DANS L’ACTU – Les agents de l’Office national des forêts, qui gèrent les forêts publiques, se mobilisent pour dénoncer la logique d’industrialisation de la forêt.

La forêt occupe une part importante du territoire français. Environ 30 % de nos terres sont boisées. Mais leur gestion n’est pas homogène, les trois quarts appartenant à des propriétaires privés. Le quart restant est géré par l’Office national des forêts (ONF). Les agents de l’ONF regrettent depuis plusieurs années qu’on leur demande de s’en occuper selon des visions à court terme, ne visant que la rentabilité. En septembre et en octobre, ils ont organisé une grande “Marche pour la forêt” afin de défendre ce “bien commun”. Et ils ont publié un manifeste pour faire entendre leur voix.

Comme nous l’explique Philippe Cammal, porte-parole de l’intersyndical des personnels de l’ONF, la forêt a plusieurs intérêts. Elle produit du bois, certes, mais sert aussi à « protéger l’eau potable, capter du CO2, protéger la biodiversité et assurer des fonctions sociales et de sensibilisation ». Pourtant, selon les agents de l’ONF mobilisés, la stratégie de l’État consiste à chercher uniquement des bénéfices de la vente de bois.

Même si le bois est utilisé pour produire de l’énergie dite renouvelable, c’est au détriment des autres aspects environnementaux de la forêt. En conséquence : les arbres sont coupés de plus en plus jeunes et dans leur totalité, les brindilles qui protègent le sol sont récoltées. Et on replante de manière uniforme, principalement des résineux. Une exploitation à l’image de l’agriculture intensive, dont on connaît à présent tous les défauts.

Une autre gestion est possible

« Le mieux à faire serait de laisser vieillir les arbres, afin de doubler le CO2 stocké dans les forêts. Mais la voie qui est choisie en ce moment ne laisse plus le temps aux forêts de s’exprimer. On est dans le temps de l’usine à bois », résume Philippe Cammal. Pour lui, trop compter sur le bois pour remplacer les énergies fossiles pourrait mener droit au mur. Il cite l’exemple de l’imposante centrale électrique de biomasse de Gardanne, qui consomme énormément. Et qui est alimentée à 50 % par des bois importés d’Amérique du Nord, pour de faibles rendements, selon lui.

La bande-annonce du film Le Temps des forêts :

Les agents craignent également une lente privatisation de la forêt publique, regrettant d’importantes suppressions de postes et le recours de plus en plus fréquent à des contractuels. Il y a une vraie détresse dans la profession, avec parfois des issues dramatiques : une cinquantaine de suicides ont été recensés au sein de l’ONF ces 15 dernières années. Le film de François-Xavier Drouet sorti en septembre 2018, Le Temps des forêts, filmé dans le Limousin, les Landes, le Morvan ou encore les Vosges, donne la parole à des agents et montre cette situation déplorable.

Dans leur manifeste signé par des organisations environnementales comme France Nature Environnement, Greenpeace ou encore les Amis de la Terre, les agents de l’ONF réclament « la convocation d’un grand débat public que la forêt française mérite aujourd’hui plus que jamais ». Ils espèrent que leur message atteindra le grand public. Les personnes très sensibles à ce sujet peuvent également s’investir en se rapprochant des groupements forestiers citoyens. Ceux-ci rachètent des parcelles de forêt à des propriétaires privés, en France. Et ce, en vue d’une gestion durable.


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