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EXTRAIT DU MAG – A l’été 2018, un rapport a exhorté le gouvernement à allonger le congé paternité. Le sujet fait-il consensus chez les mères comme chez les pères ?

Juin 2018. Le Premier ministre Édouard Philippe commandite à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) un rapport portant sur une vaste réflexion à propos d’un possible allongement du congé de paternité. Actuellement d’une durée de 11 jours, d’après le sacro-saint code du travail, le salarié n’est même pas contraint d’en bénéficier.

Au contraire de la salariée qui, elle, doit respecter les huit semaines, éloignée de son poste de travail, pour se consacrer à l’éducation de son bambin. Une précision qui n’est pas à prendre à la légère puisqu’elle constitue l’un des fondements de l’inégalité entre les femmes et les hommes dans la complémentarité entre la vie personnelle et professionnelle. Alors que faire ? Le débat est lancé.

Légiférer sur l’égalité ?

L’IGAS avance dans un premier temps le constat que « la durée actuelle de 11 jours calendaires consécutifs du congé de paternité, auxquels s’ajoutent les trois jours de congé pour la naissance, est insuffisante pour permettre d’avancer significativement en matière de rééquilibrage des tâches domestiques et familiales, entre les femmes et les hommes, et d’égalité professionnelle.

Une importante partie de l’opinion publique souhaite un accroissement de la durée de ce congé et la grande majorité des pères qui ont pris le congé de paternité juge que sa durée est actuellement insuffisante. Vrai, tant nombre d’associations militent depuis des années pour un alignement du congé de paternité sur le congé de la mère. C’est ainsi que l’IGAS axe son rapport sur deux propositions :

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  • L’ajout de deux jours supplémentaires au congé de naissance (ce qui le porterait à cinq jours), en ouvrant aussi, en contrepartie, la possibilité aux entreprises de réduire, par accord commun, le nombre de jours d’autres congés (mariage, pacs).
  • L’allongement de la durée du congé de paternité pour le porter à trois ou quatre semaines, incluant le congé de naissance. Précisons objectivement que l’application d’une telle mesure coûterait entre 133 millions à 331 millions d’euros à la Caisse d’allocations familiales.

Parentalité à égalité

Cette dernière proposition a largement été relayée dans les médias nationaux, mais pour le moment, le gouvernement botte en touche. Au grand regret de certains. Dans une tribune parue dans Le Parisien, nommée L’appel des 160 pour un congé obligatoire pour le deuxième parent, des personnalités comme Rebecca Amsellem, fondatrice de la newsletter Les Glorieuses, exhortent le gouvernement à prendre une décision et légiférer sur la question :

« Seule une loi peut créer les conditions d’une parentalité à égalité, en rendant ce congé obligatoire et de même durée pour les deux parents, qu’ils soient travailleur·euses indépendant·es ou salarié·es. Le mécanisme de discrimination envers les femmes au travail sera maintenu, tant que les congés ne seront pas de durée exactement égale pour les deux parents. »

Dépression possible, soutien à apporter

Une assertion qui trouve un écho chez Marion Pillas, militante au sein des collectifs ParentÉgalité et Pour Une parentalité féministe (PAF) : « Le gouvernement n’a jamais cru à une réforme en commandant ce rapport avec lequel il a rapidement pris ses distances », s’amuse la militante, qui poursuit : « Ce qu’on demande, c’est très simple, c’est un congé paternité qui soit complètement identique à celui de la femme qui accouche, à savoir 16 semaines, dont 8 obligatoires. »

Marion Pillas trouve cocasse « et dangereux de parler de congé maternité alors que la femme est isolée pendant l’immense majorité de ce temps où elle est à la maison avec son enfant. Ça n’a rien d’un congé de laisser une femme seule dans cette situation morale et physique », selon elle.

Il y a aussi un message de l’époque, une représentation culturelle de l’homme ramenant le salaire à la maison, et la mère de famille typique qui l’attendrait, souriante, s’apprêtant à le réconforter après une dure journée de labeur. « Des siècles de patriarcat sur les épaules », comme nous le confirme Marion Pillas, contre lesquels il faut quotidiennement se battre.  « Les hommes savent tout aussi bien s’occuper des enfants, et ils ont envie de le faire », ajoute-t-elle.

Changer le regard

Une assertion confirmée par Patrice Bonfy, dirigeant de Paternel, un média digital mettant en lumière une « nouvelle génération de pères ». Le trentenaire nous affirme que le rapport de l’IGAS « va dans la bonne direction, mais trop frileusement ».

Le Paternel a aussi édité une tribune qu’on peut retrouver sur son site web. Dans Si on laissait les pères deux mois seuls avec leur bébé ? Tribune pour un congé parental alterné, Patrice Bonfy propose « d’instaurer le congé parental d’accueil de huit semaines pour le père, rémunéré par la Sécurité sociale, ne pouvant être posé que quand la mère a repris le travail ».

Extrait : « Par ce long congé rémunéré, levons le frein financier des pères qui envisagent le congé parental. L’entreprise sera bien forcée de changer son regard sur le ‘’risque’’ de parentalité quand il concernera de manière de plus en plus égale les hommes et les femmes. Par l’alternance obligatoire qui fera passer aux pères de nombreuses journées seuls en charge du foyer, osons confier aux hommes, au moins pour deux mois, les clefs de la boutique famille. Cela leur ouvrira les yeux à long terme sur les tâches ménagères et d’éducation ».

Sujet de santé publique

« Tant qu’on ne laissera pas, d’une certaine façon, les hommes seuls à la maison, avec les enfants en charge principale, on ne transformera pas les tâches parentales et éducatives qu’ont les pères aujourd’hui », déclare Patrice Bonfy.

Une volonté par ailleurs partagée par la grande majorité des hommes français. Selon une étude menée par l’Observatoire de la responsabilité sociale des entreprises, sur un échantillon de 2 000 hommes, plus de 85 % des hommes veulent que le congé paternité soit rallongé. Ce sont par ailleurs les plus jeunes (18-30 ans) qui en sont les plus fervents défenseurs : 90,3 % souhaitent prendre ou ont déjà pris un congé paternité ! C’est donc autant un « sujet de santé publique », comme le dit Marion Pillas, qu’un enjeu générationnel. L’image du père, dans ce temps qui ne cesse de filer comme l’eau entre les doigts, évolue, et cela passe en premier lieu avec le lien qu’il entretient avec son enfant.

Et ailleurs, ça se passe comment ?

Quelques chiffres pour comparer la situation française à celle de nos voisins

  • En Suède, les deux parents disposent de 480 jours chacun, alors qu’en Islande ils ont tous deux droit à 90 jours de congé. 
  • En Norvège, la mère s’arrête 315 jours alors que le père bénéficie « seulement » de 112 jours.
  • Un seul pays européen accepte que les pères s’arrêtent plus longtemps que les mères : l’Autriche, où le congé paternité dure un an minimum et peut même se prolonger jusqu’à trois ans maximum.
  • Après la naissance d’un chérubin au Royaume-Uni, le congé paternité peut durer jusqu’à deux semaines. Les jeunes mères, elles, disposent de 26 semaines d’arrêt. 
  • En Allemagne, le congé est partagé entre les parents, le portant, chacun, à 14 mois. Ils perçoivent tous les deux 65 % de leur salaire.
  • Au Portugal, le congé paternité est obligatoire.
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