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EXTRAIT DU MAG – Vincent Verzat, 28 ans, met en avant, sur sa chaîne YouTube, les actions militantes en faveur d’un monde plus durable. Son style, drôle et percutant, a séduit des milliers d’internautes sur les réseaux sociaux. Portrait d’un indigné engagé.

Le ton est grave, le regard direct et le discours sans détour. Dans cette vidéo de vœux publiée fin décembre 2018 par le site Mediapart, Vincent Verzat, casquette vissée sur la tête, joue les présidents d’un jour : « La nature, l’égalité, la fraternité se meurent. Il faut en finir avec la pédagogie de l’espoir. Maintenant il faut faire des choix. » Une phrase combative qui résonne en écho à l’Affaire du siècle, une pétition visant à soutenir une action en justice contre l’État français pour inaction climatique. Cette démarche inédite, lancée par quatre ONG françaises, a été signée par plus deux millions de personnes. Une mobilisation historique, en réponse à l’appel de la communauté des youtubeurs, soutenue par des personnalités comme Juliette Binoche ou Cyril Dion. La vidéo de cet appel, réalisée par Vincent Verzat, a largement été partagée sur les réseaux sociaux. « Maintenant, il s’agit de transformer l’essai et de rendre le pouvoir au citoyen face à l’inertie des gouvernements », explique le vidéaste. Aujourd’hui, le jeune youtubeur est l’un des leaders des actions de désobéissance civile qui viennent d’avoir lieu en France contre les entreprises comme Total ou EDF, dans le cadre de l’action La République des Pollueurs.

Un youtubeur militant

Vincent à Ende Gelände en Allemagne en novembre 2018

Depuis trois ans, il invite les internautes à s’engager, à travers sa chaîne Partager c’est sympa. COP 21, blocage d’une centrale de charbon en Allemagne, perturbation du sommet du pétrole Offshore, Vincent Verzat a été de toutes les manifs, caméra à la main, pour relayer les actions militantes sur le terrain. En 2017, son style direct, engagé, teinté d’humour, fait le buzz sur la toile. Il publie une vidéo intitulée 5 trucs pour parler avec un connard, où il se met en scène pour montrer comment communiquer avec un raciste, un homophobe, un macho, ou un climato-sceptique. La vidéo atteint les 2 millions de vues en 5 jours…

À cette période, l’association 350.org souhaite l’embaucher pour lui confier la coordination de ses vidéos. Dans le même temps, une autre association lui propose un poste en CDI de formateur en transformation des conflits. Deux propositions dans des domaines qui le passionnent, mais qu’il décline. Le succès inattendu de ses vidéos sur les réseaux sociaux le pousse à choisir la voie moins sécurisée de youtubeur influenceur…

Un pari audacieux qui a fait ses preuves. Aujourd’hui, il publie ses vidéos avec le soutien d’une équipe de trois salariés à plein temps, à Lyon. Le projet est financé par des dons d’internautes, des subventions d’associations, des fondations comme l’Europeen Climate Fondation et même le CNC, le Centre national du cinéma.

Son moteur, l’indignation

Vincent a suivi des études en relations internationales à Genève. Il s’est toujours passionné pour la construction de la paix et la résolution des conflits. Il s’intéresse à partir de ce moment-là à la communication non violente et anime des ateliers d’éducation à la paix dans des lycées. Passionné de vidéo, il se forme sur le tas depuis l’âge de 16 ans. Des compétences qu’il n’hésite pas à mettre en avant. À 23 ans, il réussit à se faire embaucher pendant un an comme vidéaste à l’Université de la paix,
au Costa Rica, une institution académique internationale mise en place par l’ONU, pour promouvoir une culture internationale de la paix. De retour en Europe, il pose ses bagages à Lyon.


« Le monde est devenu absurde. La croissance à tout prix détruit la planète et menace l’humanité entière »

A l’occasion du passage de l’Alterniba Tour dans sa ville, il s’enthousiasme en filmant l’énergie des militants mobilisés contre un système qui détruit la planète. Il devient activiste en participant à des actions non violentes de désobéissance civile contre Total par exemple. « Mon objectif était de transmettre l’énergie qui donne envie de sortir de l’impuissance et d’agir », explique le vidéaste.

Pour le jeune vidéaste, il ne s’agit plus de réveiller les consciences mais de les encourager à agir face aux défaillances des politiques, incapables selon lui depuis 40 ans de prendre au sérieux la question de l’urgence climatique. En septembre 2018, Vincent a coécrit et réalisé la vidéo de promotion du mouvement Il est encore temps. De nombreux youtubeurs ont mobilisé les membres de leur communauté avec l’objectif de les pousser à agir pour le climat et la biodiversité. « Le but de cette action était de reconnecter les citoyens à leur capacité d’indignation, face à un système destructeur. »


« Je suis assez optimiste sur le fait que personne ne va s’en sortir, même les plus riches »

Ses projets pour 2019 ? Publier une à deux vidéos par mois sur des sujets d’actualité et continuer d’alerter sur des sujets en lien avec l’effondrement. « J’aimerais parler de la finance pour comprendre l’incapacité du système à apprendre de ses erreurs. » Vincent Verzat ne fait pas partie des optimistes qui pensent que l’humanité saura faire face aux bouleversements climatiques et sociaux à venir. Pour lui, il est déjà trop tard. Les crises migratoires vont s’accélérer, comme la fonte des glaces, la montée des océans, et l’extinction des espèces. Il s’agit à présent de penser le monde d’après et de limiter les dégâts. « Je suis assez optimiste sur le fait que personne ne va s’en sortir, même les plus riches. » Vincent Verzat est loin de l’image du jeune idéaliste, qui se bat pour sauver le monde. Il observe que sa génération est passée à côté d’une certaine vision du bonheur : « Je vois parmi certains de mes amis, des épidémies de burn out. Ils ont des boulots bien payés mais sont malheureux. »

Une génération en quête de sens

Son regard sur sa génération se veut lucide. Il se reconnaît dans cette jeunesse en quête de nouveaux repères, qui a soif de renouveau : « Nos sociétés de consommation nous ont coupés de nos véritables besoins, peut-être l’effondrement annoncé du modèle actuel est une chance pour voir ce qu’on peut faire de différent ensemble. » Alors qu’est-ce qui pourra bien redonner du sens à cette génération désabusée ? « Le pessimisme de la raison, alliée à l’optimisme de la volonté », lance-t-il, philosophe, avant d’enchaîner plus simplement : « En faisant des choses qui nous remplissent de gratitude. » Pour le youtubeur, admirateur des récits de science-fiction de Damasio, qui décrit dans Zone du dehors une société totalitaire, la paix dépend de la justice sociale et climatique. Son envie de contribuer à un monde meilleur prend sa source dans ces valeurs. Et il a bien l’intention de les défendre encore longtemps.

Ce article est issu du magazine UP n°23. découvrez nos reportages à retrouver sur notre boutique.

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