IDEES – Pneu crevé, chaînée cassée, roue tordue… Les cyclistes doivent composer au quotidien avec toutes sortes de mésaventures pas toujours évidentes à gérer. Pour les  aider à faire face à ces désagréments,  l’association Cyclofficine propose aux Parisiens de bénéficier des compétences d’autres cyclistes pour apprendre à réparer leur vélo.

Visage concentré, les mains noires de cambouis, Noémie tourne une clé avec application : « Là je suis en train de dévoiler la roue de mon vélo, c’est assez nouveau pour moi. La mécanique c’est pas trop mon domaine », sourit-elle. À ses côtés, Giuseppe lui décrit, d’une voix bienveillante, le bon geste à effectuer. Sans être un expert, il a appris à réparer l’axe d’une roue à force d’être confronté aux nids de poule qui fleurissent sur le pavé parisien. Dès qu’il a du temps libre, il n’hésite pas à venir partager ses connaissances dans cet atelier d’auto-réparation situé dans le 20ème arrondissement de Paris.

« Ici, l’objectif est de s’entraider », explique-t-il. Comme Noémie et Giuseppe, 1 500  personnes ont choisi de rejoindre l’association Cyclofficine à Paris. En échange d’une cotisation annuelle de 15 à 20 euros, les adhérents de l’association bénéficient à la fois de l’expérience en mécanique de cyclistes confirmés mais aussi du matériel nécessaire pour effectuer les réparations. « Ici, j’ai la chance de pouvoir utiliser un centreur de roue pour changer l’axe de ma roue. C’est le genre d’outil que je ne pourrais pas avoir chez moi. Il coûte 500 euros », explique Noémie.

L’économie de la récup’

L’association Cyclofficine est née en 2010, dans l’esprit d’un groupe d’amis qui avaient très envie d’encourager la pratique du vélo en ville. « Au départ, les préoccupations étaient d’abord environnementales. L’idée était de rassembler les usagers du vélo et de porter des valeurs écologiques », explique Hugo, l’un des deux salariés de l’association. Très vite, le projet s’inscrit dans une démarche d’économie sociale et solidaire. Et l’atelier d’auto-réparation devient une plateforme du réemploi. L’association Cyclofficine récupère ainsi près de 600 vélos abandonnés chaque année, principalement dans l’Est parisien : « Nous allons les récupérer dans les caves et les cours d’immeubles. Nous avons signé une convention de partenariat avec la mairie de Paris qui nous autorise à nous servir dans les déchetteries de la ville », explique Hugo.

Les carcasses de vélos, oubliés ou jetés par leur propriétaire, sont ensuite désossées pour alimenter les stocks de pièces détachées de l’association. Cette dernière compte aujourd’hui des centaines de selles, pédales, guidons, pneus et dérailleurs de tous types. Naara est très heureuse d’avoir réussi à changer le guidon de son vélo : « C’est une fierté de faire les choses soi-même. On n’est pas toujours obligé d’acheter du neuf. Et puis j’aime l’idée de faire des économies  », témoigne-t-elle. Giuseppe confirme : « Une crevaison, quand on sait la réparer soi-même, ça prend cinq minutes et ça coûte 20 centimes, c’est le prix d’une rustine. Un réparateur vous prendra 20 euros ». Les pièces d’occasion sont proposées à prix libres aux adhérents de l’association. Cyclofficine propose également à la vente des vélos refaits à neuf. Les prix sont compris entre 30 et 80 euros.

Redonner de l’autonomie aux cyclistes

Les bénévoles de l’association se déplacent aussi dans les quartiers populaires du Nord-Est de la capitale.  C’est le concept de l’atelier mobile financé par des subventions de la ville de Paris. « Nous en organisons une quarantaine par an », précise Hugo. L’objectif  est à la fois de créer du lien entre voisins au-delà des murs des ateliers d’auto-réparation, mais aussi de faire la promotion du vélo dans la capitale où 60 % des déplacements sont effectués à pied ou en transports en commun. Un dérailleur cassé ou des freins usagers représentent un défi pour les non-initiés, mais une fois les bases de la mécanique acquises, les cyclistes peuvent s’élancer à nouveau sur le bithume parisien, l’esprit tranquille.

« Ce que je trouve génial dans ces ateliers d’auto-réparation, c’est l’idée qu’on redonne du pouvoir aux gens. On peut apprendre  de nouvelles choses tout au long de sa vie », analyse Giuseppe. En dix ans, les déplacements à vélo ont triplé à Paris. 4 % des trajets domicile-travail se font aujourd’hui à bicyclette. Encore confidentiels il y a quelques années, les ateliers d’auto-réparation de vélos ont connu une véritable explosion. Une trentaine d’ateliers gérés par des associations similaires à Cyclofficine existe aujourd’hui à Paris et en Île-de-France. À ce jour, la France compte près de 200 ateliers  participatifs dédiés au vélo, répartis un peu partout sur le territoire. Il y a encore une décennie, le pays n’en comptait que six. Une belle illustration du développement des valeurs de l’économie sociale et solidaire dans l’Hexagone.


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