DANS L’ACTU – Le prix de l’essence augmente, des automobilistes menacent de bloquer la France le 17 novembre et le gouvernement met en avant la fiscalité verte pour justifier l’augmentation des taxes sur le carburant. Cette mesure qui suscite beaucoup de réactions soutient-elle vraiment la transition écologique ?

Plus 20 centimes d’euros pour le sans-plomb, plus 30 pour le diesel ; en un an le prix du carburant a flambé, effet conjugué d’une hausse des cours du pétrole et de l’augmentation des taxes. Cette dernière, pourtant minoritaire dans la balance (un tiers pour le sans-plomb, 40 % pour le diesel), est décriée par les usagers qui ont annoncé une action de masse sur les routes le 17 novembre. Le mouvement dit “des gilets jaunes” prévoit déjà plus de 400 rassemblements organisés sur un site dédié.

Le gouvernement, par le biais du Premier ministre, du ministre de l’Économie et de la ministre des Transports, a défendu une taxation décidée dans le cadre de la stratégie nationale bas carbone de lutte contre le réchauffement climatique. S’il faut bien inciter à la diminution des trajets en voiture, responsables d’environ 15 % des émissions de gaz à effet de serre selon le Centre interprofessionnel technique d’étude de la pollution atmosphérique (CITEPA), et trouver également des alternatives aux déplacements fossiles, l’efficacité de cette mesure ne fait pas l’unanimité.

Mesure injuste ?

Selon Audrey Pulvar de la Fondation pour la nature et l’Homme, la hausse de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) “touche avant tout les ménages les plus modestes, ceux qui habitent loin de leur lieu de travail et qui n’ont pas d’autre solution que de prendre leur voiture pour aller au boulot.” “En revanche, poursuit-elle, cette taxe ne touche pas les principaux pollueurs : les secteurs aérien ou routier, qui bénéficient de multiples exonérations.”

Le journaliste Olivier Razemon se demande : “Pourquoi encourager l’étalement urbain, prévoir des contournements autoroutiers qui, tel celui programmé à l’ouest de Strasbourg ou celui envisagé à l’est de Rouen, éloigneront encore davantage les habitants de leur travail ?”

Si la fiscalité verte a un intérêt pour inciter au passage à une mobilité moins émettrice de gaz à effet de serre, elle ne se suffit pas à elle-même, elle doit s’accompagner de mesures qui remettent en cause nos modes de déplacement, qui nous poussent à changer d’habitudes.

Elle doit surtout veiller à ne pas créer un sentiment d’injustice pour celles et ceux qu’elle concerne, en faisant de cette hausse de la taxation une mesure restrictive, punitive. Ce qui pourrait revenir à les détourner d’une prise de conscience sur la lutte contre le réchauffement climatique.

« Indispensable » pour le Réseau Action Climat, cette taxe n’en reste pas moins insuffisante. L’association dénonce un manque d’accompagnement dans cette mesure, qu’il est nécessaire d’associer à « un changement profond de nos modes de vie et de consommation ». Les associations écologistes pointent aussi une taxe qui cible les citoyens, mais pas les gros pollueurs, comme le transport aérien ou le fret routier.

Prime à la conversion, chèque mobilité… des mesures pour compléter la fiscalité verte

Dans la stratégie de transition énergétique, l’augmentation de la fiscalité sur les énergies fossiles est couplée à d’autres mesures incitatives. Parmi elles, la prime à la conversion, qui permet aux ménages de financer l’achat d’un véhicule moins polluant. Un dispositif qui ne remet pas en cause l’utilisation de la voiture. Le Réseau Action Climat estime par exemple que celui-ci doit être élargi de l’automobile à l’ensemble des modes de transports (autopartage, vélos, abonnement aux transports en commun etc.).

D’autre part, la lutte contre la voiture devrait, selon l’association, passer par la réduction des fractures territoriales. Ainsi sont dénoncés une urbanisation qui fait la part belle à la voiture individuelle, ou encore l’abandon du réseau ferré de proximité, et le manque d’investissement dans les transports en commun.

Pour éviter un sentiment d’injustice auprès des automobilistes, dans les milieux où ce moyen de transport est indispensable, l’idée d’un chèque mobilité est avancée. Ainsi, les conducteurs habitants à plus de 30 kilomètres de leur lieu de travail, et qui peuvent prouver la nécessité d’utiliser un véhicule motorisé, bénéficient d’une aide financière particulière. Cette mesure, déjà appliquée dans les Hauts-de-France, pourrait être reprise par le gouvernement.

Une taxe reversée à la transition énergétique ?

Le gouvernement assure que les recettes supplémentaires générées par les taxes sur le carburant seront directement affectées aux politiques de transition énergétique. Un point que démentent l’opposition et les associations environnementales.

D’une part, contrairement à ce qu’annonce le ministre de l’Ecologie François de Rugy, les 34 milliards d’euros de cette taxe ne correspondent pas au 34 milliards d’euros de budget de son ministère. La taxe  intérieure de consommation sur les produits énergétiques est une taxe évolutive qui augmente d’année en année, pour permettre d’accélérer la transition vers des modes de transport plus vertueux. Sur les 37 milliards d’euros que rapporteront cette taxe en 2019, seuls 7,246 seraient en réalité affectés à la transition écologique, en finançant les énergies renouvelables.


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