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La huitième Coupe du monde de football féminin se déroule en France jusqu’au 7 juillet et suscite un intérêt inédit. Dans le combat pour l’égalité, les femmes ont parcouru un long chemin, mais tout n’est pas gagné.

« S’il y a des femmes qui veulent jouer au football ou boxer, libre à elles, pourvu que cela se passe sans spectateurs, car les spectateurs qui se groupent autour de telles compétitions n’y viennent point pour voir du sport. » Voici ce que déclarait Pierre de Coubertin, le fondateur du Comité international olympique, en 1928.

Il fut un temps pas si lointain où voir des femmes fouler le terrain, comme les Bleues l’ont fait ce vendredi 7 juin, face aux Coréennes, au Parc des Princes, devant 11 millions de téléspectateurs français, en ouverture de la Coupe du monde, aurait été inimaginable.

Une progression tumultueuse

Le football est né en Angleterre au début du XIXe siècle. Dans les années 1880, des matchs entre femmes sont organisés outre-Manche. Mais en 1921, la Football association anglaise les écarte des terrains, jugeant que « le football n’est pas un jeu pour femmes et que l’on ne devrait pas l’encourager ».

En France, les premiers matchs commencent à être organisés dans les années 20, mais les footballeuses font l’objet de vives critiques dans la société. En 1941, le régime de Vichy interdit le football féminin, arguant d’un « un risque trop important de masculinisation des femmes, aux effets physiques désastreux ».

Il faudra attendre 1970 pour que la Fédération française de football accepte, après de longues années de réticence, d’intégrer le football féminin. À la même époque, les premières coupes du monde voyant s’affronter des femmes sont organisées en dehors du cadre de la FIFA. Ce n’est qu’en 1991 que la fédération internationale lancera la première Coupe du monde officielle, soit plus de 70 ans après la première compétition entre hommes. Le Comité international olympique (CIO) n’ajoutera le foot féminin dans son programme qu’à partir des Jeux d’Atlanta, en 1996, soit cent ans après les hommes.

Des évolutions, et de nouveaux débats

« De quelques dizaines de milliers à la fin de la Première Guerre mondiale, le nombre total de pratiquantes à l’échelle mondiale, en 2014, est estimé à 30 145 7001 », indique un rapport publié à la veille de la Coupe du monde par l’UNESCO, l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et Positive Football (UNFP).

Les auteurs de cette étude Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), et Carole Gomez, chercheuse à l’IRIS, y soulignent les avancées importantes des dernières années, comme la publication par la FIFA de la toute première Stratégie pour le football féminin en octobre 2018 et l’attribution du premier Ballon d’or France Football de l’Histoire à une footballeuse, l’attaquante norvégienne Ada Hegerberg.

Toutefois, écrivent les chercheurs, « dans de nombreux pays, les femmes s’intéressant ou évoluant dans le milieu du football voient quasi systématiquement remettre en cause leur féminité, questionner leur orientation sexuelle et in fine contester leur place sur le terrain ».

Les remarques et attitudes sexistes n’ont pas disparu. On se souvient par exemple du DJ français Martin Solveig demandant Ada Hegerberg une démonstration de twerk, lors de la remise de son prix. Un comportement qui avait suscité une vague d’indignation.

« À l’échelle internationale, seules six femmes, issues des confédérations, participent au Conseil de la FIFA (soit 16 %). La liste des statistiques mettant en lumière la très faible féminisation des instances est encore longue », indique par ailleurs le rapport.

Même aux États-Unis, où le « soccer » est considéré comme un sport féminin, les footballeuses sont victimes de discriminations. En mars 2019, l’équipe féminine américaine, par ailleurs championne du monde en titre, a intenté un procès à sa propre fédération. En cause : les inégalités de salaires et de traitement.

De l’importance de la médiatisation

« C’est aussi en voyant, régulièrement, à l’écran ou sur un terrain qu’une femme peut jouer, arbitrer ou entraîner, que les préjugés et les stéréotypes pourront être combattus. C’est précisément pour cette raison que la diffusion à la télévision, le commentaire à la radio de matchs de championnat, de compétition continentale ou internationale, la création de sites Internet spécialisés ou de tout support vidéo, revêtent une importance capitale, en dehors de toute considération purement sportive et technique », estiment les auteurs de l’étude.

Et c’est bien ce qu’il pourrait être en train de se passer. TF1 doit diffuser 25 matchs, dont tous ceux des Bleues. Les droits TV des matchs coûtent environ dix fois moins que le mondial masculin en Russie mais dix fois plus que ceux de la précédente Coupe du monde féminine en 2015 au Canada.

 « Dans la plupart des médias français, ce Mondial féminin a été pris très au sérieux et les moyens matériels, humains et financiers n’ont jamais été aussi important que cette année », observe le site 20minutes.fr. Et le public est au rendez-vous : de nombreux matchs doivent se jouer à guichets fermés. La FIFA espère passer le cap du milliard de téléspectateurs cumulés.

Cette médiatisation permet aussi de faire la lumière sur les inégalités qui subsistent. Et notamment l’écart sidérant qu’il existe entre les primes donnés par la FIFA aux équipes. Des sommes certes en hausse, mais de part d’autre, ce qui ne fait que creuser les écarts. Si les Australiennes remportent la compétition, elles remporteront 3,5 millions d’euros, contre 32 millions reçus par l’équipe de France masculine en 2018.  « Mais surtout, deux fois moins que leurs homologues masculins qui se sont « juste » qualifiés pour le Mondial 2018 », observe Le Monde.  

La question de la rentabilité des événements est mise en avant par certains, quand d’autres rappellent le manque historique d’investissements pour encourager les filles à jouer et développer économiquement le football féminin. « Si on veut vraiment l’égalité, on la crée », estime l’ex-joueur professionel Vikash Dhorasoo dans Le Parisien. Il a lancé une pétition pour réclamer que les joueuses françaises touchent autant de la part de la FFF que leurs homologues masculins. Environ 22 000 personnes avaient D2J0 signé cette pétition à quelques heures du match de la France face à la Norvège.


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