Mozaïk RH œuvre pour la diversité dans les entreprises en mettant en relation des jeunes de banlieues et des recruteurs.  Saïd Hammouche, son fondateur, raconte son parcours. Entre soif de justice et pragmatisme.

«Pour être sincère, on n’avait pas imaginé au départ créer une entreprise sociale».  Pour Saïd Hammouche, le projet Mozaïk RH, est avant tout la réponse à un sentiment d’injustice.  «On en avait marre de voir les médias parler de la banlieue d’une manière négative. On avait envie de montrer aussi ce qui va bien», avance l’entrepreneur de 44 ans, sur un ton calme mais décidé.

Pour avoir grandi à Bondy,  Saïd Hammouche est témoin tous les jours de «l’énergie, la vitalité, et la soif de réussir incroyable» qui sommeillent dans les banlieues. Mais il évoque aussi avec lucidité le poids des clichés, ajoutés aux inégalités territoriales. «En France, quand on a grandi dans le 93, si on n’a pas mention au bac, on n’ira pas à Dauphine, et encore moins à la Sorbonne. La conséquence de ça, c’est qu’on n’est pas dans les radars des recruteurs».

Construire plutôt que crier

Face à ce constat amer, Saïd Hammouche et son équipe ont fait le choix du pragmatisme.  A ceux qui «répètent une énième fois qu’il y a des discriminations», Saïd Hammouche préfère les «acteurs du changement». «Il y a plusieurs manières de lutter contre les discriminations. Il y a des militants surexcités qui crient très forts que la situation ne va pas. Puis il y a ceux qui ont envie d’être dans la construction de solutions», observe l’entrepreneur.

La solution, selon lui, passe par la mise en relation entre des entreprises en demande et des jeunes en recherche. Cerner les attentes des boîtes, valoriser les candidats. Ça tombe bien, puisque les Ressources Humaines sont le domaine professionnel d’origine de Saïd Hammouche. Le recrutement, la formation, le conseil, ça le connait. Restait  à mettre ces compétences au service des jeunes des quartiers. C’est ce qu’il fait en 2007 en fondant le projet Mozaïk RH.

Un cabinet social mais lucratif

L’entreprise démarre d’abord avec une petite équipe de bénévoles. Puis après une phase de test, le modèle économique s’impose rapidement de lui-même. «On s’est rendu compte qu’on faisait comme tous les cabinets de recrutement, il manquait juste un truc, c’est qu’on ne facturait pas les boîtes. On s’est dit que ce serait intéressant de facturer, pour ensuite réinvestir».

Parmi ses principes, l’équipe a souhaité  «démontrer qu’on est capable en France de faire des choses sans quémander de l’argent public immédiatement», souligne Saïd Hammouche. Mozaïk RH combine donc une activité lucrative de cabinet de recrutement, qui facture des prestations RH, et un campus de formation, pour aider les candidats à se mettre en valeur. Ce deuxième pilier fonctionne, lui, sur la base du non-profit.

La cour des grands

Unique dans son domaine, le cabinet Mozaïk RH s’est rapidement imposé dans la cour des grands. Aujourd’hui, «on travaille avec une entreprise sur deux du CAC40», se félicite Saïd Hammouche. Avec une croissance de 33% en moyenne, l’entreprise a passé le cap du million d’euros en quatre ans. 3.000 candidats issus des quartiers ont trouvé un emploi grâce à Mozaïk RH. En tout, ce sont 25 collaborateurs à temps qui plein qui font fonctionner le cabinet.

Des succès à la pelle à désarmer les plus pessimistes concernant l’emploi et la précarité en France. Saïd Hammouche, lui est résolument optimiste. Il vise 10.000 placements dans les 10 prochaines années.  La clé du succès celui, est d’avoir pour moteur une conviction de fond.  «On n’a pas oublié que notre origine d’existence c’était de lutter contre les discriminations et de donner envie aux entreprises de s’interroger sur ces questions-là».

Cet article est extrait du UP mag n°9


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