« Grande-Synthe, la ville où tout se joue », un film beau et vrai


AU CINÉ – Grande-Synthe est une ville du nord de la France où se concentrent divers enjeux liés à la crise migratoire, l’écologie et l’économie. Dans son film, la réalisatrice Béatrice Camurat-Jaud nous emmène à la rencontre de ses habitants.

Grande-Synthe est une ville de 23 000 habitants, dans le nord de la France, le long de la Manche, dans une région où des migrants viennent depuis des années, en nombre, tenter de rejoindre l’Angleterre. C’est aussi une ville industrielle, avec notamment une usine Arcelor Mittal, située à proximité d’une centrale de six réacteurs, à Gravelines. Mais pas seulement.

En 2015, je suis allée à Grande-Synthe présenter le film Libres !, de Jean-Paul Jaud, mon mari, sur la transition énergétique. Quand je suis arrivée, j’ai buté sur toutes les usines Seveso qui longent la côte. Étant sensible à l’écologie, j’ai trouvé que ça faisait beaucoup, quand on sait l’impact que cela peut avoir sur la santé et l’environnement. Et puis, dans la salle de cinéma, j’ai rencontré des gens incroyables, passionnés par l’environnement, la politique. Je voyage régulièrement en France, mais, à Grande-Synthe, j’ai trouvé une prise de conscience particulièrement incroyable”, affirme la réalisatrice Béatrice Camurat-Jaud.

“Des thématiques qui me bouleversent”

Depuis 2001, Grande-Synthe est aussi une ville dirigée par l’écologiste Damien Carême, dont le père a lui-même été maire de 1971 à 1992. Espaces verts, cantine bio, éducation populaire… La culture et l’environnement sont au cœur du projet municipal. “Il y a 450 associations et 6 000 personnes qui s’investissent d’une manière ou d’une autre en bénévolat, soit environ un quart de la population”, souligne Béatrice Camurat-Jaud. Le maire Damien Carême a créé en mars 2016 un camp d’hébergement pour les migrants, pour lesquels de nombreuses personnes s’investissent depuis plusieurs années. “Il y a à Grande-Synthe toutes les thématiques qui me bouleversent. Cela m’a donné envie de faire un film. J’ai commencé à faire du bénévolat avec l’association Utopia 56 à partir de mars 2016, pour faire du repérage, puis je suis venue régulièrement pendant un an”, raconte la réalisatrice.

Des enjeux toujours présents

Pour montrer cette réalité, pas question d’enchaîner les interviews d’experts. Le film n’est pas un reportage, mais un documentaire subjectif, avec une écriture cinématographique. Béatrice Camurat-Jaud s’est alliée à une troupe de comédiens amateurs de la Compagnie des mers du nord, créée par Brigitte Monier. Ils sont le fil rouge du film et récitent des textes qu’ils ont en partie écrits, souvent touchants. « Un peu comme les chœurs dans les théâtres antiques, ils racontent l’histoire et expriment ce que ressentent les personnages », explique la réalisatrice. Cela donne une dimension esthétique à ce film, poétique et lumineux.

Un beau film, mais sans naïveté. Car il ne s’agit pas d’enjoliver la situation : tout le monde n’est pas écolo à Grande-Synthe, et la crise migratoire n’est toujours pas résolue. “Quand je dis que c’est la ville où tout se joue, c’est que c’est à la fois drôle, merveilleux, mais aussi désespérant.” Une situation d’ailleurs très bien expliquée par Damien Carême dans le film. Pour autant, c’est bien un message d’action que la réalisatrice veut faire passer : “J’ai envie que les gens se disent en sortant : et moi, maintenant, je fais quoi ?” Le film, sorti début octobre, est projeté en France dans de nombreuses villes. (Le programme est à retrouver ici).

La bande annonce du film :


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