EXTRAIT DU MAG – Vous aimez produire vos propres légumes mais vous n’avez plus l’énergie ou le temps de cultiver votre potager ? Vous aimeriez jardiner mais vous ne disposez pas de terrain pour faire pousser vos salades ? Des sites collaboratifs vous aident à vous rencontrer pour répondre à vos besoins respectifs.

« Notre site a pour but de rendre le potager accessible à tous grâce à l’échange de services », lance Danièle Heiligenstein, la créatrice du site collaboratif prêter son jardin. Cette plateforme met en relation des propriétaires de jardin et des particuliers qui aimeraient cultiver leurs légumes. Tout est parti du constat que de nombreux potagers sont délaissés, alors même que des personnes vivant en appartement rêveraient de pouvoir en entretenir un. Comment ça marche ?

Il suffit de publier une annonce pour indiquer si vous avez besoin de bras ou d’un terrain. Puis, en ouvrant la porte de leur jardin, les propriétaires mettent en place avec les jardiniers volontaires les règles de fonctionnement de leur collaboration. Tout est possible : partage de parcelles et des récoltes, échanges de services, troc.

Déjà 19 000 personnes sont inscrites sur cette plateforme, créée par cette journaliste passionnée de jardinage. « Le partage de jardin fonctionne particulièrement bien en Île-de-France et en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. » Elle constate que son site, lancé en 2010, répond à un besoin d’entraide et de lien social.

Un pont entre les générations

Le site permet aussi de partager des savoir-faire et de transmettre des connaissances. « De nombreuses personnes âgées n’ont plus forcément la forme physique nécessaire à l’entretien d’un potager, mais elles sont heureuses de partager leurs savoir-faire », relève Danièle Heiligenstein. À Marseille, la maison de retraite Les Opalines a proposé de prêter un coin de terrain situé au beau milieu du parc paysagé de l’établissement, pour la création d’un potager. Si Matthieu Roux, le directeur de cette maison médicalisée a choisi d’engager cette démarche cette année, ce n’est pas tout à fait par hasard.

Il a proposé à un jardinier amateur de planter des herbes aromatiques, des fraises et des salades pour sa culture personnelle sur un terrain d’une vingtaine d’hectares. En gardant cet espace accessible aux résidents, tout en invitant une personne de l’extérieur à venir le cultiver, Matthieu Roux souhaite créer du lien. « Les échanges que l’on a avec une personne âgée sont très enrichissants. Vous savez avec le temps, on laisse beaucoup de choses derrière soi, y compris ce qui entravait la relation à l’autre. Sans compter que la plupart de nos résidents possèdent des connaissances en matière horticole qu’ils adoreraient transmettre. »

Du jardin partagé… au troc

À Chatou, en banlieue parisienne, Betty, passionnée de cuisine, et maman de trois enfants, se désolait de voir des kilos de fruits gâchés faute d’être ramassés dans les vergers de ses voisins. Elle a proposé d’échanger les surplus de récoltes non utilisés des jardins à proximité de chez elle, contre des confitures réalisées par ses soins. Des propriétaires de jardin sont venus frapper à sa porte, la confiance s’est établie et un troc régulier s’est installé. « Ça fait presque trois ans que je n’ai plus acheté de fruits. »

Elle réalise des confitures de pommes, d’abricots, de prunes et de cerises, durant la belle saison. Les sites collaboratifs centrés sur le partage de jardins semblent répondre à un désir grandissant de retrouver la saveur des aliments sains, produits localement. Dans un contexte économique difficile, ce type de troc construit à la fois des liens de solidarité et participe à limiter le gaspillage des ressources. Betty n’est plus à convaincre : « Vous vous rendez compte que l’année dernière, j’ai vu sur le marché des cerises à 12 euros le kilo ? » De quoi méditer en effet…

Un retour aux sources

À Toulouse, Octavia Ivan a créé au printemps dernier, le site Adopte ma tomate, dans le même esprit. Cette jeune femme de 35 ans a grandi dans un petit village près de Bucarest, en Roumanie, et a consommé durant toute son enfance des produits issus du potager de ses parents. Rien à voir avec les fruits et les légumes sans saveur vendus dans les supermarchés de Toulouse. Après avoir observé que de nombreux potagers urbains semblaient être abandonnés dans la ville, elle a décidé de mettre en place une plateforme collaborative d’échange de jardins. À Toulouse, 25 jardins ont repris vie grâce à ce type de mise en relation.

Ce site ne se contente pas de créer des rencontres. Octavia Ivan souhaite également faire la promotion de l’agriculture urbaine grâce à cette plateforme. Pour cela, elle organise des événements de sensibilisation pour les enfants et envisage de proposer aux bailleurs sociaux, aux collectivités et aux copropriétés de rejoindre cette toute nouvelle communauté de co-jardiniers urbains.


Commentaires