Cette semaine, les écologistes de Greenpeace se sont attaqués au numéro 1 du secteur de la grande distribution en France, E.Leclerc, dénonçant une politique de bas prix responsable de l’utilisation massive de pesticides. Retour sur le déroulement d’un affrontement inattendu.

Acte 1 : Greenpeace démarre les hostilités

« Pesticides pour tous » pouvait-on lire, le 24 octobre dernier, sur une banderole de 200 m² accrochée sur la façade d’un hypermarché E.Leclerc près de Toulouse. Une dizaine de militants de l’Organisation Non Gouvernementale Greenpeace étaient réunis pour dénoncer l’abus de pesticides par les fournisseurs du leader de la grande distribution en France. En cause, une politique de bas prix qui inciteraient les agriculteurs à utiliser les pesticides pour satisfaire des commandes démesurées. « La conséquence de son acharnement à acheter de gros volumes de fruits et légumes au prix le plus bas, c’est l’omniprésence des pesticides dans les champs et les assiettes », affirmaient les militants.

Le 15 octobre dernier, quelques mois après avoir effectué des analyses sur des pommes et des pommes de terre provenant de six enseignes différentes (tous les produits présentaient des traces de pesticides, exceptés ceux issus de l’agriculture biologique, NDLR), Greenpeace lance une campagne, intitulée « Leclerc obscur », dans plusieurs villes de France. « C’est aussi l’enseigne qui a fait le moins pour la transparence », ajoute Anaïs Fourest, chargée de la campagne agriculture au sein de l’organisation. « Les cinq autres enseignes nous ont donné des infos sur leurs pratiques, pas Leclerc », fustige la militante, qui souhaite sensibiliser les clients de l’hypermarché.

Dans un communiqué, Leclerc se défend et rappelle que l’utilisation de certains pesticides est légale. Le distributeur affirme que ses fournisseurs respectent à la lettre les réglementations françaises et européennes. Leclerc aurait même anticipé de futures réglementations visant à réduire l’usage des produits phytosanitaires d’ici 2020.

Acte 2 : Greenpeace ne lâche rien, Leclerc riposte

Le 27 octobre, Greenpeace poursuit ses actions contre E.Leclerc. Des militants bloquent l’accès des camions à la centrale d’achat du distributeur, située dans la région toulousaine. Venus en force, 40 militants déterminés attendent dans deux gros conteneurs placés de façon à bloquer l’accès aux camions mais pas aux employés. « Par cette action nous voulons sensibiliser Leclerc, numéro 1 de la distribution à avoir lancé des prix bas et s’y accrocher », lance Anaïs Fourest. Sur le site web de Greenpeace, une page est dédiée à la campagne « Leclerc obscur » et invite les internautes à écrire au PDG Michel-Edouard Leclerc pour qu’il « assume ses responsabilités ». Le distributeur commence à voir rouge. Plus tard dans la journée, Leclerc riposte et assigne Greenpeace en référé (une procédure rapide qui permet d’obtenir une décision de justice dans des délais très courts, NDLR). L’assignation ne concerne pas la banderole mais le blocage de l’accès des camions à la Socamil, la centrale d’achat régionale de Leclerc. L’audience est prévue dès le lendemain matin. Mais Greenpeace, tenace, ne lâche rien. « On restera là tant que Leclerc ne s’engagera pas », exhorte Anaïs Fourest. « On attend un engagement de Leclerc à mettre tout en œuvre pour aider les agriculteurs à produire sans pesticides, et en commençant par les plus dangereux », explique-elle, en n’oubliant pas de préciser, « on a de quoi tenir plusieurs jours ».  
   

Acte 3 : Une histoire qui finit bien… ou presque

Finalement, Greenpeace annonce la levée du blocage en fin de journée. Une décision qui intervient après qu’un accord ait été décidé entre l’ONG et la centrale d’achat, qui s’est engagée à réduire fortement l’usage des pesticides dans l’agriculture. Leclerc annonce la création d’une Commission, composée d’un responsable qualité, de producteurs locaux et de membre de Greenpeace. La Commission aura pour objectif, à court terme, d’élaborer un plan d’action afin de réduire l’usage de pesticides dans la région toulousaine. Leclerc rappelle qu’une Commission du même genre existe déjà dans sa centrale d’achat bretonne. Un engagement qui va dans le bon sens pour Greenpeace, qui veillera à la mise en application de cet accord. Un bras de fer qui semble bien se terminer à Toulouse. Reste Poitiers, Marseille, Nice, La Rochelle, Nancy…

Propos recueillis par l’AFP


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