Au sein d’une industrie musicale en proie à de nombreux bouleversements économiques, les innovations offrent de nouvelles perspectives d’écoute. S’il reste difficile d’imaginer comment le son sera « consommé » dans 10 ans, plusieurs pistes se dessinent. Alors imaginons l’avenir entre streaming, vinyles et puces intégrées.

Écouter de la musique tout le temps et partout. Il n’y a qu’à voir le nombre de casques vendus ces dernières années [voir encadré] pour comprendre le phénomène. « Le marché s’est adapté à des modes de vie plus mobiles, explique Sophie Samama, responsable de la communication chez Deezer. Car les gens veulent accéder à leur musique en permanence. » Avec les smartphones, les ordinateurs ou les lecteurs MP3, elle est désormais à portée de main. Il y a aussi les sites de streaming, utilisés par 84 % d’entre nous en 2013 ! (1) Les morceaux s’y consomment sans téléchargement, ce qui a facilité l’explosion de notre lifestyle musical.

La donne numérique

« Les usages évoluent très rapidement », souligne Sophie Samama. Alors, à quoi ressemblera le mélomane dans 10 ans ? Tous les acteurs de cette industrie s’accordent sur un point : le numérique devrait poursuivre son développement et la musique s’écoutera toujours plus sous perfusion. « Dans les années à venir, la consommation de data, notamment mobile, ne va cesser d’exploser », précise Gabriel Dabi-Schwebel, spécialiste en services numériques et fondateur de l’agence 1min30. Selon lui, « les évolutions technologiques ont profondément marqué la manière de consommer la musique. La première conséquence de ce phénomène étant la baisse des prix ».

Le casque audio, autre gagnant de la mobilité

Accessoire de mode comme outil pratique, le casque audio se vend de mieux en mieux depuis 2008. D’après le journal Les Echos, deux fois plus de casques ont été vendus en 2012 (240 000) par rapport à 2008. Autre tendance, les produits sont de plus en plus chers.

Le retour de la galette

Qui sait : « On écoutera peut-être la musique avec une puce intégrée dans notre oreille et reliée à Internet. Avec une playlist sélectionnée en fonction de notre humeur ou de notre rythme cardiaque. » Mais avant cela, étonnement, il semblerait que le vinyle fasse son retour en force ! « Acheter un disque c’est retourner à l’essence même de la musique : le partage », affirme Thomas Changeur, responsable des Balades Sonores, un label/disquaire situé à Paris. CDs, vinyles et streaming « ne sont pas antinomiques car les gens sont conscients de la moindre qualité du numérique et des téléchargements ». À l’avenir, ces différents modes d’écoute pourraient-ils se compléter ? Sûrement. « L’acte d’écoute évolue dans un bon sens », estime Thomas Changeur. Selon lui, la musique prend de plus en plus de place, toutes générations confondues.

Écouter et partager

Dans ce jeu de pronostics, la question de la qualité du son est centrale. C’est sur cette thématique que le Pono, un nouvel appareil destiné à concurrencer les MP3 classiques (iPod en tête) et les plateformes de streaming, espère faire parler de lui. D’après Neil Young, le célèbre chanteur américain porteur du projet, la vertu principale de ce nouveau venu est sa capacité à télécharger des chansons en haute qualité, c’est-à-dire en WAVE. Or, d’après Gabriel Dabi-Schwebel, ce n’est plus le seul débat : la musique obéit aujourd’hui à d’autres attentes, comme la question de son partage. « Elle s’écoute, mais elle se partage également », explique-t-il.

RNT, késaco ?

Dans le futur, la musique s’écoute aussi en RNT ou radio numérique terrestre. Le pendant radio de la TNT ! Tandis que la radio hertzienne (AM ou FM) dispose d’un fonctionnement analogique, la RNT fonctionne grâce à la transmission de signaux numériques, soit en live (streaming) ou en accès temporaires (podcasts). Ne reste plus qu’à acquérir un poste !

Écouter et voir

Parallèlement aux plateformes de streaming qui permettent d’échanger des playlists ou de consulter les écoutes d’autres utilisateurs, des plateformes communautaires de musique se créent. C’est le cas du fabricant japonais Pioneer qui a lancé KUVO au mois d’octobre. « En installant une “box” dans de nombreuses boîtes de nuits à travers le monde, les sons joués par les DJs sont centralisés, et les Internautes peuvent écouter à tout moment la playlist proposée par un club », détaille Gabriel Dabi-Schwebel. Et puisqu’Internet offre de nouvelles possibilités de retransmissions vidéo, la musique se visionne aussi de plus en plus. C’est le concept du livestream : regarder un festival en direct, à l’autre bout de la planète. En France, le groupe Shaka Ponk diffuse régulièrement ses concerts en live sur un site web dédié.

(1) D’après une étude OpinionWay pour l’Hadopi menée en mars 2013


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