Depuis 3 ou 4 ans, de Grenoble à Arles, en passant par la région parisienne, se développent des épiceries associatives ou coopératives, ouvertes à tous. Partenaires de petits producteurs locaux, elles vendent à des prix équitables, adaptés aux revenus des consommateurs. Reportage à Paris,
dans le XIXe arrondissement.

Agir pour la solidarité, c’est permettre aux publics fragiles de recréer du lien social via les acteurs de la solidarité alimentaire, pour 45 % d’entre nous. Sondage OpinionWay pour UP-GROUPE SOS-Fondation Carrefour, “Les Français et la solidarité alimentaire”, octobre 2014.

« J’achète des fruits et légumes de qualité, à un prix abordable, sourit Serge Chavaneau, 76 ans, en remplissant son cabas. Tout en faisant des rencontres ! » Retraité, il vit seul dans l’îlot d’habitats sociaux proche. Karim Mimouni, co-gérant de La Grosse Patate, soutient : « Les habitants du quartier doivent pouvoir bien manger, pour pas cher. Petit à petit, les gamins achètent des pommes, plutôt que des sucreries. » L’épicerie associative s’approvisionne auprès de petits producteurs de Seine-et-Marne. « Il n’y a pas d’intermédiaire : cela permet de connaître l’origine du produit, tout en favorisant l’agriculture locale », note Joël Cassiaguerra, co-gérant de la boutique, ouverte en 2012.

L’auberge espagnole

Ravy Lek, 35 ans, est venu acheter quelques fruits. Il apprécie ces « produits de bien meilleure qualité que dans les supermarchés : ils n’ont pas été bombardés de pesticides et ils sont 30 % moins chers ! » Commerce solidaire, La Grosse Patate propose des tarifs différents en fonction des revenus de ses clients. « Nous connaissons bien les familles en difficulté du quartier. Selon leur situation, nous leur vendons des aliments pour moins cher que le prix affiché. » Mais à la différence des épiceries « sociales et solidaires », réservées aux ménages en situation d’insécurité alimentaire, le magasin est ouvert à tous. Selon Karim, cela favorise les rencontres : « Les clients viennent de tous les milieux et ils se parlent, ce qu’ils ne feraient pas dans un commerce classique ou dans la rue. » Ils mettent aussi la main à la pâte. Parfois en accompagnant Joël quand il part s’approvisionner. Ou en tenant la caisse. « Je donne un coup de main dès que je peux, tout comme une quinzaine d’autres habitants. Ici, tout le monde se connaît, et participer, c’est naturel ! », lance Rachid Touissate, 48 ans, vendeur bénévole.

Quartier général

Entre 50 et 80 familles viennent régulièrement. Alinea, l’association qui gère La Grosse Patate, essaie d’animer la vie du quartier, en organisant des ateliers dans la boutique (réparation de vélos, bientôt calligraphie et percussions). Son but est aussi d’accompagner les projets des habitants. Ainsi, La Grosse Patate vend-elle le jus de gingembre fabriqué par une riveraine, mère de famille nombreuse. « Cela lui permet d’avoir un revenu et nous l’aidons à structurer son projet pour qu’elle puisse un jour monter son commerce », explique Joël Cassiaguerra. D’ici deux ans, cette épicerie à but non lucratif (l’argent gagné sert à payer le loyer) espère embaucher. « Il faut que cela puisse profiter au quartier, en créant des emplois », conclut Joël. La mairie de Paris semble convaincue par le projet : en 2013, elle a décerné à La Grosse Patate le Trophée de l’économie sociale et solidaire.

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Comme La Grosse Patate, des commerces atypiques voient le jour, référencés  ou non par le réseau des épiceries solidaires (A.N.D.E.S.). Participatifs, sans emballage, proposant des produits locaux uniquement… Ces supérettes nouvelle génération sont en plein boom ! 

Écoutez le témoignage de Catherine, “cliente” de l’épicerie Aurore à Montreuil (93), au micro de Louise Pluyaud :

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