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CULTURE – Dans le livre Ne plus se mentir, le militant associatif et écologique Jean-Marc Gancille s’en prend à ceux qui pensent qu’il suffit de verdir un peu le système pour le faire perdurer. Percutant.

Après avoir travaillé dans le domaine de la responsabilité sociétale des entreprises et la communication dans le développement durable, Jean-Marc Gancille a été l’un des cofondateur du tiers-lieu Darwin, créé à Bordeaux il y a plus de 10 ans. Aujourd’hui, il est installé à La Réunion et se consacre à la protection de la faune sauvage en Afrique.

Il a fait paraître en mars 2019 un essai intitulé Ne plus se mentir. Renie-t-il son ancien univers professionnel ? En tout cas, des notions telles qu’« économie verte »,  « green tech », « transition énergétique » ou encore « consommateur citoyen » en prennent ici pour leur grade. De même que les militants écolo pacifistes mainstream qui ne s’attaquent pas à la vraie source du problème, selon lui : le capitalisme, ce système qui pousse à exploiter toujours plus les hommes et la planète.

Voir la réalité en face

« C’est sympa de partager des posts Facebook indignés, multiplier les bases de données d’alternatives locales inspirantes, écrire des bouquins sur les microgestes qui changent le monde (…) Mais prétendre à l’unisson que cela pourra « sauver la planète » car « il est encore temps » et qu’on peut « agir » pour juguler voire inverser le changement climatique dans le cadre de la société qui l’a fait naître est une monumentale duperie », écrit Jean-Marc Gancille, que l’on sent particulièrement remonté.

Une étude récente du cabinet Carbone 4 va d’ailleurs dans son sens. Les auteurs ont établi une liste d’une douzaine de gestes écolo comme acheter une gourde, s’équiper en LED, manger végétarien ou encore ne plus prendre d’avion. Selon leur calcul, un citoyen qui effectuerait systématiquement toutes ces actions ne ferait baisser son empreinte carbone que de 25 %. Ils en déduisent que l’action individuelle n’est pas négligeable, mais pas suffisante.

Clairement pas optimiste, Ne plus se mentir a le mérite d’être lucide et donc de nous secouer. Ce livre est à mettre dans les mains tous celles et ceux qui croient que le système actuel n’a qu’à se verdir un peu pour perdurer. En plus de la limitation des transports et des systèmes alimentaires polluants, il faudrait « renchérir substantiellement le coût des énergies fossiles et des biens de consommation émetteurs de CO2, fermer les industries polluantes, imposer de l’habitat collectif, voire mettre en œuvre des politiques aujourd’hui taboues de limitation des naissances, etc. Autant de mesures néfastes à l’économie comme nous la pratiquons, contraires aux libertés individuelles et incompatibles avec le fonctionnement de nos instituions », écrit l’auteur.

Et maintenant ?

Une fois dressé ce triste constat, que faire ? Même si l’on aurait apprécié qu’il développe un peu plus la partie « Considérations pour la suite », qui boucle son ouvrage, Jean-Marc Gancille donne quelques pistes. Il s’en prend, comme de plus en plus d’auteurs écologistes, au système « croissanciste » et appelle à vivre plus sobrement. Il prône également l’avènement de l’antispécisme, c’est-à-dire la fin de la hiérarchie entre les espèces, en particulier la supériorité de l’humain sur les autres. Il nous invite à prendre l’exemple sur les systèmes mis en place dans les zones à défendre (ZAD), les écovillages ou encore les écosystèmes urbains coopératifs. Ces endroits où l’on tente de vivre plus sobrement, en coopérant et en respectant l’environnement.

Jean-Marc Goncille est également l’un des fondateurs de La Suite du monde, qui acquiert des terres en France, pour y développer des solutions d’habitat, de production agricole, d’énergie, d’éducation ou de tout autre activités visant à l’autonomie. Un projet relativement neuf, qui a déjà séduit de nombreux donateurs urbains qui cherchent à s’installer en zone rurale, collectivement, pour développer de tels projets. Le début d’un mouvement réellement impactant ? On ne peut que l’espérer.

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