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EXTRAIT DU MAG – Le jeune mouvement Extinction Rebellion alerte sur l’urgence climatique et force les gouvernements à agir. La désobéissance civile non violente, sur laquelle il s’appuie, séduit de plus en plus les citoyens.

Tandis que la France vivait l’acte I du mouvement des gilets jaunes, Londres connaissait une importante mobilisation au nom d’Extinction Rebellion, un mouvement de citoyens décidés à se “rebeller pour la vie”. Arborant le symbole du mouvement – un sablier dans un rond évoquant la Terre et le compte-à-rebours de notre planète – 6 000 citoyens ont bloqué ce jour-là les principaux ponts traversant la Tamise.

Une centaine de personnes ont été arrêtées. En une action, le mouvement tout juste né quelques mois plus tôt, en juillet 2018, a marqué les esprits et certainement un tournant dans la lutte citoyenne contre le réchauffement climatique. C’est en tout cas leur ambition.

Depuis le blocage du 17 novembre 2018, plusieurs autres ont été organisés à Londres et dans le pays. Les sites de la BBC, les locaux de Greenpeace UK ont été occupés par exemple.  L’objectif de ces manifestations non violentes est triple. Attirer l’attention des médias et des politiques, et leur imposer de dire la vérité sur l’urgence climatique. Obliger le gouvernement à atteindre la neutralité carbone d’ici 2025. Et enfin créer des assemblées citoyennes qui suivront la mise en place des actions.


Du désespoir à l’action

Pour se faire entendre et atteindre ses objectifs, Extinction Rebellion – XR, de son petit nom – utilise la désobéissance civile non violente comme outil, à l’image de ce que fait depuis 2016 l’association Rising UP, dont le mouvement est issu. Un choix guidé « pas uniquement par idéologie, mais également car il est démontré que cela permet d’être le plus efficace en matière de luttes sociales », assurent Charles et Anthony, membres du mouvement français.

« J’ai constaté que les marches pour le climat ne provoquent pas de résultat concret et positif. Peut-être que ce mouvement pourrait obtenir de meilleurs résultats, explique Charles. Vue l’urgence de la situation, c’est maintenant ou jamais qu’il faut agir. » Anthony abonde : « J’ai l’impression que ce que propose XR, c’est ce qu’il faut faire. »

Autre caractéristique du mouvement : sa com’ qui ne s’embarrasse pas de circonvolutions ou de périphrases. Un chat est un chat, et le monde est en train de s’effondrer. « La communication est faite pour créer un choc émotionnel, briser la barrière qui empêche d’accepter l’accablante vérité, expliquent les deux membres de XR France. Les mots sont puissants, on parle d’extinction de l’espèce humaine, de meurtres de masse, d’effondrement. » L’idée n’est pas d’accabler, mais plutôt de donner les moyens aux citoyens, qui se sentent démunis devant une telle situation, de « passer du désespoir à l’action ».

Déplacer le cadre de la fenêtre

S’il est trop tôt pour observer des premiers résultats, les militants cherchent, en premier lieu, à « faire prendre conscience de l’urgence de la situation, à rendre visible le mouvement. Et à recruter de nouveaux membres, explique Anthony. Notre objectif est de décaler l’opinion publique, selon le concept de la théorie de la fenêtre d’Overton. Le public accepte des idées si celles-ci entrent dans le cadre de leur fenêtre, aussi extrêmes soient-elles. Donc, pour que nos revendications soient de l’ordre du possible, il faut qu’elles soient acceptables, notamment pour les politiques. De sorte que ces derniers n’aient pas peur d’aborder ces sujets avec sincérité ».

La contagion rebelle a franchi les frontières

Le mouvement a en ligne de mire un chiffre ou plutôt un taux : 3,5 %. Selon les travaux d’Erica Chenoweth, docteure en politiques publiques aux États-Unis, qui a étudié les mouvements entre 1900 et 2006, il suffit de bouger 3,5 % de la population d’un État pour réussir une révolution non violente. Sachant que les actions non violentes sont bien plus efficaces que les violentes, et qu’elles suscitent l’adhésion du grand public… « Mais, malheureusement, nos gouvernements se servent régulièrement de la violence d’une minorité pour discréditer les causes des majorités non violentes », tempère Charles.

En attendant, le mouvement s’est propagé de manière fulgurante. De nombreux scientifiques mais aussi des personnalités ont rejoint le mouvement. La page Facebook du mouvement britannique compte plus de 60 000 followers. Plus encore, la contagion rebelle a franchi les frontières du pays. On retrouve des groupes de rebelles dans 39 pays, tous prêts à mener des actions illégales… et aller en prison s’il le faut. Pour cela, des formations à la désobéissance civile se mettent en place un peu partout dans le monde. Pour grossir les rangs de la rébellion.

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