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DANS L’ACTU- Le cabinet Missions publiques, a participé à la synthèse du grand débat. Yves Mathieu, son cofondateur, estime qu’il faut davantage impliquer les citoyens à la prise de décision politique.

Selon les chiffres du gouvernement, 1,5 million de personnes ont participé au grand débat*. En attendant l’allocution d’Emmanuel Macron, censé conclure cette phase consultative (celle ayant été reporté une première fois en raison du grave incendie de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris), l’heure est à la réflexion: faut-il systématiser ces grands raouts démocratiques ?

Le grand débat : ce qu’on peut en retenir

On en discute avec Yves Mathieu, co-directeur de Missions publiques (avec Judith Ferrando y Puig), qui y est favorable. Son entreprise, au même titre que le sondeur OpinionWay, les cabinets Roland Berger et Res Publica, a été sollicité pour réaliser la synthèse du grand débat national, mis en place pour répondre à la crise des gilets jaunes. Missions Publiques et Res publica ont travaillé sur le design, l’animation et l’analyse des conférences citoyennes régionales.

UP le mag : le grand débat a-t-il été une première à cette échelle ?

Yves Mathieu : Un tel dispositif, national et multiple, n’a jamais été mis en œuvre, ni en France, ni ailleurs dans le monde. C’est une première, avec ses qualités et ses imperfections qui ont été soulignées à la fois par les 5 garants qui ont accompagné le grand débat et par les membres de l’observatoire indépendant du grand débat national.

C’est aussi une première pour les citoyens qui ont été des centaines de milliers à répondre à l’appel. Des personnes qui pour une grande part ne s’étaient jusque-là pas engagées dans des discussions publiques sur la politique, des personnes non engagées dans des partis ou des syndicats, et qui ont répondu à cette invitation à parler de l’avenir de la France. De nombreuses personnes ont donné de leur temps aussi pour rédiger des lettres et remplir des cahiers de doléances dans les mairies.

Comment avez-vous « atterri » à Missions publiques, un cabinet qui vise à favoriser la participation des citoyens à la décision politique notamment ?

J’ai terminé mes études (1984) en étant convaincu qu’il fallait inventer de nouvelles manière de concevoir les politiques publiques et les services publics. Rien d’efficace ne pouvait se faire sans appel à l’intelligence collective des citoyens, habitants des territoires, bénéficiaires et usagers des services publics et sans impliquer les agents de terrain. Au final, reconnecter toutes les parties prenantes de la société. J’étais sidéré de voir comment des « sachants » ou des personnes qui se proclament porte-parole des gens sans l’être, se permettaient de penser, souvent de travers, pour les autres. Après avoir créé une première initiative en Belgique, j’ai créé Missions Publiques en 1998 à Paris.

Et vous vous êtes lancé dans votre propre projet ?

Exactement, j’ai décidé de travailler ce potentiel de transformation de l’action publique. D’abord en Belgique, puis à partir des années 90 en France. Un ministre m’a fait confiance, puis deux… Les organisations publiques et politiques, ont beaucoup de mal, encore aujourd’hui, à reconnaître la puissance de l’intelligence collective des citoyens. Ils représentent pourtant une expertise et cette force-là ne peut plus être mobilisée par des moyens conçus au début du 20e siècle, quand la statistique fécondait la sociologie. Je pense que la parole des citoyens recueillie dans un cadre qui favorise l’intelligence collective va finir par s’imposer dans les 5 ans qui viennent.

S’il convenait de reproduire ce grand rendez-vous citoyen, que faudrait-il en plus, pour l’améliorer ?

Je créerais des outils pour montrer que le débat citoyen, ce n’est pas un échange avec le président de la République ou avec un ministre, mais c’est un débat entre citoyens. Un échange qui peut avoir lieu avec une personne qui vit à 100 mètres de chez soi ou à 1 000 km de chez soi, en dehors d’un cadre partisan, qui peut produire des choses utiles et nouvelles pour construire les politiques publiques.

Faut-il rendre les consultations citoyennes nationales systématiques, ou en tout cas, plus régulières ? Sous quelles formes ?

C’est indispensable, de laisser de l’espace à des contributions citoyennes intelligentes, adaptées à la société de ce début de 21e siècle. Cette société active, impliquée, sensible et informée doit être intégrée dans la prise de décision publique. On n’est plus à une époque où l’on peut se satisfaire d’empiler des points de vue individuels, ni confier exclusivement à des interprètes les souhaits citoyens. En 2019, il est essentiel d’offrir des cadres dans lesquels la parole citoyenne peut se construire dans le respect des principes républicains.

Selon le site d’info Les Jours, toutes les contributions citoyennes n’ont pas été prises en compte dans la synthèse du grand débat.


Le grand débat : ce qu’on peut en retenir


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