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RENCONTRE – Le nouveau numéro d’UP le mag s’intéresse à l’avenir des campagnes. Depuis 20 ans, Terre de Liens agit contre la disparition des fermes et des terres agricoles. Rencontre avec l’un des fondateurs de ce mouvement, Jérôme Deconinck, en partenariat avec Ashoka, premier réseau mondial d’entrepreneurs sociaux.

Jérôme Deconinck, cofondateur de Terre de liens

Comment est né le mouvement Terre de Liens ?

Il y a 20 ans, nous étions un groupe de citoyens déterminés à agir face à la disparition des terres agricoles. 200 fermes disparaissent chaque semaine en France. Les terres agricoles disponibles baissent à cause de l’urbanisation grandissante ou la concentration des terres entre les mains des exploitations agricoles intensives. Dans ce contexte, il y a de moins en moins d’opportunités d’installations pour des petits producteurs qui souhaitent travailler en agriculture biologique. C’est aussi une manière de lutter contre la spéculation autour des terres. Le prix des terres ont augmenté de 40 % en 10 ans. Nous avions envie de défendre une agriculture saine, à taille humaine et respectueuse de l’environnement.

Quelles  solutions avez-vous développées ?

Nous avons donc créé deux outils, une société d’investissement solidaire en 2006, et plus récemment en 2013, une fondation d’utilité publique. Le premier outil permet à chaque citoyen d’acheter des actions d’une valeur de 103,50 euros pour nous aider à racheter les fermes. Depuis quelques années, les citoyens qui investissent dans notre cause bénéficient d’une réduction d’impôts de 18 %.  En 10 ans, nous avons acquis 165 fermes grâce aux sommes investies par les citoyens. La fondation permet de bénéficier de dons de la part d’agriculteurs ou de propriétaires qui n’ont pas d’héritiers et qui veulent s’assurer que leurs fermes seront reprises dans le respect de leurs valeurs. C’est aussi une manière de lutter contre la spéculation autour des terres. Grâce aux outils que nous avons développés, nous réalisons une trentaine d’acquisition de fermes par an.

Qui sont les agriculteurs que vous accompagnez ?

Nous recevons jusqu’à 1 500 demandes de porteurs de projets par an. Il faut en moyenne 2 ans pour finaliser une installation.  En tant que propriétaire, nous proposons un bail rural et environnemental lorsqu’ils s’installent dans l’une de nos fermes.  Ils s’engagent à cultiver en Agriculture biologique et à préserver la biodiversité. 35 % des agriculteurs qui s’installent à nos côtés sont des femmes. De plus en plus de personnes en quête de sens souhaitent quitter les grandes métropoles. 1 tiers de nos candidats à l’installation sont des néo-ruraux, les autres travaillent déjà dans le secteur agricole.

Quelles sont les perspectives d’avenir ?

Il y a 20 ans, on nous prenait pour des utopistes. Aujourd’hui, des maires nous demandent conseil, car ils ont pour projet de créer une cantine bio par exemple et aimeraient trouver du foncier agricole et des professionnels pour cultiver en bio. Le conseil régional des Hauts-de-France et l’Agence de l’eau Seine-Normandie ont investi dans notre fondation pour pouvoir garantir des terres en bio à des agriculteurs de son territoire. Notre façon de voir les choses inspire les collectivités, car l’alimentation saine et la question des terres agricoles sont de véritables enjeux de société.

Le cœur de métier de l’ONG Ashoka depuis plus de 35 ans est d’identifier, soutenir et faire grandir des entrepreneurs sociaux qui apportent des solutions à grande échelle aux enjeux sociaux et environnementaux contemporains. Elle soutient près de 3 300 “Fellows Ashoka”, dans 85 pays. 


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