INITIATIVE – La coopérative française Commown propose la location du Fairphone, un smartphone plus éthique que les autres, avec un système d’exploitation développé par le constructeur, qui respecte la vie privée.

Polluants et fabriqués dans des conditions de travail critiquables, nos smartphones ont souvent tout faux en matière de respect de l’environnement et des droits humains. Mais les concepteurs du Fairphone croient qu’une autre voie est possible. Il s’agit d’un smartphone créé par une entreprise néerlandaise dont on peut remplacer facilement les différents modules. Ainsi, le téléphone peut évoluer et se réparer plus facilement. De plus, cette entreprise essaye de travailler au maximum avec des producteurs de métaux labélisés commerce équitable ou libre de conflit (or, étain, tungstène, tantale), et utilise le plus possible de matériaux recyclés.

Il est possible d’acheter un Fairphone 2 pour 400 euros environ. Mais en France, on peut aussi le louer via la coopérative Commown, à partir de 20 euros par mois. Cette SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif) milite pour de l’électronique plus durable et propose de passer à l’économie de la fonctionnalité, autrement dit, de privilégier l’usage plutôt que la vente, afin d’éviter le gaspillage. Si une location prend fin, le téléphone et ses modules peuvent servir pour d’autres clients. Ils ne finiront pas dans un tiroir comme beaucoup de vieux smartphones aujourd’hui. Commown s’occupe par ailleurs des réparations en cas de panne et de casse, là encore pour optimiser la durée d’utilisation des appareils.

Des applications libres contre l’obsolescence programmée

Le projet Commown a débuté il y a deux ans, d’abord sous la forme d’une association. Après une campagne de pré-commande, la SCIC a été montée en janvier 2018, avec pour sociétaires, des fondateurs, des clients, des producteurs et des financeurs. Les premières locations ont débuté en février. Commown ne propose pas uniquement la location de smartphones, mais également des ordinateurs . « Au-delà du service, notre but est de sensibiliser sur le sujet de l’électronique responsable, à la manière d’un think tank », explique Élie Assémat, qui fait partie des fondateurs du projet.

Capture d’écran de Fairphone Open OS

Depuis peu, la coopérative propose une option « déGAFAMisation », en référence aux Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) qui contrôlent une grande partie des services électroniques aujourd’hui. À la place du classique Android, qui contient par défaut toutes les applications de Google (gmail, google map, youtube…), qui enregistrent de nombreuses données de l’utilisateur, Commown propose de préinstaller sur le Fairphone un système plus respectueux de la vie privée des utilisateurs.

Ce système, développé par le constructeur appelé “Fairphone Open OS”, se base sur une version libre d’Android, sans les services de Google. À la place, des logiciels libres ont été installés comme Fennec F-Droid pour aller sur le web, Maps (basée sur Open Street Map) en guise de carte, ou encore Silence pour envoyer des messages. L’autre avantage d’un OS et des applications libres, au-delà de la protection de la vie privée, est qu’ils peuvent être utilisés dans la durée, sans qu’un constructeur bloque les mises à jour, comme le font Google et Apple sur les vieux appareils pour les rendre obsolètes.

Changer nos habitudes pour faire changer l’offre

Le combo Fairphone + location via Commown + option « déGAFAMisation » apparait aujourd’hui comme une alternative assez complète permettant de limiter les impacts négatifs de l’usage d’un smartphone, pour les personnes qui sont prêtes à se passer des applications les plus populaires (il n’y a pas Google Play sur Fairphone Open OS, mais un catalogue de logiciels libres et Open Source, F-Droid)

« Le but de ces projets n’est pas tant de concurrencer les entreprises existantes, nous n’avons pas cette prétention. Mais nous pensons qu’en proposant des offres alternatives, nous exerçons une forme de pression qui pourrait à terme les encourager à changer », explique Élie Assémat. Plus il y aura d’utilisateurs qui se détournent des GAFAM, plus ils seront poussés à changer leurs pratiques. Alors, prêt à passer le cap en 2019 ?


Commentaires