Réfléchir à la ville sans voiture, prôner et développer une agriculture sans pesticide, favoriser les circuits courts, économiser de l’énergie tout en produisant de la lumière, impliquer les citoyens dans la chose politique grâce au Web… Les solutions existent pour construire un monde meilleur, et certains s’y mettent.  Mettre en lumière celles et ceux qui font leur part du colibri est le défi relevé par les journalistes William Buzy et Baptiste Gapenne, dans leur ouvrage Impact(s) – douze initiatives pour construire le monde de demain… dès aujourd’hui (Casa Press Editions). Nous avons rencontré  l’un des deux auteurs.

UP LE MAG  : Pourquoi avoir voulu écrire ce livre ?

Impact(s): douze initiatives pour construire le monde de demain... dés aujourd'hui

Impact(s): douze initiatives pour construire le monde de demain… dés aujourd’hui

William Buzy : Impact(s) a été le prolongement, sous une forme plus approfondie, du travail que l’on fait au quotidien pour notre média, La part du colibri. Le but était de mettre en lumière des gens qui agissent contre les difficultés du quotidien ou contre des problèmes plus profonds, et de montrer leur diversité et la diversité des thématiques sur lesquelles ils travaillent. Il est question à la fois d’emploi, d’alimentation, de numérique, de transport, de culture, d’écologie, d’éducation… Et ces acteurs du changement sont aussi bien des citoyens que des associations, des entrepreneurs, des élus…

On voulait aussi prendre le temps de se pencher réellement sur chaque sujet, et ne pas se contenter de pointer du doigt telle ou telle bonne idée. C’est pour cela que l’on a choisi le format du livre, qui nous laisse à la fois la place pour le reportage, mais aussi pour l’analyse. Car notre rôle de journaliste ne s’arrête pas à l’évocation d’une initiative constructive : nous devons chercher à en connaître les limites, à en comprendre les raisons, et à savoir comment franchir ces obstacles.

Ainsi, on propose une vision plus balancée, et le cas échéant on peut aussi mettre en lumière les moyens mis en place par les porteurs de projets pour franchir ces obstacles.

Comment avez-vous choisi ces douze solutions ?

On avait plusieurs critères, dont deux étaient primordiaux à nos yeux.

D’une part, on voulait une diversité très claire à la fois dans les thématiques et dans les porteurs de projets, afin de lutter contre un certain nombre de clichés. Le journalisme de solution ne se limite pas à l’écologie ou à l’alimentation. Il peut aussi bien parler du système carcéral, de l’accès à la culture et du monde de l’entreprise. Quant aux porteurs de projets, il n’y a pas partout et tout le temps une opposition entre le citoyen et le politique, entre l’association à but non lucratif et l’entrepreneur. Ces acteurs ont tous leur rôle à jouer.

D’autre part, on voulait des projets suffisamment mûrs pour que l’on puisse prendre du recul sur leurs effets. Car notre travail ne se limite pas à montrer une solution ou une alternative, mais doit aussi se pencher sur les obstacles dans son développement, voire ses limites.

Y a-t-il des initiatives qui vous ont le plus marqué ?

Il y a plusieurs projets dans le livre pour lesquels les porteurs se sont entendus dire à longueur de journée que c’était impossible. Il y en a un particulièrement fort et audacieux, qui, d’ailleurs, aurait beaucoup de difficulté à être mis en place en France, c’est la transformation du système carcéral en Norvège. Pour faire court, les prisons norvégiennes ne servent pas à « punir », mais à « réhabiliter ». Les conditions de détention y sont excellentes, et tout y est fait pour préparer le détenu à se réinsérer dans la société à sa sortie (éducation, accès à la culture, à certains loisirs). Ça reste une prison, avec une privation de la liberté, mais son fonctionnement est très loin de celui que l’on connaît en France, sans même évoquer les États-Unis. Au départ c’est très perturbant de voir que ça ressemble à un centre de colonie de vacances, mais il y a une vraie réflexion derrière, un objectif très clair : éviter la récidive. Et ça fonctionne, puisque leur taux de récidive est le plus bas du monde.

Comment vous êtes-vous spécialisé dans le journalisme de solution ?

Avec Baptiste Gapenne, le coauteur du livre, on a toujours été avant tout des journalistes de terrain. Or, dès nos premiers reportages, on a été confrontés à des gens qui nous disaient ne plus lire la presse, ne plus s’informer, parce que tous les sujets étaient systématiquement négatifs, anxiogènes. Ils nous expliquaient se sentir impuissants face à ces problèmes, et nous demandaient pourquoi les médias n’étaient pas plus optimistes.

