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Interview – Raisin, 100 grands vins naturels d’émotion est paru en novembre dernier aux Éditions Reverse. On a échangé avec les deux auteurs, qui mettent en lumière des vignerons différents, plus respectueux de la planète.

Cédric Blatrie, pharmacien hospitalier en Suisse, et Guillaume Laroche, fondateur de la maison d’édition Reverse (qui édite notamment le site du même nom, sur la NBA) partagent une passion commune : le vin naturel. Dans les salons, les exploitations, ils aiment goûter et découvrir des pépites. Tant en France qu’à l’étranger.

L’objectif : ressentir des émotions lors des dégustations. Dans Raisins, les auteurs mettent en avant 100 femmes et hommes qui proposent des produits « propres », différents, sans aucun ajout chimique en cave lors de la vinification (ou de très faibles doses de sulfite). Rencontre.

Les deux auteurs du livre, Cédric Blatrie, à gauche), Guillaume Laroche (centre), et le photographe, à droite : Harry Annoni

Pourquoi ce livre ?

Guillaume Laroche : c’est le 3e livre que j’écris sur le vin naturel, après la série Entre les vignes, qui met en avant des vins naturels dans différentes régions. Le premier tome concerne la Bourgogne (2016), le deuxième met la lumière sur l’Auvergne (2018). En 2020, le 3e volet sera consacré aux vins du Jura. Là, j’ai voulu rédiger une sorte de recueil, de guide plus large. Et montrer que les vins naturels peuvent aussi être de grands vins. L’ouvrage répertorie 100 vins naturels de grande qualité. J’ai souhaité faire ça à plusieurs, avec l’équipe derrière l’application mobile Raisin, et, donc, Cédric.

Que faites-vous, Cédric ?

Cédric Blatrie : A côté de mon travail en hôpital, je fais partie de l’aventure Raisin, l’application du vin naturel. A côté, j’ai suivi une formation de sommellerie et j’ai monté l’association Brut(e) pour promouvoir le vin naturel et la gastronomie responsable en Suisse, où je réside.

“Leur travail fait la différence”

 Le livre propose des portraits de vignerons. Pourquoi ?

Guillaume Laroche : Le livre veut rendre hommage aux femmes et aux hommes qui produisent le vin. C’est leur travail qui fait la différence.

Cédric : Derrière les vins naturels, il y a, en grande majorité, des exploitations à taille humaine.

Comment avez-vous effectué la sélection des 100 vins ?

Guillaume : C’est subjectif, , mais c’est le fruit d’une longue réflexion et de plusieurs années de dégustation. Lorsque nous avons confronté nos coups de cœur au début, nous nous sommes rendus compte que nous en avions beaucoup en commun, puis nous avons affiné. Pendant plusieurs mois, nous avons dégusté, consulté un grand nombre de sommeliers, de cavistes et d’amis qui connaissent bien le vin afin de recueillir leurs avis. Et puis nous avons tranché, parfois dans la douleur, mais globalement les choix se sont faits assez naturellement.

“La tendance est à l’agriculture propre”

Certains vignerons vont-ont-ils marqués plus que d’autres ?

Cédric : Beaucoup de vignerons nous ont touchés lors de l’élaboration de ce livre, mais les entrevues avec Eric Callcut furent de beaux moments, où nous avons pu beaucoup échanger. Et retrouver ce vigneron “éphémère” et mythique du monde du vin naturel fut un moment particulier. De même, la relation avec Emmanuel Houillon-Overnoy (Jura), qui s’est tissée depuis quelques années, nous est chère et particulière.

Le vin naturel a-t-il le vent en poupe ?

Cédric : La tendance est à l’agriculture propre. Le bio et le vin en biodynamie progressent ; certains vignerons décident d’aller encore plus loin et proposent du naturel. C’est du vin issu d’un raisin travaillé en agriculture biologique au minimum, avec aucun ajout en cave pour la vinification, si ce n’est, parfois, un peu de soufre lors de la mise en bouteille. Aujourd’hui, ça bouge, car les nouvelles générations qui reprennent les domaines vont plus dans ce sens, au moins par respect de l’environnement.

Cette progression, d’ailleurs, on la remarque avec l’application Raisin, qui est de plus en plus téléchargée.

Au niveau européen, la France est le berceau du vin naturel. En Italie, ça bouge ; en Suisse, là où je vis, ça commence à arriver, mais il faudra un peu de temps.

“Faire du vin naturel, c’est risqué”

Et en France, justement ?

Cédric : Dans les régions à renommée internationale, comme le bordelais, ça bouge moins vite que dans d’autres régions telles la Loire, l’Alsace ou le Jura.

Guillaume : C’est lié à la taille des exploitations. Le vin naturel est fait plutôt dans des exploitations de 3-5 hectares ; dans le bordelais, le vin naturel existe mais les superficies moyennes sont de 50 ha. Y faire du vin naturel, c’est-à-dire ne rien ajouter, est risqué. Le résultat peut être à la hauteur, auquel cas l’émotion sera ressentie, mais le contraire est également possible. C’est une prise de risque, mais ça vaut le coup de tenter. Néanmoins, quand une exploitation fait beaucoup du volume et exporte, je comprends qu’elle ne veuille pas trop risquer de « rater » une cuvée.


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