EXTRAIT DU MAG – Plus de viande, ni d’œuf, et encore moins de lait de vache dans son frigo. Le rappeur Stomy Bugsy, auteur du morceau culte Mon papa à moi est un gangster a adopté le mode de vie végan depuis deux ans et milite contre la souffrance animale.  

Il l’avoue, il se fait gentiment vanner par ses amis rappeurs depuis qu’il a fait son coming out. « L’ancien lascar de Sarcelles », comme il aime se présenter, a déstabilisé certains de ses amis en adoptant le mode de vie vegan. Stomy Bugsy, ancien membre du collectif de hip-hop français Ministère A.M.E.R, aux côtés de Passi et Doc Gynéco, chante la colère des jeunes de cités dans les années 90.

20 ans plus tard, à 46 ans, il n’a rien perdu de sa révolte, mais il semble plus apaisé, corps et esprit réconciliés. Mieux dans son corps et dans sa tête. Et il l’assure, son nouveau mode de vie y est pour quelque chose.

Il y a deux ans, le rappeur découvre le véganisme grâce à son oncle, Aurélien Duarte, sportif de haut-niveau, sept fois champion du monde de boxe thaï et de kickboxing : « Je le voyais combattre, être performant sur le ring, je l’ai entendu parler de son alimentation sans protéine animale. Il a contribué à faire tomber quelques clichés sur le fait que pour être grand et fort, il faut consommer de la viande. » Stomy Bugsy a consommé de la viande sans se poser de questions pendant des décennies, « j’ai été élevé aux “grecs” et au Mcdo », reconnaît-il.

Depuis quelques années, il a posé ses valises une partie de l’année à Los Angeles, où il poursuit une carrière d’acteur. En Californie, il est plus courant de trouver des végétariens. Stomy Bugsy commence progressivement à consommer davantage de fruits et de légumes. Il s’informe sur internet, découvre les coulisses de l’industrie de l’élevage et décide de se passer de viande, puis de poisson et même d’œufs pour finir par ne plus consommer aucun produit issu des animaux, le cuir inclus : « Pour arrêter la viande et le poisson, je me suis forcé à regarder des vidéos d’abattoir. » La souffrance animale ne le laisse pas indifférent et renforce sa motivation pour adopter le mode de vie végan.

« Mon corps n’est plus une tombe mais un temple »

Stomy Bugsy a adopté le mode de vie véganTrès actif sur les réseaux sociaux, il partage sur Instagram ses recettes véganes et poste ses bonnes adresses de restaurants. Son changement de mode vie trouve un écho sur la toile. Si la France ne compte officiellement que 200 000 végans ou végétariens, la communauté s’agrandit de jour en jour. Les vidéos dénonçant les conditions de traitement des animaux dans les abattoirs et les élevages industriels interpellent de nombreux citoyens sensibles à la cause animale. L’association PETA le sollicite pour être le visage de sa nouvelle campagne en mai dernier.

Il accepte de poser torse nu, muscles saillants, regard déterminé, bras tatoués et fait voler en éclat les clichés entourant les végans « qu’on imagine manger des graines, en sandales », sourit-il. Avec cette campagne, être végan devient cool et sexy. Un parti pris qui n’est pas pour déplaire au rappeur qui aime déconstruire les idées reçues.

Il soutient la démarche de l’association PETA qui a fait de la défense des droits des animaux une cause très médiatique. De Pink à Pénélope Cruz, en passant par Jean-Claude Van Damme, nombreuses sont les stars à avoir prêté leur image pour dénoncer la barbarie du commerce de la fourrure. Le combat contre la souffrance animale raisonne fortement en Stomy Bugsy, un grand sensible qui a toujours vécu entouré d’animaux.

“Ne peut-on pas concevoir que les animaux sont des êtres doués de sensibilité ?”

