EN LIBRAIRIE – Dans le livre Et maintenant on mange quoi ?, Christophe Brusset, ancien cadre dans l’industrie agroalimentaire, dévoile les dessous des produits vendus en supermarché.

Christophe Brusset a encore des choses à dire. Après avoir raconté les dérives de l’industrie agroalimentaire dans le livre Vous êtes fous d’avaler ça ! (Flammarion, 2015), il remet le couvert dans l’ouvrage Et maintenant on mange quoi ? (Flammarion, 2018). Ce livre se veut un guide pour éviter les pièges mis en place par la grande distribution pour nous faire avaler n’importe quoi. Mais, à la lecture, on a se demande si l’on doit encore vraiment remettre les pieds dans ce genre d’enseigne (déjà qu’on avait des gros doutes…). C’est simple : il y a des arnaques à tous les rayons.

À quoi bon les étiquettes ? Christophe Brusset nous apprend que les marques ont le droit de ne pas y inscrire tous les additifs qu’elles utilisent. En plus, elles ont tout un tas de techniques pour dissimuler l’origine réelle des aliments. Le poids indiqué sur l’emballage ? Pas crédible lui non plus, puisque les professionnels ajoutent de l’eau dans les produits pour qu’ils soient plus lourds. Certaines tranches de jambon peuvent contenir jusqu’à 25% d’eau et additifs !

Et que penser des produits importés des pays qui n’ont pas du tout les mêmes règles ? Aujourd’hui, la Chine est le premier exportateur mondial de jus de pomme, d’ail, de concentré de tomate, de champignons surgelés, ou de miel. Tous ces aliments se retrouvent dans nos assiettes sous différentes formes.

Cynisme et effets sur la santé

Parfois, les pratiques des industriels frôle carrément le cynisme.  Exemple : Christophe Brusset raconte comment les salières vendues aux enseignes de restauration sont scellées pour empêcher les restaurateurs de les remplir à nouveau, et qu’on y met un sel particulièrement fin, pour qu’il s’écoule plus vite. Il raconte aussi comment, dans son entreprise, le raz-el-hanout, censé être un mélange de bonnes épices, était en réalité fabriqué à partir des restes de l’usine. Les mélanges en tout genre, semblent, de manière général, de rigueur (dans le café moulu par exemple, les pourcentages arabica/robusta sont falsifiés). Autre pratique courante : mettre de la « gousse de vanille épuisée », résidu de la vanille après extraction de son arôme, une poudre noire sans goût ni odeur, dans les produits censés être à la vanille. Mais aussi : pour être décaféinés, les thés et les cafés sont plongés dans des solvants. Bon appétit !

Tout cela serait presque risible si ça n’avait pas de conséquences sur la santé. Sur les étiquettes, il faudrait plutôt écrire « attention danger ». À l’heure où les preuves s’accumulent concernant l’impact des pesticides, fortement soupçonnés de favoriser l’apparition de cancers, l’ancien cadre nous rappelle que quatre pommes sur cinq portent des résidus de ces produits chimiques. (Cet automne, hors bio, préférez les kiwis, « seulement » contaminés à 30 %). Pour rappel, il est fortement déconseillé d’utiliser des zestes d’oranges et de citrons conventionnels, à cause, là encore, des traces de pesticides.

Et maintenant, on fait quoi ?

Une phrase au centre du livre résume assez bien la problématique : “Le pire ennemi du consommateur, ce n’est ni le gras, ni le sel, ni le sucre, c’est l’industrie agro-alimentaire qui voit chaque consommateur comme un portefeuille”, écrit l’auteur. D’ailleurs, prévient-il, dans les écoles qui forment aux métiers de l’agroalimentaire, on n’apprend pas à faire de la qualité, mais à vendre. Faut-il mieux se réfugier au restaurant ? Certainement pas, si l’on en croit Christophe Brusset, qui nous explique que les produits y sont encore bien souvent de pire qualité, car le consommateur n’a pas accès à la liste des ingrédients.

Et le bio dans tout ça ? L’auteur s’y montre plutôt favorable, mais prévient que l’importation de produits de l’autre bout du monde, même s’ils sont bio, a des conséquences sur la qualité et l’environnement. Il souligne de plus que le surcoût affiché en grande surface et surtout lié à la marge appliquée par les distributeurs, et non pas la rémunération des producteurs.

Alors que faire pour bien manger ? On ne répétera jamais assez l’intérêt de la vente en circuit court (maximum un intermédiaire entre le consommateur et l’acteur) : être en contact direct avec les producteurs locaux permet d’avoir un œil sur la qualité, et d’éviter les méfaits des longs transports. La bonne nouvelle, c’est que les initiatives en ce sens se multiplient : boutiques solidaires, drive fermiers, groupements de producteurs, AMAP, VRAC… Pour ne pas être le dindon de la farce, il suffit de mettre, un peu, la main à la pâte.


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