Après la boîte à dons, voici le premier garde-manger solidaire. Situé à Paris, ce mobilier urbain permet de stocker et redistribuer le surplus alimentaire des particuliers. Une initiative citoyenne qui a pour objectif de lutter contre le gaspillage et de venir en aide aux plus démunis.

Au 295 rue Charenton, dans le 12e arrondissement, trois boîtes en bois à l’allure de poulaillers, ont fait leur apparition fin 2016. Chacune permet aux habitants de venir y déposer ou récupérer des œufs, des fruits, du pain ou une bouteille de lait. Des aliments que l’on a tous parfois en trop chez nous ou qui peuvent vite se périmer. « Pour lutter contre le gaspillage alimentaire tout en venant en aide aux personnes dans le besoin, nous avons imaginé ce garde-manger solidaire », explique Jean-Christophe Taghavi, co-fondateur de Cap ou pas Cap.

C’est grâce à l’impulsion de cette association que ce dispositif a pu être implanté pour la première fois à Paris. Mais « il n’aurait pas pu voir le jour sans l’aide de deux autres acteurs », souligne le jeune homme de 29 ans. D’abord, le collectif d’architectes « On a pensé à un truc » (OPUT) qui a construit le mobilier, puis le Centre social Charenton en charge de l’accueillir devant sa porte.

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À la disposition de tous

Une boîte est dédiée à l’épicerie, une deuxième aux produits frais, une autre pour le pain. @Louise Pluyaud

Ce lundi matin, trois œufs ont été déposés dans la boîte du milieu. Les deux autres sont vides, mais ne tarderont pas à se remplir. N’importe qui peut y déposer une denrée alimentaire, les portes ne sont jamais closes. D’autant que l’atout de ce garde-manger est de se trouver à proximité des habitations. « Imaginez la veille de votre départ en vacances, vous vous apercevez qu’il vous reste des légumes dans votre frigo. Vous n’avez pas le temps de les donner à une banque alimentaire. Grâce à ce dispositif, vous n’avez qu’à vous rendre en bas de chez vous et en faire profiter tout le monde », illustre Jean-Christophe Taghavi.

Et pour prévenir d’éventuels comportements abusifs, des écriteaux accrochés près des boîtes mettent l’accent sur le savoir vivre ensemble. Sur l’un d’eux est noté : « En utilisant ce garde-manger, je m’engage à en prendre soin et à prendre seulement ce dont j’ai besoin, afin que tout le monde puisse en bénéficier. » Un autre avise : « Je ne prends pas l’intégralité des aliments (je pense aux autres). »

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De l’inspiration à l’action

Être « cap » de s’engager concrètement, c’est aussi tout l’enjeu soulevé par ce dispositif, déjà expérimenté au Canada, en Allemagne et en Espagne. Dans ce pays qui, face à la crise a su inventer un système basé sur la collaboration et la débrouille, Jean-Christophe Taghavi a séjourné six mois pour y tourner avec un ami un documentaire sur les Indignés.

« À leurs côtés, nous avons découvert le fonctionnement d’un quartier auto-géré, participé à des groupes d’entraides, appris à transformer des friches urbaines en jardins partagés, etc. », se souvient cet ancien étudiant en Droit et Sciences politiques qui, dès son retour, co-créé Cap ou pas Cap. Son objectif : faire connaître aux Parisiens – et recenser grâce à une carte interactive – les meilleures alternatives citoyennes.

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Expérimenter, fédérer

@Cap ou pas Cap

L’association Cap ou pas Cap espère multiplier les boîtes à dons dans toute la France. @Cap ou pas Cap

Mais pour que cette « connaissance des initiatives porteuses d’espoir se transforme en acte d’engagement, il faut aussi occuper le terrain », se rend compte Jean-Christophe. Avec d’autres acteurs engagés, il imagine alors en 2015 la première boîte à dons qui rassemble des associations de quartier comme La Boutique Sans Argent ou Hologramme Global. Située au Kiosque citoyen place Félix Eboué, à deux pas du garde-manger, il s’agit d’une grande armoire où chacun peut venir déposer et récupérer des objets.

Et si au début l’objet, soutenu par la Mairie du 12ème, cristallisait des tensions en termes d’hygiène, de sécurité ou d’assurance, le succès est aujourd’hui au rendez-vous. « Chaque heure en moyenne, 15 personnes s’arrêtent pour déposer ou récupérer un objet« , se réjouit Jean-Christophe Taghavi.

Qu’en est-il pour le garde-manger ? « C’est encore trop tôt pour le dire. En tout cas, on espère qu’il remplira l’une de ses fonctions premières : faire vivre une véritable solidarité de proximité et rendre l’espace public davantage convivial », s’enthousiasme ce grand brun au sourire communicatif.

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Retrouvez l’article « Anti gaspillage dans les marchés de gros » dans la 5ème édition d’UP le mag

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