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TENDANCE – De plus en plus de personnes en quête de sens choisissent le minimalisme, comme alternative à la société de consommation. En quoi consiste ce mouvement ? Explications avec la journaliste Emmanuelle Veil, cofondatrice du site Le journal minimal.

Emmanuelle Veil, cofondatrice du Journal minimal Crédit Photo : Catherine Simonet


Comment est né le minimalisme ?

Ce mouvement est né aux États-Unis dans les années 60, dans l’art contemporain, en réaction aux excès de la société de consommation. Puis cette philosophie s’est étendue à de nombreux autres domaines, jusqu’à devenir un projet de société, un mode de vie, plébiscité par des personnes en quête de sens. Alors que certaines personnes accumulent les objets et ont bien du mal à accepter de s’en défaire, les minimalistes choisissent de vivre uniquement avec des objets qui répondent à leurs besoins.

L’objectif est au contraire de s’alléger, de chasser de ses placards ce qui est inutilisé. C’est au fond affirmer que le bonheur ne se trouve pas dans l’acquisition de biens matériels. Cela demande une autre lecture de ses besoins qui nous pousse à identifier ce qui nous rend heureux en profondeur. Est-ce que c’est un moment privilégié avec un ami, le fait de voyager ? A chacun de trouver son essentiel.

Comment êtes -vous devenue minimaliste ?

J’ai toujours été sensible à l’écologie, et ma démarche minimaliste s’est ancrée dans la conviction que nous ne pouvons plus surexploiter les ressources de la planète sans nous mettre volontairement en danger. Alors bien sûr c’est un chemin qui est progressif. Il ne s’agit pas de ne plus consommer, mais de consommer autrement. Je n’achète plus de nourriture emballée, je privilégie le vrac par exemple. Je fabrique mes produits cosmétiques et ménagers. Je ne fais pas les soldes. Cela ne m’intéresse pas.

Avant de voyager, je m’interroge sur mon bilan carbone. Par exemple, je ne prends presque plus l’avion, je l’ai pris une fois en 10 ans. Je possède peu d’objet, et c’est un bonheur au quotidien. Mon lieu de vie respire et c’est plus pratique pour le ménage ! Je ne comprends pas la démarche qui consiste à stocker des tas d’objets.

Personnellement, j’ai demandé à mon entourage de ne plus m’offrir des babioles à Noël. Un jour, un proche m’a offert, un mini-frigo de voiture, j’ai failli faire une crise d’angoisse, à la vue de cet objet ! Depuis ce jour, j’ai demandé à mon entourage de m’offrir uniquement des choses consommables immédiatement, afin d’éviter de crouler sous des objets dont je ne me servirai pas.

L’objectif est de vivre dans la simplicité, de s’alléger. C’est ce que prône Dominique Loreau dans ses ouvrages. Cette essayiste française vit depuis 40 ans au Japon et a beaucoup écrit sur le sujet. Elle rappelle qu’un Américain moyen possède jusqu’à 300 000 objets ! Cela met en lumière les achats compulsifs. Acheter moins mais mieux, vivre dans la légèreté matérielle aussi bien que mentale, voilà, à mon sens, le vrai but du minimalisme.

A lire aussi : Vivre en yourte, ils l’ont fait !

Le minimalisme prend-il de l’ampleur en France ?

Oui, en effet. Notre média Le Journal minimal qui partage cette philosophie a été créé juste avant la COP 21 en 2015. L’idée était de sensibiliser le public aux alternatives face aux excès de la société de consommation ! Aujourd’hui notre site compte 15 000 visiteurs uniques par mois. Il y a un intérêt grandissant envers des modes de vie compatibles avec le respect de la nature.

Ces dernières semaines, l’un de nos contributeurs a fait l’expérience de vivre uniquement avec 43 objets personnels. C’est toute une aventure, avec ses limites parfois, mais elle a beaucoup marqué nos lecteurs. Nous constatons d’ailleurs que les minimalistes sont issus de différents milieux sociaux. Le déclencheur n’est pas le même pour tout le monde. Certains vivent confortablement et veulent vraiment œuvrer pour la planète, d’autres n’arrivent pas à boucler les fins de mois et trouvent dans le minimalisme un moyen de vivre mieux, en étant centré sur l’essentiel.

Quels sont les bienfaits du minimalisme ?

D’abord le coût de la vie baisse. La vie devient plus simple lorsqu’on vit uniquement avec les objets qui sont adaptés à notre quotidien. Il y a aussi plus de joie disponible car la vie est centrée sur l’essentiel et c’est à chacun de définir cet essentiel. La contribution au collectif est importante puisque ce mode de vie pèse moins sur les ressources de la planète.

La société de consommation crée en permanence le manque. La voie du minimalisme nous aide à accepter ce vide et à ne pas forcément chercher à tout prix à le combler. Faire de la place chez soi est d’une certaine manière aussi une façon de s’ouvrir à la nouveauté, à l’inattendu, à l’autre, aussi. Une nouvelle liberté peut alors émerger, en harmonie avec soi et avec l’environnement.


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