Il souhaite aujourd’hui, avant tout, transmettre ses convictions sans agressivité, sans culpabiliser les carnivores non plus. Question de philosophie de vie. « J’aime partager mon mode de vie, mais je ne pars pas en croisade contre ceux qui mangent de la viande. » D’ailleurs quand on lui demande ce qu’il pense des bouchers-charcutiers, il ne ressent aucune haine : « Je respecte leur profession. Personnellement je ne fréquente plus leur boutique, par choix. »

Son objectif est de participer à un éveil des consciences. « A-t-on encore besoin de consommer de la viande, ne peut-on pas concevoir que les animaux sont des êtres doués de sensibilité et qu’ils ont les mêmes droits que nous ? Et notamment le droit de rester en vie. » L’artiste aime rappeler en paraphrasant Nietzsche que ce qu’il ne tue pas, le rend plus fort. « Mon corps est aujourd’hui un temple et non plus une tombe. »

L’idée de s’alimenter avec de la chair animale lui donne des frissons de dégoût. Il assure que sa consommation quotidienne de tofu, de lentilles, et plus globalement de fruits et de légumes lui a apporté plus d’énergie : « Depuis que j’ai arrêté la viande, je me sens en meilleure forme, moins déprimé. » Certains médecins américains estiment d’ailleurs que la surconsommation de viande dans nos sociétés modernes a des effets nocifs sur l’organisme.

Les personnes qui consomment trop de viande rouge seraient plus exposées aux risques de cancer et aux problèmes cardiaques, selon une étude menée par des chercheurs de la Harvard Medical School. Stomy Bugsy au fil de ses investigations sur Internet a fini par d’être convaincu des bienfaits de l’arrêt de consommation de protéines animales sur la santé.

Un militant pacifiste de la cause animale

Au printemps dernier, le rappeur a accepté de jouer les Robinson Crusoé dans l’émission de télé-réalité The Island, entouré d’autres célébrités, livrées à elles-mêmes sur une île au large du Panama. Un programme de survie en milieu hostile, où son régime sans viande ni poisson n’est pas passé inaperçu. Devant les caméras, il n’a pas dérogé à son engagement quitte à se nourrir essentiellement de racines et de noix de coco. Le changement d’alimentation du rappeur a étonné quelques fans mais a été plutôt bien accepté par sa famille.

Il explique que, petit déjà, il ne cachait pas son aversion naturelle pour la viande : « Mes parents m’ont dit qu’enfant, je n’aimais pas la viande. Je ne supportais pas les morceaux de gras, cela me donnait envie de vomir. » Aujourd’hui, c’est à son fils de quatre ans qu’il tente d’expliquer ce qui se cache derrière un steak haché, pas pour le culpabiliser ou l’effrayer mais pour le sensibiliser à la souffrance de ces animaux qui finissent dans nos assiettes. Si les végans restent marginaux et parfois moqués, ils incarnent pour Stomy Bugsy, une nouvelle voie plus respectueuse de la vie, plus en harmonie avec la nature et les êtres vivants. Un peu Bisounours, l’ancien « lascar de Sarcelles » ? Il éclate de rire, assume et renvoie chacun à sa propre conscience. « Dans plusieurs centaines d’années les êtres humains se demanderont comment on a pu être carnivores aussi longtemps », prophétise-t-il.

Stomy Bugsy, militant dans l’âme, n’a toujours pas réussi à s’habituer à l’injustice. Il affirme qu’il n’hésitera pas à se mobiliser aux côtés des militants de la cause animale si des associations le lui demandaient. Mais sans agressivité. Sans faire la leçon. Sa colère est aujourd’hui son moteur pour changer le monde par l’action et par l’exemple surtout. « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde », disait Gandhi. Stomy Bugsy l’a fait à sa manière en commençant par changer son monde.

Cet article est un extrait du magazine UP n°21 et son dossier consacré à l’habitat écologique et solidaire, à retrouver, en version numérique ou papier, sur notre boutique en ligne.
https://www.up-inspirer.fr/wp-content/uploads/2018/09/UP21_couv-1.jpg
https://www.up-inspirer.fr/wp-content/uploads/2018/09/UP21_p4.jpg
https://www.up-inspirer.fr/wp-content/uploads/2018/09/UP21_p5.jpg
https://www.up-inspirer.fr/wp-content/uploads/2018/09/UP21_p12.jpg
https://www.up-inspirer.fr/wp-content/uploads/2018/09/UP21_p13.jpg
https://www.up-inspirer.fr/wp-content/uploads/2018/09/UP21_p19.jpg

Commentaires