INITIATIVE LOCALE La Fabrique à souvenirs regorge d’objets retraçant la vie quotidienne des habitants du Havre (Seine-Maritime) à travers le siècle écoulé. Un musée insolite et participatif où chacun est libre de venir apporter des morceaux de son histoire.

Michel Lacaille, fondateur de La Fabrique à Souvenirs

Michel Lacaille, fondateur de La Fabrique à souvenirs

« Cette cafetière a 100 ans, c’est une dame qui nous l’a confiée. Elle appartenait à son arrière-grand-mère« , lance fièrement Michel Lacaille, le fondateur de l’association Mé’moires, à l’initiative de ce projet de musée collaboratif. Dans ce cabinet de curiosités, on découvre un monde oublié : un téléphone des années 80, un vélo de facteur des années 40, en passant par le premier téléviseur vendu au Havre en 1951 dans un magasin situé dans une rue voisine… Des trésors exhumés du passé par Michel Lacaille. Ce comédien havrais l’avoue, il n’aime pas jeter les choses.

Sa propre maison est une caverne d’Ali Baba où sont stockées toutes sortes d’objets : des disques, des meubles, des vieux téléphones, des costumes de marin, des jeux d’enfants des années 60. Dans le quartier Danton, où il vit, il est connu pour sa passion pour l’Histoire, et il n’est pas rare qu’on vienne lui amener une trouvaille d’un autre siècle délaissée dans les greniers des maisons de famille du voisinage.

Les objets de Michel au Havre sont des trésorsd de famille comme des disques du passéAlors, lorsqu’il a l’idée de créer un musée participatif gratuit ouvert à tous qui raconterait l’histoire des habitants du quartier, la ville décide de le soutenir en lui mettant à disposition un local : « J’avais juste envie que ce soit les gens qui créent ce musée« , explique-t-il.  Aujourd’hui, la Fabrique à souvenirs expose près de 900 objets qui évoquent le passé ouvrier, maritime ou tout simplement populaire de la ville. Les habitants se sont pris au jeu et viennent régulièrement proposer leurs trésors de famille.

Créer du lien entre les générations

Le musée n’est pas un mausolée poussiéreux dédié au culte de la nostalgie, mais bien un lieu de vie et d’échanges. Au cours des visites, des enfants découvrent les téléphones et les tourne-disques de leurs grands-parents, voire de leurs parents avec étonnement. « J’entends souvent des enfants stupéfaits demander comment on envoyait des SMS à l’époque… L’époque étant les années 80…« , sourit Michel. Pas question pour autant d’expliquer que c’était mieux avant. « Les objets du passé nous montrent à quel point le monde a changé. Cela aide les enfants à prendre conscience des progrès de ces vingt dernières années. »

Des vélos des années 40 à la fabrique à souvenirsLes objets vivent et racontent l’ histoire de nombreuses générations. Lors des visites, la parole se libère. « Ce qui est formidable, c’est que les objets évoquent des souvenirs communs. Cela rapproche les gens« , relève Michel Lacaille. À l’entrée du musée, un moulin à café manuel fait le bonheur de Patrick : « J’aime être ici, cette odeur de café me rappelle mon enfance, des souvenirs agréables.  » Le musée accueillera prochainement des personnes âgées souffrant d’Alzheimer pour les aider à réveiller leur mémoire en leur proposant de retrouver les gestes du quotidien qui ont jalonné leur enfance. « La Fabrique à souvenirs a fait émerger des idées et des projets qui ont du sens. C’est très positif « , se réjouit le fondateur du lieu.

Un lieu pour accompagner la transition du quartier

Le quartier Danton où se situe la Fabrique à souvenirs est en pleine restructuration. L’ancienne maison d’arrêt a été rasée il y a quelques années. Une porte de cellule en bois datant de 1883 récupérée avant la démolition, vestige d’un autre siècle trône d’ailleurs à l’entrée du musée. D’ici 2020, le quartier aura changé de visage : des jardins partagés, un centre sportif avec un mur d’escalade de compétition et 400 logements verront le jour. Le projet a été conçu avec les habitants à l’issue d’une concertation citoyenne pour mieux accompagner le changement. À proximité de ce chantier de rénovation du quartier, la Fabrique à souvenirs fait office de pont entre le passé et l’avenir.

Il y a du monde au Havre dans le musée du budget participatif, où les gens apportent de vieux objetsLe musée collaboratif propose des visites gratuites pour l’instant jusqu’au 1er juillet, mais devant l’engouement des habitants du quartier, le lieu pourrait bien accueillir le public encore un an. Une belle manière d’accompagner la transition vers un nouveau chapitre de l’histoire de la ville.

La Fabrique à souvenirs : 2 Rue Duroc 76600 Le Havre. Visites gratuites sur inscriptions. Contact: 06.14.80.69.70.


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