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CULTURE – La voie des plantes, ceux qui voulaient guérir, est un documentaire réalisé en 2017, au Pérou, dans le centre pour toxicomanes Takiwasi. Psychothérapeutes et guérisseurs locaux s’appuient sur les vertus ancestrales des plantes traditionnelles pour soigner les addictions. Rencontre avec les réalisateurs Aurélie Marques et Louis Bidou.

Comment est né ce projet ?

Aurélie Marques: Je réalise des magazines pour différentes chaînes depuis plusieurs années. En 2017, j’ai décidé de tout arrêter pour m’engager dans un projet personnel qui reflète mes engagements éthiques et militants. Passionnée par les médecines douces, je suis partie six mois en Amérique latine pour comprendre les pratiques de soins traditionnels. Au Pérou, à Tarapoto, j’ai découvert le centre de médecine traditionnelle Takiwasi, créé par le médecin français Jacques Mabit en 1992. En poste pour Médecins sans frontières dans ce pays pendant de nombreuses années, il s’est formé aux vertus des plantes auprès de guérisseurs locaux. Le centre s’appuie sur le potentiel thérapeutique des plantes amazoniennes et sur la psychothérapie pour proposer des cures de désintoxication naturelle aux personnes souffrant d’addiction. J’ai eu envie de réaliser un documentaire sur cette approche afin de comprendre le chemin de transformation des patients qui fréquentent le centre.

Louis Bidou : Avec un père ethnologue et une mère psychanalyste, le sujet m’a tout de suite inspiré. En 2012, déjà, je suis parti en Amazonie colombienne à la rencontre des descendants des chamans du peuple Tatuyo, rencontrés par mon père dans les années 70. J’ai effectué ce voyage afin de leur restituer des enregistrements de leurs chants rituels. Cela a donné lieu à un film La Voix des Tatuyos. Avec La voie des plantes, je continue d’explorer les points de rencontre possibles entre les peuples autochtones et le monde moderne.

Quels types de patients avez-vous rencontré au centre Takiwasi ?

Aurélie Marques : Le documentaire est construit autour de 4 portraits. Ils sont Péruviens, Français, Américains, ils ont entre 17 et 60 ans et cherchent tous leur voie vers la guérison. Nous avons, par exemple, rencontré des patients locaux comme Yorsi, le plus jeune patient du centre, soigné pour une addiction à la pâte de cocaïne. Il y a aussi des occidentaux, qui ont essayé sans succès des cures de désintoxication médicamenteuses dans leur pays. C’est le cas de Dio, un jeune trentenaire new-yorkais, dépendant des opioïdes, ces anti-douleurs prescrits légalement qui ont causé la mort de milliers de personnes aux États-Unis. Dio est devenu dépendant à ces médicaments jusqu’à frôler l’overdose. Après de nombreux échecs avec les méthodes classiques basées sur la prise de soboxone, un opiacé de synthèse destiné à soulager les symptômes du manque, il est arrivé au centre.

Quelle est l’originalité de la méthode proposée au centre Takiwasi ?

Louis Bidou : Au centre Takiwasi, les patients participent à des purges à base de plantes, encadrées dans des rituels. La consommation de l’Ayahuasca, une plante sacrée, permet aux patients d’accéder à des visions, de plonger au cœur de leur inconscient pour découvrir les causes profondes de leurs traumatismes. La quête de guérison se transforme en quête spirituelle. Ce matériau est ensuite utilisé par les psychothérapeutes en séances individuelles. La quête spirituelle jalonne le chemin de guérison. Comment repenser son passé, le lien entre le manque affectif et les raisons de son addiction ? Comment se comprendre et se réconcilier avec soi-même ? Les plantes et leurs vertus ancestrales accompagnent ce chemin de transformation. C’est tout ce processus que nous avons souhaité raconter dans notre film.

Vous avez terminé le tournage, quelle est la prochaine étape de ce projet ?

Aurélie Marques : Nous avons réalisé La voie des plantes, un documentaire avec nos propres fonds. C’est un film totalement indépendant. Nous avons lancé une campagne de financement participatif jusqu’au 3 mai sur le site ulule.com, pour terminer la post-production. Nous espérons qu’il sera ensuite accueilli en salle et dans différents festivals dans quelques mois. Nous serions heureux de créer du lien grâce à des projections-débats, afin de partager une vision du monde ancestrale qui interroge les mécanismes de la guérison.

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