INITIATIVE – Des citoyens de Seine-Saint-Denis ont créé une coopérative pour produire de l’électricité verte, via des panneaux solaires sur les toits d’établissements scolaires.

Très répandue en Allemagne, en Belgique ou au Danemark, la production d’électricité verte par des collectifs de citoyens s’est développée un peu partout en France ces dernières années. L’idée est de se regrouper pour investir dans l’installation d’éoliennes, de panneaux photovoltaïques ou d’autres sources d’énergies renouvelables pour reprendre le pouvoir sur la production d’électricité française, qui reste, aujourd’hui, majoritairement nucléaire.

En Île-de-France, il n’y a pas encore de production citoyenne à proprement parler, mais ça ne saurait tarder car une quinzaine de groupes ont été créés aux quatre coins de la région pour initier des projets. Sur le territoire de Plaine Commune (Saint-Denis, et les 8 communes qui l’entourent), notamment, la coopérative Plaine Énergie citoyenne a été officiellement créée le mardi 13 novembre 2018.

Un projet sur le long terme

À l’origine du projet, Laurent Monnet, habitant de Saint-Denis, explique qu’il avait envie de « faire bouger les choses au niveau local, collectivement, au-delà des gestes individuels ». « Il faut reconnecter les gens avec la question énergétique et encourager la sobriété », dit cet ingénieur informaticien. À partir de 2017, il a commencé à solliciter des citoyens, des associations et des collectivités pour rassembler autour de ces questions. Ils étaient au départ une vingtaine, puis en quelques mois l’association Plaine Énergie citoyenne a dépassé la centaine d’adhérents. Les collectivités d’Épinay-sur-Seine, Stains, Pierrefitte-sur-Seine et le territoire de Plaine Commune ont également adhéré.

Il a fallu ensuite déterminer quelle source d’énergie pour produire l’électricité. « L’association Énergie Partagée, qui contribue au développement des projets collectifs et citoyens partout en France, nous a apporté son expertise », explique Laurent Monnet. Des études de faisabilité ont également été réalisées avec le soutien du département.  « Nous visons l’installation de panneaux photovoltaïques sur des grandes surfaces, sur des bâtiments publics principalement, en particulier des écoles, car cela permet de sensibiliser les élèves et leurs parents. Nous voulons acheter du matériel fabriqué en Europe et faire travailler le plus possible des entreprises locales », ajoute-t-il.

Les deux premiers projets devraient être l’installation de panneaux sur des écoles à Épinay-sur-Seine et à Pierrefitte-sur-Seine, a priori à l’été 2019. « Dans les 3 ans à venir, nous espérons équiper chacune des 9 villes du territoire d’au moins une installation photovoltaïque. »

Déjà une cinquantaine de sociétaires

Pour mener à bien ces projets, les membres de l’association ont fondé une coopérative, une organisation à but non lucratif où les décisions sont prises de manière démocratique : chaque sociétaire a une voix lors des conseils d’administration, peu importe le nombre de parts qu’il détient. Au sein de celle-ci, une part coûte 50 euros. « Lors de la création, nous avons réunis 52 sociétaires. Notre objectif est d’arriver très rapidement à 80 sociétaires, pour un capital social de 50 000 euros, afin de pouvoir financer nos premiers projets », précise le fondateur. Ils peuvent compter sur le soutien de la journaliste Marie-Monique Robin, qui est la marraine de la coopérative.

Par la suite, si la production permet de dégager des bénéfices, une petite partie pourra revenir aux sociétaires. Mais pour le sociétaire il s’agit plutôt de s’engager que de réaliser un placement. D’ailleurs, pour l’heure, les installations en Île-de-France sont peu rentables, regrette Laurent Monnet. « Le modèle économique que nous avons choisi est celui de la revente de l’énergie produite à l’État, mais les tarifs étant les mêmes dans toute France, il y a un déséquilibre. Nous plaidons pour une régionalisation des tarifs, en fonction de l’ensoleillement » explique-t-il. En attendant, la coopérative compte s’appuyer sur des subventions. La région, notamment, a prévu de soutenir ce type de projets citoyens à hauteur de 50 % des investissements, via un appel à projet qui sera lancé en 2019. Les collectivités ont bien compris l’intérêt que peuvent avoir de tels projets, sur le plan économique, écologique, des projets qui ont une forte capacité à renforcer la cohésion entre les citoyens.


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