L’agriculture s’installe durablement dans notre paysage urbain et devrait se développer encore. Si le risque d’un phagocytage par les projets high-tech semble peu probable, ceux-ci posent toutefois la question de savoir quelle agriculture urbaine est souhaitée et souhaitable demain ?

Les villes se parent de vert. Les toits sont investis de ruches et autres potagers ; fleurs et herbes aromatiques remplacent les mégots de cigarette aux pieds des arbres ; des jardins s’installent sur des friches industrielles ; des moutons paissent en bas de nos immeubles… Bienvenue à l’agriculture urbaine !

Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas d’une mode éphémère ou d’un truc de bobo, mais bien d’une tendance de fond. « Le phénomène s’est installé dans la durée. Et ce, pour beaucoup de raisons, c’est en effet un outil assez puissant pour repenser la ville de façon assez globale et refaire sa place à la nature. Ce qui se fait assez naturellement car il y a une forte demande de la part des citadins pour se reconnecter à la nature, explique Antoine Lagneau, chargé de mission agriculture urbaine à Natureparif et coauteur de l’ouvrage Agriculture urbaine, vers une réconciliation ville-nature. Outre la réappropriation des espaces par les citoyens et l’aménagement de la ville, l’agriculture urbaine présente bien d’autres vertus, elle est véritablement multifonctionnelle. Elle participe au verdissement des villes mais aussi à la préservation de la biodiversité avec la réintégration d’espèces anciennes. Elle peut contribuer à la sensibilisation à une alimentation saine notamment au sein des quartiers populaires où les problèmes d’obésité sont monnaie courante. Last but not least, sans aller jusqu’à l’autosuffisance des villes, cette agriculture peut aussi fournir une partie de l’approvisionnement en produits frais cultivés souvent selon les principes de la permaculture, de l’agriculture raisonnée, voire du bio.

Plus-value sociale et pédagogique
Devant la diversité des acteurs, des modes de production et de distribution, le niveau des technologies employées et les objectifs visés, le constat est clair : « Il n’existe pas une agriculture urbaine mais des agricultures urbaines », résume Antoine Lagneau. En particulier, deux modèles semblent se dégager de tous les projets existants. D’abord, des projets lancés par des start-up où la dimension production alimentaire intensive est prégnante, comme c’est le cas par exemple avec la FUL (ferme urbaine lyonnaise), qui promet des rendements de production dix fois supérieur à l’agriculture traditionnelle, et ce, toute l’année. Ces derniers tiennent d’ailleurs le haut du pavé dans les médias. Sans doute que les images de potagers installés haut perchés sur les toits ou celles des fermes verticales où sont cultivées des salades ou des fraises sans soleil, ni terre, selon des procédés hydroponiques, à grand renfort de technologies, impressionnent.

Pourtant, aujourd’hui, la majorité des initiatives d’agriculture urbaine sont lancées par des associations et des citadins engagés dont les visées comportent un volet social et pédagogique important. C’est « sa base naturelle », souligne Antoine Lagneau. Les projets comme la FUL, n’en sont qu’au stade des premières réalisations, ils devront faire leurs preuves en termes de production et de pérennité. « Bien sûr, ces projets ont le mérite d’exister et participent à la dynamique du mouvement, souligne Antoine Lagneau, même si les dispositifs high-tech sont souvent indoor (à l’intérieur), donc sans bénéfice pour la biodiversité ou la reconnexion ville-nature. Mais plus que le mode de production low-tech ou high-tech, ce qui importe, c’est que cette pratique conserve sa nature intrinsèque et sa plus-value, à savoir sa dimension sociale et pédagogique », estime Antoine Lagneau. C’est ce qui en fait son intérêt. Et les acteurs semblent l’avoir compris. On assiste à une professionnalisation de l’agriculture urbaine depuis quelque temps, mais souvent les projets conservent une dimension sociale, en proposant des volets d’insertion professionnelle, se rapprochant dès lors de l’économie sociale et solidaire (ESS).

Rien n’empêche pour autant que des entrepreneurs de demain se lancent dans des projets purement commerciaux, délaissant cette dimension. « À nous de mettre des garde-fous », lance Antoine Lagneau. Et de « savoir vers quelle forme d’agriculture on veut aller », ajoute Swen Déral de l’association La Sauge.

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