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DOSSIER – Comment répondre au chômage de masse ? Comment faire en sorte que les citoyens trouvent du sens à leur travail et cessent leur bullshit jobs ? Certains militent pour la mise en place d’un revenu universel pour libérer et soulager les travailleurs. Une recette radicale, sur laquelle UP le mag se penche cet été.

1re partie du dossier : les expérimentations dans le monde

En 2017, Benoît Hamon, investi par le PS, a axé sa campagne sur l’instauration d’un revenu universel. C’est l’idée de verser, chaque mois, une somme d’argent à tous les citoyens, peu importe leur âge ou leurs revenus et sans contrôle des ressources. L’intuition du candidat socialiste, éliminé au premier tour du scrutin : que le revenu de base libère les travailleurs et leur rend du pouvoir d’achat dans un contexte de chômage de masse et de tendance à la robotisation de tâches, jusque-là manuelles. De nombreuses personnes lui ont rétorqué que sa mesure n’était pas finançable et qu’elle détruirait l’emploi.

Pour y voir plus clair et pour en avoir le cœur net, une association française mène des campagnes de financement participatif afin de financer des revenus de base versés à des citoyens tirés au sort.

Au niveau local, communal ou régional, diverses expérimentations autour du revenu universel, en cours ou terminées, ont eu lieu à travers le monde. Des tests ont été menés pour analyser le comportement des bénéficiaires, leur rapport au travail … Les motivations pour mettre en place ce système sont multiples : assurer une sécurité pour les fins de mois difficiles, limiter le stress pour mieux profiter des proches, lutter contre la pauvreté…

UP le mag fait le point, la liste est non exhaustive.

Kenya

L’association caritative américaine Give directly, créée par trois étudiants de Harvard, a décidé de lancer une expérimentation de revenu universel au Kenya, afin de lutter contre l’extrême précarité dans ce pays, où près de la moitié des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. L’idée : soutenir des milliers de ménages dans plusieurs villages, sans eau courante ni électricité. Comment ? En distribuant 30 dollars par mois et par personne pendant plus de 10 ans (c’est l’équivalent de 25 % du PIB par habitant).

Namibie

A Otjivero, en Namibie, les habitants du village ont reçu, en 2008 et en 2009, un revenu de 8 dollars (2 % du PIB par habitant de la Namibie), provenant principalement de la German united evangelical mission. Et le résultat est intéressant, selon Herbert Jauch, le responsable du programme, interrogé en 2010 :

« On a vu tout d’un coup toute une série d’activités économiques apparaître dans ce petit village. Cela montre clairement que le revenu minimum ne rend pas paresseux, mais ouvre des perspectives. (…) Le nombre de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté est passé de 76 à 37 %. Avant l’expérience, près de la moitié des enfants étaient sous-alimentés, aujourd’hui ils sont moins de 10 % ; 90 % finissent leur scolarité, avant, ils n’étaient que 60 %. Et la criminalité a baissé. »

Inde

Dans l’Etat du Madya Pradesh, un revenu de quelques euros (6,5 % du PIB par habitant) a été versé aux habitants de huit villages entre 2011 et 2012 (avec le soutien de l’Unicef).

D’après un rapport du Sénat sur la question (rendu par Daniel Percheron), « les bénéficiaires l’avaient employé pour satisfaire des besoins essentiels, notamment pour améliorer leur alimentation, leur santé, leur éducation voire, le cas échéant, leur outil de production. »

Le revenu de base est bien perçu. Au point que le gouvernement régional du petit État du Sikkim, dans le nord du pays, a annoncé vouloir instaurer le revenu universel d’ici à 2022 pour ses 610 000 habitants, en remplacement des prestations sociales.

Allemagne

En 2014, un entrepreneur de Berlin lance une campagne de financement participatif, en Allemagne, pour financer des revenus universels à des personnes tirées au sort (peu importe leur âge, ils sont mineurs ou majeurs, peu importe leur situation professionnelle). Deux ans plus tard, près de 300 revenus annuels (1 200 euros) ont été d’ores et déjà été financés. L’idée de l’asso : suivre les bénéficiaires, étudier leurs comportements par rapport à l’emploi et voir ce qui peut évoluer. Selon le porteur de projet, cela peut permettre de lutter contre “le stress du quotidien, (d’)avoir du temps pour eux, (de) moins travailler et (de) se former à une autre profession” pour mettre fin au bullshit job.

Californie

Les pouvoirs publics, les associations, les entreprises… et la Silicon Valley : Y Combinator, incubateur de start-up californien, a décidé de tester également le revenu de base accessible à tous, peu importe la situation. L’idée : qu’une centaine de familles d’Oakland, tirées au sort de manière aléatoire, reçoivent entre 1 000 et 2 000 dollars chaque mois, et ce, durant quelques mois.

Lire aussi : Une asso teste le revenu de base grâce à une campagne de financement participatif

« Je suis sûr qu’à un certain moment dans le futur, quand la technologie continuera d’éliminer les emplois traditionnels, nous verrons la naissance d’un revenu de base au niveau national », a écrit le président de Y Combinator Sam Altman.

Alaska 

Depuis 1982, tous les habitants de l’Alaska reçoivent un chèque annuel issu de la rente pétrolière et gazière du territoire. Les dividendes, distribués par l’Alaska Permanent Fund, varient en fonction des années : les citoyens ont gagné 331 dollars en 1984 et jusqu’à 3 269 dollars en 2008, un montant record. Cela a-t-il créé une société d'”assistés” pour reprendre le terme des détracteurs ? Pas du tout, si l’on en croit Ioana Marinescu, professeure d’économie à l’université de Pennsylvanie :

De façon très nette, l’emploi n’est pas affecté par le revenu universel. Depuis son introduction en 1982, l’emploi en Alaska suit la même trajectoire que dans les États qui n’ont pas de revenu universel. L’introduction du dividende citoyen a incité une toute petite minorité des habitants de l’Alaska à passer à temps partiel. Ceux qui reçoivent un revenu universel ne s’arrêtent pas de travailler, et une minorité en profite seulement pour aménager un peu plus de flexibilité dans leur vie grâce à un emploi à temps partiel.

Caroline du Nord

Les revenus d’un casino, présent depuis 1996, sur le territoire des Cherokee sont partagés à part égale entre les membres de la réserve indienne. Cela représente environ 4 000 dollars chaque année par personne (versés deux fois par an). L’opération a « augmenté la participation politique » des Indiens, d’Amérique qui ont tendance à s’abstenir plus que d’autres, écrit Ioana Marinescu, la professeure d’économie.


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