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PARTENARIAT – La Quinzaine du commerce équitable se déroule du 11 au 26 mai 2019. Quel est l’impact économique et social du commerce équitable à travers la planète ? Réponses avec des producteurs et travailleurs soutenus par le label Fairtrade/Max Havelaar. Aujourd’hui, découvrez le témoignage d’Esther Nyambura Juma, « recorder » dans une ferme floricole équitable au Kenya.

Son bloc-notes à la main, Esther Nyambura Juma vérifie la quantité de roses déposée dans la chambre froide avant acheminement. Il ne manque plus que quelques gestes avant que celles-ci soient expédiées vers l’Europe. Une fois le contrôle effectué, la jeune femme de 29 ans saisit les données sur ordinateur. Son poste de « recorder », qui consiste à consigner les sorties de marchandises, elle le doit à son ambition naturelle et à la formation qu’elle a pu suivre grâce à Fairtrade/Max Havelaar.

En 2012, Esther Nyambura lit une offre d’emploi de Bigot Fleurs, ferme floricole dans la région de Naivasha au Kenya. Elle postule avec succès pour le poste de trieuse. Elle commence alors à classer les fleurs selon leur type et leur qualité. La région compte de nombreuses fermes floricoles. Esther ne connaissait pas le commerce équitable au moment de déposer sa candidature. Mais ses collègues ont eu tôt fait de lui expliquer. « Elles m’ont dit que le commerce équitable faisait beaucoup pour améliorer notre situation par rapport aux autres fermes floricoles.» Elle s’en rend compte en signant son contrat de travail. « Nous pouvons compenser les heures supplémentaires effectuées. On nous fournit des vêtements de protection de qualité. Ici, il y a une clinique et la prime de développement sert à payer les droits de scolarité de nos enfants.»

©Ola Höiden

Une sécurité pour les jeunes mères

En 2014, elle a la possibilité de suivre une formation en informatique d’une année financée par la prime Fairtrade/Max Havelaar. Une fois sa formation terminée, elle postule pour le poste de recorder qu’elle occupe actuellement. Esther Nyambura raconte son ascension professionnelle avec fierté. Son parcours n’aura pourtant pas été facile. Troisième d’une fratrie de cinq enfants, elle grandit au sein d’une famille modeste à Nakuru, à quelques 70 km de Naivasha. Ses parents cultivent du maïs et des haricots. La région est agricole, mais les récoltes suffisent à peine à survivre. Esther Nyambura est la seule de sa famille à avoir fréquenté une école secondaire. Consciente de ce privilège, elle a toujours voulu en tirer le meilleur parti.

« Ici, les hommes ne sont pas avantagés. Seules les qualifications comptent.»

Le fait de travailler dans une ferme certifiée Fairtrade/Max Havelaar fait une grande différence pour cette mère qui élève seule ses deux enfants. « Une de mes amies travaille à côté, dans une ferme non certifiée. Les ouvrières sont accablées par le travail, leurs heures supplémentaires ne sont pas payées et les produits chimiques ne sont pas utilisés correctement.» En particulier, Esther est choquée par la façon dont on y traite les femmes. « Les femmes enceintes ne sont plus payées dès qu’elles ne peuvent plus travailler. Après l’accouchement, elles doivent travailler gratuitement pendant deux mois pour récupérer leur emploi.» La direction est constituée uniquement d’hommes. Esther explique que chez Bigot Fleurs, les femmes bénéficient des mêmes chances. « Ici, les hommes ne sont pas avantagés. Seules les qualifications comptent.»

© Fairtrade Deutschland

Des financements pour la scolarité des jeunes

Pour cette grande ferme floricole qui emploie un millier de personnes, obtenir la certification Fairtrade/Max Havelaar a demandé de changer beaucoup de choses par rapport à la législation en vigueur. Aucune ferme ne demande la certification sans être convaincue de l’idée de l’empowerment, autrement dit, l’envie de donner le pouvoir d’agir aux autres. Grâce au commerce équitable, près de 75 % des travailleurs agricoles sont désormais syndiqués. Ils décident eux-mêmes de l’utilisation de la prime de développement, sans que la direction n’intervienne. La moitié des primes sert à financer des bourses. Tous les employés reçoivent une aide financière pour payer les droits de scolarité de leurs enfants. Si le gouvernement kenyan tient sa promesse de diminuer le montant des frais de scolarité dès cette année, il restera davantage d’argent pour aider les employés à financer les études de leurs enfants.

Dans la région de Naivasha, plusieurs fermes floricoles certifiées se sont regroupées afin de financer un grand projet. C’est ainsi qu’elles ont pu construire la maternité de Naivasha il y a cinq ans. Depuis, 14 000 bébés y ont vu le jour. Il s’agit d’un progrès significatif pour la région. Plus de la moitié des employés du secteur floricole sont des femmes. Leur accès aux soins de santé s’est énormément amélioré.

Un programme de soutien aux personnes séropositives

En outre, la ferme Bigot Fleurs a mis en place un programme de soutien pour les personnes séropositives. Neble Aliudra, une collègue d’Esther Nyambura, est l’une des rares personnes à évoquer ouvertement la maladie. « J’ai eu deux enfants depuis que je participe au programme. Tous les deux sont en bonne santé.» Aliudra bénéficie de repas spéciaux et d’un suivi médical ainsi que de formations sur les effets de la séropositivité. « Fairtrade/Max Havelaar nous soutient. J’en suis très reconnaissante. J’espère que d’autres personnes suivront mon exemple en parlant ouvertement de leur séropositivité.» La plupart des séropositifs n’osent pas parler, par peur des préjugés. Aliudra sait que beaucoup de gens la trouvent courageuse. Elle espère que son approche du VIH deviendra la norme.

Pour Esther Nyambura, une chose est claire : beaucoup de gens veulent travailler ici parce que les fermes en commerce équitable offrent une sécurité à leur personnel. « Mais les salaires doivent augmenter », constate-t-elle. Les salaires de départ sont bas, même si grâce au commerce équitable, ils sont supérieurs à ceux des autres fermes.

Fairtrade/Max Havelaar pousse les autres fermes à s’aligner

Au-delà de l’aspect financier, le commerce équitable permet des progrès considérables qui mettent les autres fermes sous pression, si bien que les conditions de travail s’améliorent dans toute la région. Cette évolution positive se poursuivra tant que les fleurs équitables seront demandées sur le marché et que les consommatrices et consommateurs veilleront à la présence du label.

Esther Nyambura a des projets bien définis pour l’avenir. « J’aimerais fonder une organisation caritative. Il est tellement important que les enfants des employés puissent aller à l’école. J’aimerais aider encore plus de gens à scolariser leurs enfants. »

L’ONG Max Havelaar France, membre du mouvement international Fairtrade, agit pour le commerce équitable. Avec le label Fairtrade/Max Havelaar, elle mobilise les coopératives, les consommateurs et les pouvoirs publics pour transformer durablement leurs pratiques. Ce label permet à 1,66 millions de producteurs et travailleurs agricoles défavorisés de bénéficier d’une meilleure rémunération, d’améliorer leurs conditions de vie et celles de leur communauté, tout en préservant l’environnement. Pour en savoir plus : www.maxhavelaarfrance.org


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