logement et la qualité de l’air intérieur.


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