AU CINÉ – Le documentaire Zéro Phyto 100% Bio, à l’affiche des salles de cinéma met en lumière des villes sans pesticides et des cantines scolaires bio. Un tour de France d’une trentaine d’initiatives locales qui montre que le changement de pratiques est possible. Rencontre avec Guillaume Bodin, le réalisateur de ce film engagé et inspirant. 

UP le mag : Qu’est-ce qui vous a frappé au cours de votre voyage à travers cette France sans  pesticides ?

Guillaume Bodin réalisateur du film Zéro Phyto, 100%

Guillaume Bodin : D’abord la grande détermination de tous ces acteurs de terrain qui ont choisi de bousculer les habitudes en proposant de nouvelles façons de faire. À Versailles par exemple, la responsable des espaces verts de la ville, Cathy Biass-Morin, a commencé à initié un changement, dès 2005. Avec le soutien des élus, elle a progressivement amené les employés municipaux à se passer d’engrais chimiques en introduisant de nouveaux gestes plus respectueux de la santé et de l’environnement. Il a fallu expliquer, faire de la pédagogie.

Pour de nombreux employés, les produits phytosanitaires représentaient un progrès ! Avec patience comme un petit colibri, elle a démontré qu’il était possible de travailler efficacement sans augmenter la charge de travail et en réalisant des économies. Elle a privilégié les plantes vivaces dans les parterres de fleurs, opté pour une gestion raisonnée des sols. Aujourd’hui, le stade et le cimetière sont entretenus sans aucun pesticide. Versailles a été une ville pionnière et a inspiré la loi Labbé qui interdit aux collectivités depuis le 1er janvier 2017,  l’utilisation de pesticides au sein des espaces publics. C’est la preuve que la détermination peut vraiment faire changer les choses.

Le film lutte contre certaines idées reçues en particulier sur le coût du bio dans les cantines scolaires…

Oui, il y a cette idée qui reste bien ancrée que les repas bio coûtent plus cher. À Mouans-Sartoux, commune de 10 000 habitants située dans les Alpes-Maritimes tous les enfants des écoles et des crèches mangent 100 % bio depuis 2012 et ce passage au bio s’est effectué sans surcoût. La ville a mis en place un système global et local. Pas moins de 80 %  des légumes consommés dans les cantines de la ville sont produits sur le sol de la commune grâce à une régie agricole municipale. Pour les autres denrées, les fournisseurs situés dans un rayon de 200 km sont privilégiés.  Grâce à un gros travail de sensibilisation des enfants, le gaspillage alimentaire a été divisé par trois. Toutes ces actions ont participé à réduire les coûts pour aller vers une alimentation bio accessible.

Le film a réalisé 20 000 entrées depuis sa sortie en salles fin janvier, c’est encourageant ?

Pour un documentaire, c’est très positif. Zéro Phyto, 100% Bio a été pensé  comme un outil pédagogique en collaboration avec les associations Bio Consom’acteursGénérations Futures et Agir Pour l’Environnement.  Nous avons sillonné la France et participé à plus de 300 avant-premières. J’ai assisté à près de 160 projections-débats et, à chaque fois, j’ai senti un intérêt, une curiosité du public, une envie  de faire bouger les lignes pour aller vers une société respectueuse de la nature. J’ai rencontré des collectifs de parents qui militent pour des cantines bio dans leurs communes, des agriculteurs qui souhaitent effectuer leur transition vers le bio, des élus qui trouvent dans le film des sources d’inspiration pour mettre en place des bonnes pratiques de gestion des espaces verts. Le documentaire a créé du lien et ouvert le champ des possibles. Je reste lucide, nous sommes encore loin d’une véritable révolution. De nombreux agriculteurs résistent encore au bio et certains ne sont pas prêts à abandonner les engrais chimiques parce qu’ils assurent la rentabilité de leurs exploitations. Il faudra encore du temps, mais les choses avancent.

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