•  
  •  
  •  
  •  
  •  

EN LIBRAIRIE – Depuis près de 40 ans, des algues vertes toxiques envahissent les plages bretonnes du Finistère aux Côtes-d’Armor. Mais d’où viennent-elles et pourquoi les autorités ont-elles mis autant de temps à reconnaître leur dangerosité ? Réponse dans cette BD à lire d’urgence, Algues vertes, l’histoire interdite, une enquête choc de la journaliste Inès Léraud.

Cette bande dessinée qui révèle les dessous d’un véritable scandale sanitaire est sortie le 12 juin et elle est déjà en réimpression. Un succès largement mérité, au moment où le fléau des algues vertes revient sur le devant de la scène médiatique. Cet été, encore, elles sont soupçonnées d’avoir causé la mort d’un ostréiculteur de 18 ans, victime d’un arrêt cardiaque dans la baie de Morlaix. La fermeture, ces derniers jours, de plusieurs plages dans les Côtes-d’Armor et dans le Finistère nous rappellent que le sujet est un véritable problème de santé publique.

Le déni des autorités publiques

Ces algues vertes à l’odeur nauséabonde qui envahissent le littoral breton dégagent un gaz toxique potentiellement mortel à très haute dose, l’hydrogène sulfuré (H2S). Ce gaz “anesthésie le nerf olfactif, paralyse le système nerveux et respiratoire et tue aussi rapidement que le cyanure“, raconte Inès Léraud dans ce livre-enquête, illustré par le dessinateur Pierre Van Hove.

On apprend que ces marées vertes ont déjà fait plusieurs victimes. Un médecin urgentiste à Lannion s’est interrogé dès 1989 sur les causes du décès d’un joggeur retrouvé englué dans un amas d’algues sur la plage de Saint-Michel-en-Grève, dans les Côtes-d’Armor. Le lanceur d’alerte n’a jamais eu accès aux résultats d’autopsie… 20 ans plus tard, en 2009, c’est un employé en charge du ramassage des algues vertes qui meurt brutalement d’un arrêt cardiaque au pied de son camion… En 2011, le cheval d’un cavalier en promenade sur une plage recouverte d’algues s’effondre foudroyé, et des dizaines de sangliers sont retrouvés morts sur sur le sable… Mais les autorités sanitaires peinent à reconnaître un lien de cause à effet. On découvre dans cet ouvrage, très pédagogique et très bien documenté, comment la loi du silence s’est imposée.

La faute à l’agriculture intensive ?

Les algues prolifèrent du printemps à l’automne sur le littoral breton à cause des nitrates qui agissent comme des superfertilisants. Ils sont présents dans les sols et se répandent par ruissellement vers la mer. L’utilisation massive d’engrais sur les cultures et l’épandage de déjections animales sur les terres engendrent une augmentation du taux de nitrates. En Bretagne, le taux de nitrate dans les rivières a été multiplié par 10 depuis les années 60.

Si l’État reconnaît l’origine agricole des marées vertes depuis 1999, les agriculteurs et les professionnels de l’agro-alimentaire n’ont cessé de minimiser leur responsabilité face à la prolifération d’algues vertes. En 2012, un rapport interministériel dénonce la “stratégie de l’incertitude” mise en place par la filière agro-alimentaire. L’association Halte aux marées vertes, dont le siège se trouve en baie de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor), n’a cessé de se mobiliser pour réclamer un changement de modèle agricole.

Si certains agriculteurs témoignent dans la BD de leur volonté de sortir d’un système polluant, ils témoignent également de leurs difficultés financières qui les empêchent de choisir la voie de la reconversion.

Les plans Algue Verte critiqué

Chaque année, sur le littoral breton, environ 50 000 tonnes d’algues vertes sont ramassées par chargeurs, tractopelles et camions. Dès 2010, le gouvernement de François Fillon a débloqué des moyens pour nettoyer les plages. Ce plan de lutte contre les algues vertes a été reconduit pour durer jusqu’en 2021. Il concerne le nettoyage des plages mais aussi l’accompagnement de 3 500 exploitations agricoles, soit 10 % des exploitations bretonnes. Son ambition est de maîtriser la prolifération des algues d’ici 2027.

Des recommandations sont proposées aux agriculteurs pour limiter la “fuite des nitrates” dans le sol. Une enveloppe de 55 millions d’euros a été allouée pour accompagner les agriculteurs et nettoyer le littoral, mais pour l’association France Nature Environnement, elles ne s’attaquent pas assez aux causes profondes du problème : ” Les financements conséquents du deuxième Plan de lutte contre les algues vertes 2017 -2021 pourraient être mieux utilisés, au profit notamment de l’expérimentation des changements de modèles à l’échelle territoriale“, estime l’association dans un communiqué sur le sujet. De son côté l’association Eau et rivières de Bretagne attend de l’État une réglementation plus contraignante, comme elle l’indique dans un communiqué publié sur son site le 3 juillet : “Les objectifs ne sont pas assez ambitieux“.

Algues Vertes, l’histoire interdite d’Inès Léraud et Pierre Van Hove, Editions La Revue dessinée, Delcourt, 19,99 euros.


  •  
  •  
  •  
  •  
  •