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INITIATIVE – La web-série Carnets de solidarité, créée par la journaliste Julia Montfort, explore les mécanismes de l’entraide. La documentariste s’est inspirée de sa propre expérience auprès d’un jeune migrant avant de dresser le portrait d’une France plus solidaire qu’on ne l’imagine.  

En juillet 2017, Julia Montfort et son mari, des trentenaires, décident d’accueillir chez eux, en région parisienne, Abdelhaq, un jeune migrant tchadien, âgé de 21 ans. “Nous avions envie de faire quelque chose. Et puis un jour, j’ai vu passer une annonce. Une association cherchait des particuliers prêts à accueillir des migrants dans leur maison. Nous avons décidé d’ouvrir notre porte.” Une aventure solidaire inédite commence alors. L’arrivée du jeune migrant bouscule la jeune femme : “J’étais seule ce jour-là, il ne parlait pas bien français, j’avoue, que la première nuit, j’ai eu peur face à cet inconnu.” La peur de l’inconnu, la peur de l’autre, la peur de la différence. Julia a d’abord traversé ces peurs profondes, avant de vraiment s’ouvrir à ce jeune homme  à l’histoire douloureuse.

La communication s’établit, le couple en apprend davantage sur le garçon qui a laissé derrière lui sa famille, ses amis, et qui en arrivant en France fait l’expérience d’une solitude extrême, face à de nombreux obstacles administratifs. Julia et son mari devaient héberger Abdelhaq pour quelques nuits seulement, mais il n’est finalement jamais reparti. “Jour après jour, il est devenu un membre de notre famille. On s’est attaché à lui.” Cette expérience personnelle inspire la journaliste. Elle décide de filmer son quotidien avec Abdelhaq, et l’idée d’une web-série autour des mécanismes qui favorisent l’entraide et la solidarité prend forme dans son esprit.

J’ai eu envie de rencontrer la France solidaire, la France qui accueille. Et j’ai découvert des personnes formidables d’humanité

La présence d’Abdelhaq suscite la curiosité des voisins et de la famille de Julia. L’entourage de la jeune femme met alors un visage et une histoire bien réelle sur un sujet qui occupe depuis plus de deux ans les écrans de télévision : la crise des migrants. Julia découvre aussi qu’elle n’est pas la seule à avoir spontanément proposé son aide. Un peu partout en France, de nombreux citoyens, issus de différentes classes sociales, en ville et en milieu rural ont tendu la main à des étrangers ayant fuit leurs pays. Une solidarité invisible qui intéresse la journaliste. Elle s’interroge.

Qu’est-ce qui pousse des citoyens français à prendre le risque d’héberger, de secourir, de nourrir des personnes inconnues, en situation illégale sur le territoire français ? “Le devoir d’humanité, tout simplement.” Elle décide alors de partir à la rencontre de ces gens, pour témoigner de cette solidarité de proximité. À Grande-Synthe, par exemple, mais aussi dans les beaux quartiers de Paris. La web-série Carnets de solidarité est née. Ce projet a pu voir le jour grâce à au financement participatif et le soutien de près de 750 contributeurs. Il sera disponible gratuitement sur Youtube.

Comment naît l’entraide ?

En juillet 2018, le Conseil constitutionnel a censuré le principe du “délit de solidarité” en décrétant  qu’une aide désintéressée au “séjour irrégulier” ne saurait être passible de poursuites au nom du “principe de fraternité”. L’aide humanitaire et l’aide au passage de frontières ne sont plus confondues. Mais quel est le terreau de cette fraternité ? Quels sont les mécanismes de l’entraide ? Comment se construit la peur de l’autre ? Pour comprendre, Julia Montfort a l’intention d’interroger des experts : des biologistes, des philosophes, des psychologues, des anthropologues…

À terme, la journaliste souhaite que cette web-série devienne un véritable outil pédagogique “pour nous aider à réfléchir ensemble à cette crise du lien qui traverse nos sociétés“. Son objectif en 2019 ? Organiser des projections, dans des centres socio-culturels, des mairies, pourquoi pas des écoles, des associations pour mettre toute la lumière sur ces hommes et ces femmes qui ont choisi la fraternité plutôt que la peur.


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