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INTERVIEW – Tourner une série TV ou un film sans gaspiller, en limitant l’impact sur l’environnement, est aujourd’hui un défi majeur pour les professionnels de l’audiovisuel. Secoya, une start-up pionnière de l’éco-tournage en France, propose d’accompagner les productions dans leur transition écologique. Rencontre avec son co-fondateur, Charles Gachet-Dieuzeide.

Comment est née l’idée Secoya et du concept d’éco-tournage ?

J’ai travaillé en tant que régisseur sur les plateaux de cinéma pendant une dizaine d’années. Dans ma vie personnelle, j’ai commencé à changer progressivement mon mode de vie : j’ai troqué la voiture pour le vélo à Paris, j’ai opté pour la consommation en circuit court, j’ai commencé à fréquenter davantage les recycleries, à mieux trier mes déchets…

Dans mon travail, j’ai essayé de mettre en place des gestes écologiques, mais je n’ai pas réussi vraiment à me faire entendre. Les productions n’étaient pas très réceptives et voyaient davantage les contraintes que les bienfaits de ma démarche. J’ai eu ensuite l’opportunité de vivre à Los Angeles et là c’était tout l’inverse. Les studios hollywoodiens avaient déjà intégrés des réflexes écoresponsables. J’ai découvert là-bas un nouveau métier sur les plateaux, celui d’éco-manager.

Une fois de retour en France, j’ai réfléchi à une offre de services qui pourrait aider les productions de longs-métrages, de séries, de publicités ou de documentaires à limiter leur impact sur l’environnement tout en réalisant des économies. J’ai co-créé Secoya en avril 2018, et nous avons accompagné près d’une dizaine de tournages à ce jour.

En quoi consiste le rôle d’éco-manager sur un tournage ?

L’éco-manager, c’est d’abord quelqu’un qui vient des plateaux de tournage, qui connaît les process de fabrication et les différents métiers sur le terrain. Il suit un projet de tournage de long-métrage ou de série en amont, va faire des préconisations pour limiter l’impact sur l’environnement et va faire beaucoup de sensibilisation auprès des techniciens.

L’éco-manager faire partie intégrante de l’équipe de tournage. Ses champs d’actions sont larges : ça va de la proposition d’un plat végétarien pour l’équipe de catering (traiteur) à la mise en place de bonbonne d’eau et de gourdes pour éviter l’usage de bouteilles en plastique, en passant par l’utilisation de voitures électriques pour les déplacements en ville…. Nous avons travaillé avec la production de la série Baron Noir diffusée sur Canal +, ou encore sur le film de Nicolas Vanier, Poly. Notre accompagnement est vraiment innovant et surtout unique en France.

Quel est l’impact d’un tournage sur l’environnement ?

Le secteur audiovisuel émet environ 1 million de tonnes équivalent CO2 dans l’atmosphère chaque année, dont environ le quart est directement lié aux tournages. Un long métrage peut rassembler jusqu’à 80 personnes pendant 8 à 10 semaines.

Vous pouvez imaginer l’impact au niveau des déplacements, de l’alimentation, du matériel, de l’énergie… Le premier jour de tournage de Taxi 5 à Marseille, la production a utilisé 2 000 petites bouteilles d’eau…En mettant en place une bonbonne avec des gourdes, nous avons limiter l’impact de la pollution plastique tout en faisant économiser jusqu’à 1 000 euros à la production. Certains films à gros budget ont des coûts environnementaux très importants. Le budget voiture d’un film comme James Bond, c’est au minimum 30 millions d’euros… Les producteurs engagés et sensibilisés à l’impact environnemental sont encore peu nombreux en France, mais l’idée de l’éco-tournage commence à faire son chemin.

Quelles sont les réactions des professionnels de l’audiovisuel aux changements que vous proposez ?

Cela fait 10 ans que le collectif Ecoprod sensibilise la profession à des pratiques plus responsables et durables, mais le changement est long à se mettre en place dans les gestes quotidiens. Un tournage est très normé, chacun à son rôle, les process sont très codifiés. Les habitudes très ancrées. Ce n’est pas toujours facile de faire évoluer les choses sur un plateau. Pour autant l’argument économique porte ses fruits.

On peut limiter l’impact environnemental d’un tournage en faisant des économies importantes et c’est un argument qui fait mouche dans un secteur où les budgets sont soumis à de fortes contraintes. 300 longs métrages et séries sont produits en moyenne chaque année en France. La dimension environnementale est encore peu intégrée par les productions mais ça va évoluer. Comme dans tous les domaines de notre société, on ne peut plus fermer les yeux sur notre responsabilité.

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