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A VOIR – Le photojournaliste italien Tommaso Protti a parcouru l’Amazonie, pendant plusieurs mois en 2019. Il révèle un territoire secoué par une violence environnementale et sociale, dans une exposition à voir à la Maison européenne de la photographie à Paris, jusqu’au 16 février 2020.

Crédit : Gabriel Bianchini

Ce qui m’a frappé durant ce reportage en Amazonie, c’est l’accélération de la déforestation. Elle a augmenté de 278 % par rapport à 2018, selon l’Institut national de recherche spatiale (INPE) brésilien. Les scientifiques s’accordent à dire que la forêt est en passe d’atteindre un point de non-retour“, explique Tommaso Protti. Ce photoreporter italien de 33 ans vit depuis 5 ans au Brésil. Entre janvier et juillet 2019, il a parcouru des milliers de km d’est en ouest avec le journaliste britannique Sam Cowie pour réaliser un reportage de terrain sur les enjeux environnementaux de la déforestation. Il a rencontré des activistes indigènes, mais aussi des exploitants agricoles et des narco-trafiquants. Tommaso Protti est lauréat du 10e Prix Carmignac du Photojournalisme. Il obtenu une bourse de 50 000 euros pour réaliser cette enquête très fouillée qui explore les causes et les conséquences de la destruction de la forêt amazonienne, dans un contexte très tendu depuis l’élection du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, en 2018.

Territoire indigène de Kayapó, Pará. Crédit : Tommaso Protti

Un territoire où règne l’impunité

Depuis les années 60, les gouvernements brésiliens n’ont vu dans la forêt amazonienne qu’un vaste enjeu économique. Les indigènes qui peuplent l’Amazonie ont été confrontés à l’arrivée d’exploitants terriens, de chercheurs d’or et de narco-trafiquants. Aujourd’hui, le commerce illégal du bois, l’accaparement des terres, l’expansion agricole, le développement de projets privés et étatiques et l’extraction de ressources sont le principales causes de la destruction de la forêt primaire. Le 1er novembre 2019, un jeune garde forestier indigène, âgé de 25 ans, Paulo Paulino Guajajara, a été assassiné par des bûcherons illégaux. La violence sociale et environnementale et la corruption restent très souvent impunies par un Etat absent. “Ces différentes formes de violence sont les conséquences de changements au niveau du marché international et celles d’une augmentation exponentielle de la consommation à l’échelle mondiale, de la cocaïne et de la viande de bœuf“, explique Tommaso Protti. 65 % des espaces déboisés en Amazonie brésilienne sont utilisés pour le pâturage des bovins.

Maranhão est l’un des États les plus affectés par les feux de forêt et le déboisement illégal, qui lui ont fait perdre 75 % de sa couverture forestière. Crédit : Tommaso Protti

Le poumon de la planète étouffe

L’exposition à la Maison européenne de la photographie est riche d’images percutantes est aussi très pédagogique et livre des informations qui donnent le vertige. L’Amazonie représente à elle seule 70 % de la biodiversité mondiale, abrite un dixième des espèces terrestres et accueille 30 millions de personnes. Pourtant, le poumon vert de la planète se fragilise. Une vulnérabilité accentuée par les incendies qui ravagent la région. En 2019, 85 000 feux ont été recensés, et si le phénomène n’est pas nouveau, il s’est accéléré en 2019.

Amazonia, une exposition à voir la Maison européenne de la photographie, 5 /7 rue de Fourcy 75004 Paris. Jusqu’au 16 février 2020.


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