Ce fut des questions que l’on ne s’était pas posés jusqu’ici. Alors, on a décidé de réaliser un documentaire pour essayer de comprendre. On a été rencontrer des journalistes dans toutes les grandes rédactions, aussi bien presse et web que radio et télévision, et on leur a demandé quel rôle avait le journaliste dans l’optimisme. Comment pouvait-il faire pour ne pas abandonner son lecteur seul face au problème ? On a été surpris du discours assez unanime sur le fait que ce n’était pas la mission du journaliste. Que son rôle était simplement de dénoncer. Ça a été un déclic pour nous, parce qu’on a senti un fossé entre les rédactions et leurs lecteurs, une incompréhension.

Bien sûr, le premier travail de la presse est de dénoncer. Mais si on s’arrête là, on ne suscite que de la résignation, parce que le simple citoyen se sent impuissant face aux changements nécessaires. Or, en déplaçant légèrement le curseur, on s’aperçoit que l’on peut traiter de n’importe quel sujet sous l’angle d’une possible solution (Et UP s’y met au quotidien, ndlr).

glowee

William Buzy et Baptiste Gapenne, dans leur ouvrage, mentionnent l’entreprise Glowee qui veut développer une lumière bio, naturelle.

Alors, on transforme la résignation en envie d’agir. Cette démarche journalistique nous a semblé beaucoup plus intéressante, car elle a la double vertu de dénoncer le problème tout en mettant en exergue des leviers d’action.

Pendant un bout de temps, les grands médias laissaient au petits, aux spécialisés, le soin de causer initiatives. Le vent a un peu tourné, non ? Ressentez-vous une évolution dans les médias mainstream ?

Effectivement, on sent nettement depuis un an une augmentation des sujets de journalisme d’impact dans les médias de masse. C’est vrai pour le print et le web, mais aussi dans l’audiovisuel. On peut régulièrement voir ce type de sujets y compris dans les JT de TF1 ou France 2.

À mon sens, il y a deux raisons à cela. D’une part, il y avait un amalgame très fort entre la « bonne nouvelle », un certain côté « bisounours », et le journalisme de solution. Or c’est en train de disparaître peu à peu (même si c’est encore la critique principale que l’on entend). On a bien compris désormais que le journalisme d’impact, ce n’est pas parler des trains qui arrivent à l’heure, mais parler des solutions pour que les trains ne soient plus en retard – ce qui n’est pas du tout la même chose.

Par ailleurs, de façon plus pragmatique, les médias de masse ont bien vu le succès de ce type de journalisme, et ont compris qu’ils avaient tout intérêt à s’y mettre aussi pour conserver leur audience.

On dit que les médias ont un rôle à jouer dans la mise en lumière des solutions locales. Mais qu’en est-il du politique ?

« La France manque d’une production locale », explique Maxime de Rostolan (Fermes d’avenir), dans le livre.

Pour nous les acteurs publics ont également leur rôle à jouer. Des initiatives naissent et vivent à petite échelle sans aucune intervention politique. Parfois, elles peuvent même être répliquées ailleurs, toujours à petite échelle, et l’idée fait son chemin. Pour autant, l’action politique reste indispensable pour franchir un pallier dans le développement de certaines idées, pour accompagner les porteurs de projets. Et, dans de nombreux cas, ce sont les acteurs politiques eux-mêmes qui lancent des projets extrêmement intéressants. Il ne faut pas écarter les acteurs publics, opposer le citoyen et le politique. Les gens qui agissent ont besoin d’un cercle vertueux dans lequel des acteurs très divers ont leur place.

Vous avez lancé la lettre de l’impact positif, de quoi s’agit-il  ?

La lettre de l’impact positif est l’un des abonnements que nous proposons actuellement sur notre site web. En l’occurrence, celui-ci s’adresse aux acteurs politiques.

Chaque semaine, les abonnés (souvent des élus, mais aussi des collaborateurs, des militants non élus ou d’autres acteurs des territoires), reçoivent un dossier complet sur une initiative développée à l’échelle locale, avec un reportage vidéo exclusif et une interview du porteur de projet. C’est un travail de fond plutôt long, qui se veut non seulement une boite à idées à destination des élus souhaitant s’informer sur les projets impactants, mais aussi un témoignage détaillé, un retour d’expérience d’un confrère ayant déjà lancé ce projet depuis un certain temps sur son propre territoire. Cela permet d’inspirer les élus, mais aussi de proposer des outils concrets pour la mise en place et le développement d’un projet.


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