SORTIE du #UP22 – La voiture est responsable de 29 % des émissions de C02 liés au transport. À l’heure où les scientifiques pressent les gouvernements d’agir pour limiter les effets du changement climatique, peut-on pour autant s’en passer ?  Dans son dernier numéro qui sort aujourd’hui, UP le mag questionne la place de l’automobile dans notre société.

Nruno Marzloff, fondateur de Chronos

Rencontre avec Bruno Marzloff, fondateur de Chronos (qui appartient au Groupe SOS, éditeur de votre revue).  Nous l’avons interrogé sur les principaux enjeux liés à la mobilité aujourd’hui.

UP le mag : Dans un contexte de lutte contre le réchauffement climatique, doit-on envisager la fin des voitures thermiques et individuelles ?

Bruno Marzloff : Cela fait déjà une quinzaine d’années que l’on annonce le peak car, comme on parle du peak oil, c’est-à-dire le moment où on atteint le point d’inflexion dans l’utilisation de la voiture individuelle. En France, la voiture représente environ 80 % des distances parcourues. En réalité, le parc automobile mondial, comme le parc français, continue de grandir. La voiture triomphe, au moins en dehors des grandes villes. Malgré les engagements pris lors de la COP21, pour réduire les émissions de CO₂, celles des transports croissent.

En même temps, des grandes villes comme Paris, Londres, Madrid, Oslo et bien d’autres, luttent contre la congestion par des politiques de réduction de l’automobile. Les automobilistes eux-mêmes en sont conscients et diminuent l’utilisation quotidienne de la voiture (-15 % sur les deux dernières années en France, selon l’étude réalisée par Chronos et l’Obsoco, l’Observatoire des mobilités émergentes – vague 3), à cause de la pollution, des coûts, du bruit, du temps perdu… Mais, au-delà de la ville, il ne faut pas oublier la domination sans partage de l’automobile dans les zones périphériques et surtout rurales.

Trafic saturé

Peut-on imaginer que de nouveaux véhicules remédient à ces problèmes ?

Du côté de la filière automobile, les innovations – voiture propre, connectée, autonome, à la demande –, sont des leurres tant que leurs usages ne se concluent pas par une diminution du parc motorisé. Une voiture électrique, à l’arrêt comme en mouvement, reste une voiture qui encombre l’espace public. D’autant que cela ne fait que déplacer la question de la pollution ; une motorisation nourrie aux centrales à charbon, comme en Chine ou en Allemagne, aggrave encore le problème. Même raisonnement pour la voiture connectée, dont le mode d’optimisation ne fait qu’encourager la croissance des usages. Quant aux voitures à la demande, de type VTC, leur service est indéniable, mais elles contribuent à accroître un trafic déjà saturé.

Du côté des pouvoirs publics, quelles réformes permettraient de sortir du « tout voiture » ?

Le service public de mobilité qui a pu exister jusque dans les années 50 en France – il couvrait l’intégralité du territoire à travers un maillage de trains, de cars et de trams inter-urbains –, n’existe plus. Dès lors, comment reconstruire un service public de mobilité ? L’État, dans son projet de loi Mobilité, se concentre sur les infrastructures. Il n’y a pas de rupture annoncée. Pourtant, les injonctions environnementales demeurent. Les maires des grandes villes, en France comme ailleurs, abordent avec difficulté des politiques de réduction drastique de la voiture.

Faites en sorte qu’on n’ait plus à utiliser la voiture

La récente mise en œuvre des “zones à faibles émissions” sur 15 métropoles accompagnées par l’État va dans ce sens. Mais les efforts devraient aller bien plus loin pour faire reculer les menaces. Regardons les causes. Elles se situent largement du côté de l’urbanisme. On soigne un peu, certes, mais on ne regarde pas la ville qui s’étend et qui façonne une mobilité inflationniste. L’urbanisation, depuis deux siècles, va plus vite que la démographie. Avec l’étalement urbain, on fabrique des villes moins denses et on éloigne toujours plus les résidences des lieux de travail et des commerces, au mépris des attentes des citadins. Chronos, avec l’Obsoco, a interrogé 7 000 Européens. 48 % des gens indiquent qu’ils souhaiteraient résider ailleurs que là où ils habitent ; une mesure qui peut monter à plus de 60 % dans les périphéries des grandes métropoles. Il faut nous interroger sur la ville que les gens veulent.

Les 500 000 actifs de la seconde couronne francilienne subissent 2h30 de transport quotidien en moyenne pour se rendre au travail. Il faut sortir de cette mobilité subie pour aller vers une mobilité choisie. La question principale qui se pose aujourd’hui est : comment rapprocher travail, commerces et habitat ? Les gens ne se disent pas : « Permettez-nous d’utiliser la voiture », mais « Faites en sorte qu’on n’ait plus à l’utiliser ».

Retrouvez l’intégralité de cette interview dans le numéro de décembre d’Up le Mag disponible sur notre boutique en ligne en version papier et version numérique. Au sommaire de ce numéro : des reportages, des analyses, des infographies pour mieux comprendre comment sortir de l’ère du tout voiture. 
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