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INITIATIVE – La Cavale est une librairie coopérative installée dans le quartier des Beaux-Arts à Montpellier. Rencontre avec Sylvain Bertschy, le fondateur de ce lieu culturel, coopératif et socialement engagé.

Le quartier des Beaux-Arts, son marché, ses terrasses ensoleillées, ses ateliers d’artistes, et… sa librairie coopérative ! En novembre dernier, la rue de la Cavalerie a vu apparaître une librairie indépendante, qui propose une sélection de bouquins généralistes, allant de la littérature à la bande-dessinée, en passant par les livres de jeunesse et les sciences humaines et sociales. Rien de bien nouveau pour une librairie. Pourtant, l’existence de cet espace est liée à la volonté d’une communauté de coopérateurs, déterminés à conserver collectivement les bienfaits d’un lieu dédié au livre dans leur vie de quartier.

Car le quartier avait déjà sa librairie, l’Ivraie, local emblématique de 30 m² où Daniel, l’ancien libraire, proposait une sélection appréciée de livres en tous genres. « C’était petit, comme nous le décrit Sylvain Bertschy, mais avec une bonne sélection, et un fond de littérature de qualité, qui nous liait à la librairie. » Quand Sylvain et sa compagne apprennent sa fermeture, ils envisagent une reprise, mais ne se sentent pas qualifiés. Heureusement, ils ne sont pas les seuls à être frustrés par la disparition du lieu.

« Il y a toujours différentes manières de raconter les histoires, mais nous sommes plusieurs à avoir eu l’idée en même temps », estime Sylvain. C’est lors d’un apéro avec un petit groupe d’ami que l’idée germe d’une reprise collective. « Après plusieurs réunions d’un collectif informel, réunissant une trentaine de personnes, nous nous sommes lancés en association de préfiguration, continue-t-il. Ce statut vise exclusivement à se transformer en société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). » Eté 2018, l’aventure de La Cavale commence.

Une structure coopérative pour un fonctionnement collectif

Très vite, les ambitions du collectif dépassent la capacité du petit espace de l’Ivraie. Si la fin annoncée de la petite librairie a donné l’impulsion au projet, c’est sur le trottoir d’en face, où trois espaces commerciaux d’un total de 100 mètres carrés se libèrent, que La Cavale ouvrira. Pour cela, les membres de l’association fondatrice se démènent pour trouver ses souscripteurs, et les 30 000 euros de capital qui serviront de base de lancement à la librairie. « On a choisi une part sociale résolument basse, de vingt euros, défend Sylvain, pour qu’un maximum de personnes puissent rentrer dans la coopérative. » Au total, 153 personnes participent au financement du projet, et s’y investiront dès l’ouverture.

Une fois l’aspect commercial du projet en place, deux libraires sont recrutés, et la librairie ouvre à temps pour les fêtes. La Cavale attire très vite la population du quartier. « C’est un quartier mixte, car il y a un parc de logements sociaux assez important, analyse Sylvain, mais la dominante de la sociologie du quartier c’est quand même la bourgeoisie à capital culturel. » Le quartier des Beaux-Arts héberge un public idéal, avec « des gens qui d’une part sont des lecteurs, et d’autre part ne sont pas riches mais ont un pouvoir d’achat sur la culture, et donc achètent des livres ». Mais comme on peut le lire sur son site, la librairie souhaite aussi «  rendre le livre et la lecture accessibles au plus grand nombre ». Et « s’adresse[r] à tous les publics, des plus proches aux plus éloignés du livre ».

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Un projet culturel et social

Pour Sylvain et les autres membres fondateurs, le chemin est tout tracé : « Une fois qu’on a monté le lieu, qu’il existe, et que l’on vend des livres, il faut créer une vie coopérative. Ça veut dire la faire exister au concret, que les gens s’impliquent. » Pour ce faire, les coopérateurs prennent en charge le développement des activités qui sortent du cadre commercial. Sylvain nous décrit précisément comment les coopérateurs sont impliqués, « autour d’une petite dizaine de comités, qui prennent en charge différentes missions ». On trouve pêle-mêle un « Comité Orientation Finance », un comité de médiation et relations à l’intérieur de la coopérative, un « Comité Animation », en charge de la programmation culturelle du lieu, etc. « Tout ce que font les comités remonte, via des référents, à un comité de pilotage qui discute les décisions, enchaîne Sylvain. Cela nous permet d’intégrer concrètement une cinquantaine de coopérateurs dans la vie de la coopérative. »

La librairie propose une animation par semaine, des rencontres autour de livres dans ses locaux, et développe des partenariats avec les associations du quartier, et d’autres lieux culturels et citoyens de Montpellier. Mais il reste un « troisième étage à la fusée », nous dit Sylvain, « porter un projet d’éducation populaire, aller chercher des publics qui sont loin du livre ». Dans un quartier qui comporte une dimension populaire, « les gens ont un sentiment, justifié ou pas, d’incompétence culturelle. Il faut aller les chercher, proposer des choses qui les intéressent, sortir de ce que certains appelleraient un entre-soi ».

Une ambition portée par une dynamique coopérative qui ne faiblit pas, puisque les demandes de souscriptions affluent. La dernière assemblée générale de La Cavale, le 25 janvier, a permis d’intégrer tous ceux qui s’étaient mobilisés pour prendre des parts sociales depuis l’ouverture. 313 coopérateurs permettent désormais à la librairie d’exister, et de construire ce projet qui se veut fédérateur pour tout le quartier. « Nous avons bâti les fondations, et commencé à monter les premiers murs », s’enthousiasme Sylvain. Avant de conclure : « Maintenant, il faut aller jusqu’au bout ! »


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